‹ ArchiloqueChapitre 223 sur 258 · Cf. ci-dessus, p. 224, le texte de cette épode · texte numérisé non relu

Cf. ci-dessus, p. 224, le texte de cette épode

sa haine, le ton harmonieux de la poésie. L'iambe n'a pas été pour lui, comme pour d'autres dans la suite, une sorte de prose, sermo pedestris ; il en a fait un instrument capable de rendre ses sentiments personnels sous une forme plus vive, plus rapide, plus expressive, mais non moins musicale et poétique.

Est-ce à dire que, dans cette œuvre partout teintée de dialecte et de vocabulaire homérique, l'emploi de mètres différents ne répondît pas à des nuances de pensée, d'inspiration? Le fait serait, a priori, invraisemblable : siArchiloque a résolument rompu avec l'usage de l'hexamètre épique, on doit admettre qu'il a su de même adopter, renouveler ou créer d'autres rythmes, selon les besoins nouveaux de sa Muse. Mais cette vérité évidente se prête mal à une démonstration en règle, et les fragments isolés que nous possédons ne suffisent pas toujours à nous éclairersur les raisons, conscientes ou non, qui ont déterminé le choix du poète.

On serait tenté, par exemple, de croire que Télégie, plus voisine de l'épopée, fut pour Archiloque le premier pas dans la voie des nouveautés, son premier essai, timide encore, dans le genre de la poésie personnelle, et que peu à peu, s'enhardissant, il s'éloigna toujours davantage de la forme primitive, pour donner libre cours aux accès toujours croissants de sa fureur iambique. Mais les faits manquent pour appuyer cette

246 iv. — l'art dans la poésie d'archiloqie

hypothèse, et l'étude seule des fragments nous donne plutôt à penser qu'ils pourraient tous appartenir à un temps où le poète, en pleine possession de son art le plus complexe, savait varier, suivant les dispositions du moment, la forme de ses confidences ou de ses conseils, de ses malices ou de ses injures.

Considérons à ce point de vue les fragments élégiaques, dans l'ordre même que leur a donné Bergk. La (ière déclaration du début1 pourrait servir d'épigraphe à l'œuvre entière du soldat-poète, et aucun exemple ne saurait montrer un plus heureux emploi du distique élégiaque. Mais Archiloque n'avait-il pas exprimé les mêmes sentiments dans des pièces d'un autre rythme ? On sait que ses tétramètres trochaïques abondent en souvenirs de sa vie mililaire : le nom d'Ares apparaît dans ses iambes 2 et dans ses trochées3 comme dans ses élégies4. Quant à son orgueil de poète, de chantre inspiré des Muses, voyez comme il rappelle, dans deux vers trochaïques, son adresse à entonner le péan et le dithyrambe5. Les fragments 2, 4, 6, se rapportent à des épisodes de la guerre de Thrace : sa lance, son inséparable compagne, voilà ce qu'il chante avec enthousiasme; ou bien, montant la garde sur mer, il demande que les coupes circulent sur les bancs du vaisseau rapide ; ailleurs, il avoue sans vergogne la perte de son bouclier, et se déclare prêt à en reprendre un autre, qui vaudra bien le premier. Mais, si ces pièces de circonstance datent du temps où le poète guerroyait dans les parages

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