COMMENT CES POÉSIES ONT VD LE JOUR
par une tradition séculaire, pouvait à la rigueur sans le secours de l'écriture développer des thèmes connus, et livrer ses improvisations à la mémoire de nouveaux chanteurs : Archiloque nous apparaît comme un poète isolé, qui ne se rattache à aucun maître, à aucune école, et qui chante avant tout pour lui-même, pour la satisfaction de son amour ou de sa haine, de son orgueil ou de sa colère. Sans doute il ne néglige aucun moyen, aucune occasion de se faire entendre, dans des cercles privés ou sur la place publique; mais il fixe d'abord pour lui seul l'expression de sa pensée ardente ; il écrit et il compose ; il a déjà conscience de son art. Soit que, jeté dans la guerre, il vante les exploits, les jouissances de sa vie aventureuse, ou que, fiancé malheureux, il poursuive de ses satires des ennemis personnels, c'est lui-même qu'il met en scène ; c'est pour lui qu'il revendique l'honneur ou la responsabilité de ses actes et de ses paroles. Il imprime si bien sa marque propre à tout ce qu'il compose, que ses pièces même les plus impersonnelles portent son nom : l'hymne à Héraclès, tant de fois chanté par les vainqueurs olympiques, s'appelle encore pour Pindare le chant d'Archiloque, xq \t£koq 'Azyù^yzj1. Rien d'anonyme, en un mot, dans cette œuvre originale, non seulement conçue et créée, mais écrite par un poète qui a> chose nouvelle en Grèce, son amour-propre d'auteur.
Mais n'allons pas dans cette voie jusqu'à méconnaître les conditions qui s'imposaient encore à Archiloque dans la propagation de ses poésies. S'il a lui-même écrit ses vers, il ne les a pas adressés pourtant sous