Archil., fr. 76 et
4. Les grammairiens anciens n'étaient pas d'accord sur l'époque où l'élégie avait cessé d'être chantée (Âthenae., XIV, p. 620 c et XIV, p. 632 d) ; mais ils n'avaient de doute qu'au sujet des poètes élégiaques du vr siècle, Solon, Phocylide, Xénophane, Théognis. L'élégie du vii° siècle était certainement restée fidèle à ses origines musicales.
5. Plut., De Musica, 10 (§ 98 de l'éd. Weil-Reinach) : D.a-jy.o; yàp [iet' 'Apyi/cr/ov ^iov-iov vz^vir^bxi Wa/.^Tav, u.£tj.iu.rl<7(jac jj.;v aùxdv çr)<n t« Ap/cÀô/o-j (JtiXï), È7ii 5k -h [Aa%po?spov èxreïvai.
84 II. — LES POÉSIES d'aRCHILOQUE
teurs comme Alcée et Sapphoont subi l'influence d'Archiloque, nous n'imaginons pas que cette influence se soit fait sentir à euxpar l'intermédiaire de simples récitations rhapsodiques.
Dans le cours du vne siècle, la poésie élégiaque et iambique a-t-elle échappé à l'imitation du vieux maître? Les fragments de Gallinos et de Tyrtée n'oflrent aucun trait qui révèle la connaissance de notre poète ; mais, vu le petit nombre de ces fragments, c'est là peut-être un eft'et du hasard : en réalité, l'inspiration guerrière n'a pas fait défaut au combattant de Thasos, et c'est môme lui, selon nous, avant Callinos, avant Tyrtée, qui a imprimé ce caractère à la poésie élégiaque1. Quant à Simonide d'Amorgos, on a peine à croire la tradition qui fait de lui le contemporain d' Archiloque2, et l'on serait tenté de supposer entre eux un assez long intervalle5; en tout cas, la pièce la plus connue de Simonide, le poème iambique sur les femmes, passait aux yeux des anciens pour postérieur à Archiloque1, et dès lors dans la môme pièce une ressemblance assez remarquable
1. Les calculs de Strabon sur l'antériorité <le Gallinos nous ont paru reposer sur une base peu solide (cf. ci-dessus, p. 27-28). — La question de l'authenticité des poésies de Tyrtée ne saurait être traitée ici en quelques lignes. Cf. à ce sujet II. Weil, Études sur l'antiquité grecque, Paris, Hachette, 1895.
2. Suidas, au mot ScjAwvôSr,; 'AyiopYÏvoç. — Cf. Rohde, Kleine Schriflen, t. I, p. 149.
3. Christ place l'àx^r, de Simonide vers l'année 625 (Geschichle tler griech. Litteratur, 3° édition, 1898, p. 136, n° 7). Mais cette chronologie se fonde sur un texte altéré de Proclos, Chrestomathie,& (Scriptores metrici graeci, éd. Westphal, p. 243).
4. Athénée cite le mot [lupov comme ayant été employé pour la première fois par Archiloque (XV, p. 688 c) ; or le mot se trouve dans Simonide (fr. 7 de Bergk, v. 64). Il en est de même du mot rjpawo; que les anciens signalaient pour la première fois chez Archiloque {Uypothesis de VŒdipe-Hoi de Sophocle), et qui est dans la même pièce de Simonide (fr. 7, v. 69).
ARCHILOQCJE ET LES POÈTES DU VIIe SIÈCLE 85
avec un fragment de ce poète pourrait bien être une imitation1.
Les mêmes doutes n'existent pas pour Alcée. Dans une ode célèbre, que mentionne Hérodote2, Alcée racontait à un ami, Mélanippos de Mitylène, sa mésaventure dans la guerre contre les Athéniens, maîtres de Sigée, et il s'exprimait à ce propos sur un ton et dans des termes qui présentent une singulière ressemblance avec les vers fameux d'Archiloque '. La restitution de cette ode n'est pas, tant s'en faut, certaine ; mais le sens général ne peut en être sensiblement modifié : « Alcée est sain et sauf, mais non ses armes : son bouclier, les Athéniens l'ont suspendu dans le temple de la déesse aux yeux glauques 4. » Soixante ou soixantedix ans peut-être auparavant, Archiloque, à Thasos, avait, dans une circonstance analogue, avoué sans honte le même accident. Les deux faits, attestés par des témoins différents, ne sauraient être révoqués en doute; mais il ne semble guère possible qu'entre les deux pièces il n'y ait pas un lien de dépendance étroite, un souvenir littéraire, une imitation. Alcée, il est vrai, ne fait pas aussi bon marché peut-être de ses armes qu'Archiloque; du moins ne l'entendons-nous pas se vanter d'en retrouver bientôt de meilleures; mais c'est bien sa