LES RHAPSODES
iambique1. Ainsi donc, ces libertés de langage, ces attaques violentes, ces sarcasmes grossiers, dontArchiloque a poursuivi volontiers amis et ennemis, c'est à la faveur de ces antiques usages religieux qu'il a pu se les permettre; et, réciproquement, lorsque l'iambe fut devenu, grâce à lui, littéraire, ce furent sans doute les heureuses trouvailles du maître qui se substituèrent naturellement aux improvisations informes d'autrefois. C'est de cette façon que les iambes d'Archiloque, je dis même les plus personnels, les plus violents, les plus libres, durent être de bonne heure recueillis non seulement en souvenir des aventures particulières du poète, mais comme un beau spécimen de cette littérature naturaliste. Or ces fêtes se maintinrent en Grèce pendant toute la période classique, et, au ive siècle encore, elles admettaient, au témoignage d'Aristote, ces plaisanteries outrées, ce dévergondage de paroles et de gestes, que les Grecs désignaient sous le nom de TwGacjjiôç 2. L'iambe était alors le mètre consacré pour ces débauches traditionnelles de l'esprit satirique, et c'est de ces sortes de représentations iam biques qu'Aristote voulait exclure les enfants, comme il faisait du spectacle de la comédie3. Voilà comment a pu se perpétuer, d'abord à Paros et àThasos, puis dans les îles voisines et dans toute la Grèce, le souvenir exact, disons mieux, le texte des poésies en apparence les plus impropres à une déclamation publique.
1. Otfried Mùller a, un des premiers, insisté sur ces origines religieuses île la poésie iambique {Histoire de la littérature grecque, trad. Hillebrand, t. Il, p. 269 et suiv.).