Cicer., ad Altic, XVI. M
254 iv. — l'akt dajss la poésie d'archiloque
Les élégies et les tétramètres se prêtaient mieux peutêtre à d'abondantes descriptions. Mais, dans ces narrations même, la sobriété déjà toute lyrique d'Àrchiloque est attestée par un témoignage formel d'un des meilleurs critiques de l'antiquité.
L'auteur du traité du Sublime1 compare le récit de la prise d'Elatée dans Démosthène et la description du naufrage dans Archiloque (i-: -z\> vauayiou) : les deux écrivains, dit-il, ont en quelque sorte passé au crible tous les faits pour ne garder que les plus saillants (-x: izoy}.; xpiz-.ivzr^ iy.y.x0r(pav7£ç), et ils les ont ainsi réunis dans une composition serrée (èTciauvéOTjxav), sans y rien mêler d'inutile ou d'insignifiant (oiSèv ç/^'.wcsr vscffefAvov), sans aucun de ces développements diffus qui sentent l'école (r, o^cXtxôv). La narration oratoire de Démosthène justifie trop bien le jugement du Pseudo- Longin, pour que nous hésitions à caractériser de même la description d'Archiloque :1e choix du détail, le pittoresque des images, le pathétique des situations, voilà ce que le poète avait cherché, plutôt que l'ordre et l'enchaînement rigoureux des circonstances.
Dans un autre passage du même traité2, l'auteur oppose le désordre génial d'Archiloque à la correction impeccable d'Eratosthène : Archiloque, animé d'un souffle divin qui ne se plie à aucune règle, entraîne dans le flot de sa poésie beaucoup de choses mal or-
1. [Longin.]. Sublim.. X. 7 : Oôx à'/./w: o 'Apy;"/,oyo: i-ï roû vauaycou /.%: ïrj. 77, T:po:a-;-;£/ :'a 6 Aï)|AO<r9évrj<; ' s 'K-r-Hpa p.èv yàp r\\ ». çrjTt'v ■ à'// a Ta: ïW/xz wç xv eittoi t;: KptaTtv&qv IxxaOVjpavTEç siricrvvÉd?)xav, oùSèv yXoiâôei; /, ï<re(j.vov r, Tyo'/r/.ov EYxaTaTàrrovTEç ôià [licou.
2. [Longin.], Sublim.. XXXIII, 5 : T; os : 'EpaToaOévïjç iv 77, 'Ilp'.yovr, [Sià TtâvTiov -/ai i|iu)(jLï)TOV to itoir^aTiovJ ' \y/ù v/yj r.o'/.'/.x -/.ai àvoixovôar.ta TiapacrupovToç y.àxetvrjç tyjç ;xôo}.7,: roî Batjiovi'ou Ttve'jpaTo; ?,v ôttovôftov 77.:.a'. SuaxoAov, àpa 8tj [lecÇcov -0:7,77-,; :
données {-z'/'n'y. xal àveixsv£|/.ï;Ta rcapaatipsvToç). A peine avions-nous besoin de ce témoignage pour nous convaincre de la fougue de notre poète. Mais nous manquions jusqu'ici d'un exemple qui confirmât cette critique. Le papyrus de Strasbourg est venu combler, en quelque mesure, cette lacune. La malédiction qu'Archiloque prononce contre son ancien ami ' n'atTecte pas la forme d'un développement correct, qui évoque successivement les différentes phases d'un naufrage : après avoir vu son ennemi battu par la tempête, puis jeté à la côte et recueilli par les Thraces aux longs cheveux, il se complaît d'abord dans la peinture d'une vie de souffrances, exposée aux misères de l'esclavage, mais aussitôt il revient en arrière, et c'est une vision plus saisissante, plus brutale, qui l'arrête et le retient : il contemple sa victime raidie par le froid, couverte d'algues marines, et grinçant des dents, comme un chien, sur le rivage de la mer ! Le début du morceau manque ; mais la lin suffit à prouver que le poète ne s'était pas astreint à un ordre logique ; les écarts mêmes de la composition répondaient aux élans de la haine.
A considérer maintenant les fragments qui nous restent, quelques faits se détachent qui nous révèlent le tour ordinaire de ces petits poèmes. Une apostrophe, amicale ou ironique, vive ou insinuante, annonçait le sujet de la pièce, soit qu'une pensée générale en indiquât d'avance l'esprit-1, soit que, sans autre détour, le poète réclamât l'attention de son auditoire. « Entendez bien mes paroles3 », criait-il, ou bien : « Je vais vous