Archil., fr
4. Alcae., fr. 32 (Poetae hjrici grueci de Bergk, 4" édit., t. III, p. 159-160).
86 II. LES POÉSIES d'aRCHILOQL'E
vie sauve qu'il annonce d'abord sur un ton de triomphe, comme s'il ne devait pas son salut à la fuite.
Cependant l'imitation d'Archiloque ne suppose pas nécessairement chez Alcée la connaissance de l'œuvre entière, et l'on pourrait soutenir que cette pièce devait sa célébrité à l'espèce de scandale qu'elle avait dû provoquer1. Une autre preuve se tire d'une considération plus générale. Alcée et Sappho, à la fin du vnc siècle, ont connu et imité les rythmes d'Archiloque. Ni l'un ni l'autre de ces deux chantres lesbiens n'aurait construit la strophe qui porte son nom sans les innovations décisives du poète de Paros : ce que dit à cet égard Horace semble l'expression de la vérité même2. Sappho, avec une mâle assurance, mascu/a, s'est approprié les mesures d'Archiloque en combinant dans ses vers les deux éléments, le trochée et l'iambe, que le poète novateur avait introduits dans le domaine de la poésie, et Alcée n'a fait, lui aussi, que modifierla place de ces éléments [ordbie dispar), dans une strophe plus ample que l'épode parienne3. Pour que la chanson éolienne ait ainsi recueilli en les transformant les inventions d'Archiloque, il faut qu'une tradition vivante, orale et musicale, ait eu cours en Ionie pendant un demisiècle au moins après la mort du célèbre poète.
1. On sait la légende qui représentait Arcliiloque comme banni de Sparte pour avoir jeté son bouclier (Plut., Inst. Laco?i., 34).