‹ ArchiloqueChapitre 237 sur 258 · Horat., Epod · texte numérisé non relu

Horat., Epod

2. Sur les circonstances dans lesquelles Horace a composé ses iambes et ses satires, voir Gartault (A.), Etudes sur les Satires d'Horace (Bibliothèque delà Faculté des Lettres de l'Université de Paris, fasc. IX, Paris, Alcan, 1899), p. 5-42. — M. Cartault rappelle le trait mordant de Virgile contre Mévius [Eglog., III, 90) et la virulente invective d'Horace (Epod., X), et il ajoute : « Quand deux écrivains ont les mêmes ennemis littéraires, c'est qu'ils sympathisent de doctrine et de goûts. Horace appuie vigoureusement avec son tempérament emporté sur une allusion faite légèrement par Virgile. »

le modèle antique. Si les deux fragments épodiques du papyrus de Strasbourg appartenaient bien l'un et l'autre à la même pièce, une différence profonde de composition se marquerait déjà entre le modèle et la copie : le même personnage qu'Archiloque, à la fin de son poème, souhaite de voir en proie aux plus cruelles souffrances, aurait été d'abord directement apostrophé par lui et accusé de toutes sortes de méfaits. Dans Horace, au contraire, c'est dès le début que s'exprime l'imprécation Mala soluta navis exit alite); l'évocation du naufrage suit aussitôt après, et, si à la fin le poète s'adresse à sa victime elle-même, c'est toujours en se la représentant livrée aux oiseaux carnassiers du rivage. Il y aurait donc chez l'écrivain latin une unité de composition plus forte, un ensemble plus parfait. Mais l'hypothèse qui réunit en une seule pièce les deux morceaux épodiques de Strasbourg ne nous a pas paru solide '; et, dans le doute, il convient de ne fonder sur ce fait aucune démonstration. Admettons donc que la pièce d'Archiloque, elle aussi, offrait un développement unique, une malédiction du poète contre un ennemi à l'occasion d'un voyage sur mer. S'ensuit-il que nous devions restituer d'après l'imitation d'Horace le début du poème grec? La composition de la X' Epode affecte une régularité, une symétrie, qui ne laisse rien à désirer : le premier distique expose le sujet de la pièce; puis, l'imprécation commençant aussitôt, l'Auster, l'Eurus et l'Aquilon, tour à tour invoqués, chacun en une période égale, doivent frapper, l'un, les flancs du navire, l'autre, les cordages et les

1. Am. Hauvette, les Nouveaux fragments d'Archiloque, dans la Revue <les Etudes grecques, t. XIV (1901), p. 83.

262 iv. — l'art dans la poésie d'akciiiloque

rames, letroisième, lemût. Suivent trois autres périodes, où le poète, pour grandir son sujet, rappelle le souvenir des Grecs poursuivis par la colère de Pallas après la ruine d'Ilion. Trois pe'riodes encore lui servent à décrire les péripéties du naufrage, les cris, les gémissements, les prières des passagers, au moment fatal où le Notus brise enfin la carène. Les deux distiques qui terminent la pièce annoncent le sacrifice que fera le poète aux Tempêtes, si son vœu se réalise '. A cette régularité de construction il suffit d'opposer le désordre que nous avons signalé plus haut chez Archiloque, dans la peinture de son naufragé, pour reconnaître qu'il n'y a rien de commun entre les deux manières : le poète grec a un emportement de passion, qui rejette toute ordonnance logique, toute marche régulière du développement ; mais, en revanche, il peint avec une force incomparable la vision qu'il évoque, et d'un mot, à la fin, il justifie la violence de sa haine par la trahison d'un ancien ami ; le poète latin se joue, pour ainsi dire, dans un sujet aussi grave : contre un ennemi littéraire, qu'il définit d'un mot grossier [olentem Maevium), mais auquel il ne reproche aucun crime, il se plaît, ce semble, à parodier les accents pathétiques de la haine plutôt qu'à soulager son cœur ; et les développements symétriques des circonstances accessoires du naufrage l'arrêtent plus longtemps que le spectacle même de sa vengeance. En un mot, Horace a imité ici, en même temps que les mètres (numéros), le sujet même d' Archiloque (res) ; mais son inspiration {anïmi) était si différente, qu'il n'a atteint ni le ton ni le mouvement de

1. Nous empruntons cette analyse à l'étude de M. Fr. Léo, intitulée De Horalio et Archilocho, Gottingen, 1900.

son modèle, et qu'il a compensé, comme il a pu, l'àpreté et la dureté du fond par l'élégance et la symétrie de la forme.

Si, à la lumière de cet exemple, nous considérons les autres Epodes d'Horace, nous reconnaîtrons, je crois, qu'aucune d'elles, en dépit des imitations qu'elle présente, ne reproduit exactement pour nous la composition d'Archiloque. La IIe, qui comporte l'éloge de la vie des champs dans la bouche de l'usurier Alfius, a peut-être pour point de départ le mot du charpentier

Cliaron, ;:j y.zi -y.Tj-;iM ' ; mais le lieu commun qu'y

développe Horace est tout inspiré des églogues de Virgile, et sans aucun rapport avec ce que nous savons des goûts et des habitudes littéraires d'Archiloque. La IVe, dirigée contre un tribun militaire, « qui se promène dans tout l'orgueil de sa richesse, et qui étale sur la Voie Sacrée les neuf aunes de sa toge- », peut bien rappeler la peinture que faisait Archiloque d'un général vaniteux3 ; mais toute la pièce respire une indignation qui n'a rien de factice : ici Yanimus du vieux maître a vraiment passé dans le cœur du poète latin. La magicienne de la P et de la XVIIe Épode a beau appeler à son aide les poisons de Médée et les philtres du Centaure Nessos ; elle appartient à la société toute romaine des astrologues, mages, chaldéens, sortilegi, harioli, conjectures, qui pullulaient au temps d'Horace; elle n'avait pas son modèle dans le cercle d'Archiloque, et n'a emprunté aucun trait à la figure de Xéoboulé. Quand Horace, dans la VIe Épode, provoque un lâche à l'attaquer lui-même plutôt que d'inoffensifs étrangers,

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