Cf. Léo (F.}, De Horalio el Archilocho, p
exemple dont il s'autorise pour offrir au public romain les hardiesses nouvelles de sa Muse, ce n'est pas un modèle qu'il s'applique à reproduire: une fois à l'abri des attaques sous le couvert de ce grand nom, il redevient lui-même, il se dégage de toute entrave, il écrit une œuvre personnelle, et voilà pourquoi le recueil de ses Epodes ne représente pour nous que fort imparfaitement la composition des pièces môme qu'il a eues sous les yeux et qui ont donné le branle à son imagination.
Il y aurait quelque paradoxe à soutenir que les qualités de l'expression et du style, chez Archiloque, éclatent mieux à travers des débris informes qu'ils ne pourraient faire dans la collection intacte de ses poésies. Et pourtant, s'il est vrai que le mérite propre de l'élocution, dans l'œuvre de notre poète, ait consisté dans la brièveté et la force ', nous pouvons croire que des citations isolées suffisent à bien mettre ce mérite, en lumière, et que l'ordre même des mots, le mouvement de la phrase et de la pensée, nous apparaissent ainsi sous la forme qui pouvait le mieux les faire valoir. Quoi qu'il en soit, l'impression que nous laisse, à ce point de vue, l'art d'Archiloque ne dépend pas de quelques faits, péniblement recueillis; les exemples
1. Quintil., Inst. or., X, 1, 59 : Summa in hoc vis elocutionis; cam validae, tum brèves senlenliae : plurimum sanguinis alque nervoriim, ddeo ut vi'/eafur quibusdam, quod quoquam minor est, materiae esse non ingenii vitium.
ici abondent, ou, pour mieux dire, il n'est presque pas un seul fragment qui ne présente à cet égard quelque intérêt, qui ne jette quelque jour sur l'originalité, la hardiesse ou la variété du style que nous allons chercher maintenant à définir.
Nous avons déjà signalé les divers éléments qui composent le vocabulaire d'Archiloque ; mais l'usage qu'il a fait de ce vocabulaire pour l'expression de sa pensée, voilà le point à considérer d'abord. Les mots et les locutions homériques se rencontrent, avons-nous dit, dans toutes les parties de son œuvre, à doses presque égales, et cet emploi de la langue traditionnelle détermine la couleur générale de son style. Mais, en fait, les exemples ne sont pas nombreux d'expressions ou de tournures purement et simplement empruntées à l'épopée : le fragment 4 offre, en deux distiques élégiaques, trois épithètes de nature, sans aucun rapport avec la circonstance, Hzf,: vrçôç, koîXwv -/.â;<ov, clvsv èpoôpôv ; mais, comme pour compenser cette concession aux habitudes épiques, les mêmes vers contiennent trois mots populaires, xwôwvt, aypei, vyjçsiv, qui ramenaient l'auditeur au sentiment de la vie actuelle, aux conditions vulgaires d'un repas à la grand' garde. Ailleurs, dans les conseils de patience adressés à Périclès1, le ton s'élève davantage, se rapproche de la majesté épique, et les belles épithètes sonores, y.Yjcsa otovÔevtz, y.jy.a T.zh'j'iLzisïz'.z OaXâ-j^ç, owrj.és-oisi. kocxoictiv, résonnent heureusement à l'oreille; mais ici même, sans rompre avec les éléments du langage épique, Archiloque en varie l'usage de la façon la plus personnelle: ce flot de la mer bouillonnante a « englouti»