LA SATIRE DANS LES MŒURS IONIENNES
Ainsi le même mot qui s'appliquait dans Homère aux sarcasmes de Héra et aux railleries des prétendants sert ici à désigner les essais, encore improvisés, d'une poésie mordante, première esquisse de la littérature iambique.
Mais, dans les pays ioniens plus tôt que dans toute autre contrée de la Grèce, ces chants familiers durent sortir de la salle du banquet, pour se répandre au dehors. C'est un trait propre à l'histoire des villes ioniennes, au vnie et au vne siècle avant notre ère, que l'importance nouvelle qu'y prend la place publique, X agora, dans la vie sociale ' : à mesure que se développent les entreprises commerciales et les fondations de colonies, l'Ionien cesse de s'intéresser aux choses de l'agriculture et de la campagne : ou bien il navigue au loin, ou bien il s'établit sur la place publique, et il y passe sa vie, tour à tour occupé des affaires de la cité et de ses propres intérêts, également attentif aux nouvelles du dehors et aux rumeurs de la malignité publique, toujours prêt à recueillir comme à répandre de méchants bruits. C'est dans ce milieu qu'il faut nous représenter Archiloque, pour bien comprendre la hardiesse et le succès de ses propos satiriques.
1. Curtius ^Ernest'. Histoire grecque, trad. Bouché-Leclereq. t. I, p. 288, 451.