Plat., Ion., 2, p. ."331 a
88 II. LES POÉSIES d'aRCIULOQUE
témoignage plus précis encore, dû au philosophe péripatéticien Cléarchos, nous apprend que les poésies d'Archiloque étaient déclamées dans les théâtres par le rhapsode Simonide de Zacynthe '. Ces deux derniers textes attestent un usage bien établi au iv' siècle ; mais le premier, celui de Diogène Laërce, nous fait remonter jusqu'à la fin du vie siècle, au temps d'Heraclite, et c'est bien, par conséquent, dans le cours du vie siècle, sinon plus anciennement encore, que les rhapsodes adoptèrent, à côté de leur ancien répertoire épique, des pièces empruntées à l'œuvre si différente d'Archiloque.
Comment expliquer ce fait? De deux manières, à notre sens : par la nature de certaines fêtes religieuses, et par le caractère, beaucoup plus varié qu'on ne le suppose ordinairement, des poésies d'Archiloque.
Avant de recevoir au vu0 siècle sa forme littéraire, l'iambea eu certainement sa place et son rôle dans les improvisations satiriques que comportaient les fêtes de Déméter et de Dionysos. Ce n'est pas un effet du hasard, que le développement spontané de la poésie iambique dans une île où dominait le culte de ces deux divinités'2; et l'hymne homérique à Déméter nous offre, on le sait, une légende3 sous laquelle la critique historique a depuis longtemps reconnu l'origine véritable du genre
1. Athenae., XIV, p. 620 c : K/.sapy/jç S' èv x& 7rpo7Ép<i> 7iîpi Fpîçiov * « Ta 'Apyf/.oyou. qp7joxv, [6] —i[i.oiviôr^ o Zax\Jv6ioç èv toÏ; Ocârpoi: £7?i ôtcppov v.a.bri\).Z'/o: èpa\j/o>ûEi. »
1. Archiloque lui-même parle de son dithyrambe en l'honneur de Dionysos (fr. 76) ; son hymne à Déméter (fr. 120) lui avait valu la victoire dans un concours à Paros (Schol. Aristoph., Av., v. 1764). — En outre, nous avons déjà cité la tradition qui montrait la jeune Gléoboea apportant de Paros à Thasos le culte de Déméter, plusieurs générations avant Archiloque (Pausan., X, 28, 3).
.'S. Ilymn. hom., V, v. 202 sqq.