Euseb., Praepav. evang., V, 33; VI
tico d'une érudition aux abois, réduite à forger des documents pour combler les lacunes de l'histoire littéraire? ou bien reposait-elle sur des traditions anciennes, populaires et religieuses, consacrées depuis le vne ou le vie siècle par une croyance naïve?
Une étude de M. Piccolomini, publiée en 1883 ', a fait longtemps autorité en cette matière : l'auteur, s'attaquant à la partie la plus fameuse de la légende, c'està-dire à l'aventure du meurtrier d'Archiloque, avait cru reconnaître dans les fragments du double oracle prononcé alors par la Pythie une sorte de centon, tiré des pièces mêmes du poète. C'était, à ses yeux, l'indice d'une origine savante ; et personne, jusqu'à ces dernières années, n'a contesté, que je sache, cette opinion. M. Udo Bahntje a repris récemment ce problème et abouti à une solution différente2. Nous voudrions résumer à notre tour le débat, en nous inspirant des arguments de M. Bahntje, quitte à nous séparer de lui sur quelques points.
La version la plus explicite de cette anecdote nous est fournie, non par OEnomaos de Gadara, qui se contente d'une allusion rapide, mais par Elien, cité dans Suidas, et par Plutarque. Le poète, d'après le premier de ces deux écrivains3, avait été tué à la guerre, dans une de ces rencontres où, comme dit Homère, |uvsç 'EvuaXtoç. Quand le meurtrier, nommé Caiondas et surnommé Corax, se présenta au temple de Delphes pour y interroger l'oracle sur un autre objet, la Pythie le re-
1. Piccolomini, Quaesliontt»i de Archilocho capita Iria, dans Hennés, t. XV11I (1883), p. 264 et suiv.
2. Bahntje (Udo), Quaestiones archilocheae, diss. inaug., Gottingae, 1900, p. 2-10.