Archil., fr
l'expression et le STYLE 273
poète des motifs pittoresques, obscènes ou gracieux1. Les plantes même s'animent pour exprimer de piquantes malices. « Sux^ rcexpaiir, le mot figuier, masculin en français, ne peut être conservé ici , nourricière de nombreuses corneilles, c'est une bonne et bienveillante hôtesse que Pasiphilé2! » La cigale, qui crie de plus belle quand on la saisit par l'aile, figure plaisamment le poète lui-même". Mais nulle part la variété du vocabulaire n'est aussi riche que dans l'expression des idées grossières ou obscènes : ici Archiloque n'avait dans la poésie aucun modèle ; il puise alors à différentes sources, dans les usages populaires comme dans les raffinements d'une imagination toujours vive; il a des périphrases spirituelles4 et des mots repoussants; il accumule les épithètes les plus méprisantes, les images les plus crues, sur les infortunées victimes de sa haine5.
L'ordre des mots, et quelques-uns des artifices que la rhétorique désigne sous le nom de « figures de pensée » contribuent à rehausser encore chez Archiloque les qualités que nous venons de reconnaître dans le choix du vocabulaire et dans l'expression.
Et d'abord, cet ordre semble viser à un effet de style, même quand il se borne à reproduire la marche naturelle de la pensée. Il y a dans Archiloque nombre de vers qui frappent par la franchise même de la phrase,