‹ ArchiloqueChapitre 58 sur 258 · Archil., fr · texte numérisé non relu

Archil., fr

Il a gémi sur des misères qui accablaient l'île trois fois malheureuse; il a voulu détourner d'elle le rocher de Tantale; il a pressenti les orages qui allaient éclater1 : n'avait-il pas aussi prévu pour lui-même le rôle misérable de mercenaire ? En tout cas, si Archiloque a parfois maudit Thasos, s'il a dépeint avec amertume l'aspect sauvage et pauvre de cette montagne stérile-', nous ne voyons pas qu'il l'ait jamais trahie, et les citations de l'historien Déméas donnent au contraire à penser qu'il avait assisté, comme auteur et comme témoin, aux longues péripéties de la lutte qui aboutit à l'établissement de la puissance thasienne sur la côte septentrionale de la mer Egée.

D'ailleurs, sans renoncer à défendre la même cause, il aurait pu, nous l'avons dit, se mêler à d'autres combats, et notamment à cette guerre de Lélante qui mit aux prises presque toutes les villes grecques. Luimême faisait allusion dans une élégie à ces batailles de l'Eubée; mais le fragment conservé de cette pièce nous reporte dans un temps où le poète, éloigné du centre de la guerre, en prévoyait seulement de loin les beaux faits d'armes3.

Quoi qu'il en soit, c'est une bonne partie de sa vie qu'Archiloque dut passer à guerroyer ; et, si nous apprenons qu'il trouva la mort de la main d'un Naxien dans une bataille4, rien ne nous oblige à penser qu'il eût auparavant, dans un séjour prolongé à Paros, renoncé à son ancien métier. La vérité est cependant que la tradition et les fragments de son œuvre s'accordent à

Page 1