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était née la première idée : les Grecs avaient, en effet, construit des édifices d'ordre ionique d'un goût aussi pur et de proportions aussi définies et aussi harmonieuses que ceux d'ordre dorique, quoique conçus dans un tout autre esprit. On n'en peut dire autant de 1 ordre corinthien. Si Ton en trouve les premiers germes et parmi eux de très intéressants exemplaires, dans certains monuments élevés en Grèce, ce n'est qu'à l'époque de la domination romaine et dans les édifices construits par les Romains que cet ordre paraît constitué définitivement. Nous ne parlerons donc point dans cet ouvrage des essais tentés en Grèce avant cette époque. Ils n'ont qu'un intérêt archéologique et ne se distinguent de l'ordre ionique que par l'apparition de la feuille d'acanthe dans le chapiteau et les modifications apportées à la forme des volutes.

L'ordre corinthien s'éloigne plus encore que l'ordre ionique des principes qui avaient, au début, fait naître les formes architecturales des nécessités de la construction. Tout dans ce nouveau système est conçu au point de vue décoratif, et la caractéristique s'en trouve exprimée par le choix et la forme des ornements, autant que par les proportions. Nous reproduisons dans la figure 93 le détail de cet ordre, avec un plan du quart du chapiteau (à droite), des caissons entre les modillons, et le profil du piédestal (à gauche).

Le chapiteau diffère essentiellement des précédents. Il est formé par un plateau à faces courbes, de très ftiible hauteur, appelé abaque ou tailloir, dont les quatre angles saillants sont soutenus par quatre paires de volutes, plus légères, plus décorées et d'un enroulement plus capricieux que les volutes ioniques. Elles s'élancent d'une double rangée de feuilles d'acanthe dont le sommet se recourbe gracieusement en dehors, et elles envoient chacune vers le milieu de la face du chapiteau une autre volute plus petite. Ces deux dernières s'entrelacent et soutiennent une rosace en saillie sur le tailloir, qui est la rose du chapiteau.

Immédiatement au-dessous s'élève une tige grêle à feuilles recourbées qui sort aussi du milieu des feuilles inférieures disposées sur doux rangs. Les feuiUes et les volutes s'appuient sur une forme particulière qu'elles ne laissent apercevoir

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que dans la partie supérieure et dont le profil paraît donner

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Fro. 93.

à la silhouette du chapiteau son mouvement général ; c'est la

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corbeille du chapiteau. Au-dessous de la première rangée de feuilles vient se terminer par une astragale le fût, qui peut être décoré de cannelures comme celles de Tordre ionique. La base est la base attique, composée de deux tores de dimensions un peu différentes, entre lesquels se creuse une scotie séparée de chacun d'eux par un petit filet. Le tore supérieur est surmonté d*un filet un peu plus important relié au fût par un congé ; quelquefois, comme dans l'exemple de la figure 93, on a ajouté un tore plus petit au-dessous du filet supérieur.

Les cannelures du fût peuvent être remplies, soit dans

toute leur hauteur, soit , ,;^,^ . dans la partie inférieure et

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^—4^ par une baguette dont la face antérieure est plane ou arrondie et qu'on nomme rudentiire (fig. 94). Le filet qui les sépare est quelquefois orné d'une baguette plus petite contournant la parlie supérieure sous l'astragale et se terminant dans le congé inférieur par une pointe eflîlée appelée onglet.

Le chapiteau corinthien a une hauteur égale à 2 modules entre le tailloir et l'astragale. Le tailloir a 1/3 de module, et la hauteur de l'astragale est contenue encore deux fois et demie dans colle du tailloir, ce qui donne pour la hauteur totale du chapiteau environ 2 modules 1/2.

La hauteur de la base est égale à 1 module, compris le socle carré sous le grand tore. Cotte proportion est la même d'ailleurs pour tous les ordres où l'on se sert de la base attique.

Quant à l'ontahlement, ses proportions ont été données dans l'étude générale dos proportions des ordres. L'architrave est, comme celle de l'ordre ionique, divisée en deux ou trois platos-bandes saillantes, dont la supérieure est couronnée par un corps do moulures orné. La frise lisse peut également recevoir des bas-reliofs. La corniche est décorée, comme celle de Tordre ionique, d'oves et do denticules et, de plus, de petits ornements en saillie déjà désignés sous le nom de ino-

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diliofis^ qui divisent le plafond du larmier en caissons carrés ornés de moulures et de rosaces.

Les modillons sont ordinairement constitués par un enroulement formant un balustre sur la face antérieure et des volutes sur les faces latérales et soutenus sur la face inférieure par une feuille d'acanthe. Mais cet ornement ne se distinguerait plus à une certaine hauteur. Aussi, pour les ordres corinthiens de dimensions colossales, les modillons ont une forme rectangulaire qui donne à la corniche plus de netteté et un caractère plus monumental ; on en voit un spécimen dans Tordre du Colisée (fig. 97). Les corniches de la Madeleine et de TArc de Triomphe de l'Étoile à Paris en offrent aussi des exemples.

En général, toutes les moulures de la corniche corinthienne sont ornées: la plate-bande saillante, de denticules; les quarts de ronds, d'oves ; les talons, de rais de cœur ; les baguettes, de chapelets de perles ; les doucines, de palmettes ou de feuilles d'acanthes peu saillantes ; quelquefois le larmier, de canaux. Mais ces ornements peuvent être simplifiés ou prodigués selon le degré do. richesse que doit exprimer Tédifice.

Ordres corinthiens romains. — Quoique Tordre corinthien se montre définitivement constitué dans les monuments que nous trouvons en Italie, il ne s'y présente pas toujours sous la forme complète que nous venons de décrire.

L'un des plus intéressants monuments de Tépo(jue primitive est un temple de Vesta élevé à Tivoli [fig. 9;>). Comme on le voit, le chapiteau de Tordre, reproduit en détail au bas de la figure, présente bien les divers éléments de celui que nous venons d'étudier, mais avec des formes et des proportions différentes. La hauteur totale est moindre, les volutes y ont moins d'importance ; en revanche, la rose y a pris un développement considérable; enfin, les feuilles, au lieu d'être dérivées des formes de l'acanthe, présentent sur les bords des découpures arrondies et recourbées auxquelles on a donné le nom de frisures et dont se sont quelquefois inspirés nos architectes modernes. L'entablement diffère très peu de celui que les Romains employaient pour Tordre ionique ;

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mais la frise est décorée de guirlandes et de télés de bœufs qui lui donnent un profil très agréable.

L'ordre du temple d'Assise {fig. 96) se rapproche beaucoup plus du type que nous avons donné au début de cette étude. Les deux rangées de feuilles du chapiteau et les vo-

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lûtes se dégagent nettement, et la proportion générale est plus élancée. Nous y voyons aussi apparaître les niodi lions dans la corniche ; toutefois, leur profil n'est pas heureux et n'est plus usité de nos jours. Chaque colonne est élevée sur un piédestal d'un beau profil, mais de peu de hauteur. Les édifices de Rome offrent de très nombreux et de très

SrPPORTS ISOLÉS AVEC ENTABLEMENT

beaux exemples de l'ordre corinthien, mais nous ne pouvons nous étendre davantage ici sur ce sujet. Qu'il nous suffise de citer encore Tordre du troisième étage du Cotisée,

dont le chapiteau est traité très simplement et très vigoureusement en raison de la hauteur à laquelle il est placé, et dont les modillons sont pour la première fois et pour la même raison de forme rectangulaire [fig. 97).

Ordre corinthien moderne. — L'ordre que nous avons donné comme type {fig, 93) est emprunté à l'architecture moderne ; mais il subit dans l'applicalion des modifications très variables et très nombreuses, et c'est encore ici au goût de l'artiste de les apprécier dans chaque cas particulier. Il est peut-être, des trois ordres, celui dont nos architectes modernes se sont le plus fréquemment servis, et, pour ne citer que les exemples qui nous en sont fournis par les monuments de Paris, les colonnades du Louvre et de la place

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de la Concorde, le Panthéon et la Madeleine en sont d'admirables inspirations.

On a, en général, employé pour l'ordre corinthien moderne la base attique de la figure 93. Cependant on s'est sei-vi également pour les colonnes les plus décorées d'une base représentée dans la figure 98 et dont on trouve un exemple dans l'arc de Titus, à Rome.

Chapiteau composite. — On voit également dans cette figure un chapiteau qui présente une diposition particu-

lière et dont on a voulu faire à tort le type d'un ordre nouveau. Il afferte à sa partie supérieure la forme du chapiteau ionique, auquel il emprunte les volutes d'angles et le quart de rond orné d'oves, tandis qu'il conserve dans la partie inférieure les deux rangées de feuilles d'acanthe du chapiteau ordinaire ; cette double origine lui a fait donner le

nom (le chapiteau composite. Mais une légère moditication do Tune des parties du système ne le différencie pas suitisamment pour en faire un type particulier, constituant un ordre nouveau, et on ne peut le considérer que comme une variété du précédent.

Enfin, ce chapiteau a été modifié quelquefois d'une autre manière pour former couronnement de pilastre, comme on en voit un exemple dans la figure 99. Mais ce nouveau genre de support fait précisément Tobjet du paragraphe suivant.

§ 3. — Pilastres

Disposition.— Les supports isolés affectent, en général, la forme circulaire, qui convient mieux à leurs fonctions. Cependant il est dos cas où on peut lui préférer la forme carrée ou rectangulaire, soit pour en accuser plus nettement le caractère de solidité, soit, au contraire, pour permettre une architecture plus fine. Ces deux raisons distinguent assez bien les deux cas principaux où l'on peut employer les pilastres avec avantage. Dans le premier cas, ce sont de véritables supports généralement jjlacés à la partie inférieure d'un édifice, etsoumis,parconséquent,à une forte pression. Dans le second cas, ils n'apparaissent que comme contreforts en saillie sur la face d'un mur ou môme comme motifs de décorations.

On donne indifféremment à ces supports, dans l'un et l'autre cas, le nom de pilastres. Les anciens les ont employés très souvent dans leurs édifices, soit pour supporter l'extrémité des pièces transversales de l'entablement du côté du mur, en avant duquel étaient établies des colonnes, soit pour terminer et renforcer les têtes de deux murs parallèles entre lesquels se trouvait une rangée de colonnes.

Nous avons conservé cette disposition dans beaucoiip de cas ; mais, tandis que, chez les Grecs, ce membre de Tarchilecture avait une utilité réelle au point de vue de la stabilité, il n'apparaît très souvent dans nos édifices que comme conséquence des colonnes placées en avant et n'a aucun rapport avec notre mode de construction, difi'érent de celui des anciens. De plus, nous avons employé dans bien des circons-

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