Uieterich (A.), Nekyia, Leipzig, 1893, p
TELLIS ET CLÉOBŒA 45
un respect scrupuleux de la légende et de la poésie ? Concluons donc que Tellis et Cléobœa appartenaient à la même tradition locale ; l'un et l'autre, dans la peinture de Polygnote, figuraient sous une forme concrète la patrie de l'artiste, et rappelaient les souvenirs les plus reculés de l'influence parienne à Thasos.
Est-ce à dire que Tellis ait été le fondateur de la colonie parienne, le chef militaire et religieux (y.ç,yr^i-rtq, et jtTttmjç) de la cité nouvelle? Pour répondre affirmativement à cette question, il faudrait rejeter en bloc tout ce qu'une autre tradition racontait de ïélésiclès, le père d'Archiloque. MM. 0. Crusius1 etJurenka2 n'ont pas reculé devant cette conséquence ; peut-être cependant vaut-il mieux se demander si quelque élément historique ne se dissimulerait pas au fond même d'un récit légendaire.
Cette légende, qui embrasse toute la vie de notre poète depuis sa naissance jusqu'à sa mort, le représente comme un protégé d'Apollon. C'est même à ce titre qu'elle nous a été conservée par Eusèbe 3, ou, pour mieux dire, par OEnomaos de Gadara. dans son traité sur les Charlatans démasqués (Tzr-.w spwpa). L'historien chrétien s'approprie les termes du philosophe néo-cynique pour tourner en ridicule un dieu qui couvre de sa protection les violentes et impudiques satires d'Archiloque. Il existait donc à ce sujet, vers le 11e siècle de notre ère, une tradition bien établie, fondée sur une série d'oracles. Mais, à quelle époque remontait cette prétendue littérature delphique? Etait-ce le produit fac-
1. Crusius (0.), art. Archilochos, dans Pauly-Wissowa, Beal-Encyclopaedie, t. II, p. 490.
2. Jurenka (II.), Archilochos von Pafos, dans le Jahres-Berichl des K. A. Maximilians-Gymnasiums in Wien, Vienne, 1900, p. 2.