CHAPITRE ÏV ARCADES
§ i•^ — Origine et disposition
!.e syst»*me d'architecture qui nous a laissé, perfectionn^î par les Grors, dos œuvres si admirables, et dontrétude a fait Tobjet du précédent chapitre, s'était toujours appliqué dans l'antiquité à des matériaux do grandes dimensions. Même avec ces avantages, il ne permettait cependant que des espacements très réduits entre les points d'appui. Aussi, pour franchir de grands espaces, et surtout dans les pays où l'on n'avait à sa disposition que de petits matériaux, on fut amené à trouver pour la solution du problème un autre système de construction. La voûte remplaça la plate-bande monolithe, et comme la forme droite de celle-ci était pratiquement défectueuse pour ce nouveau système, on lui donna une forme courbe. F^a plus simple des courbes étant l'arc de cercle, on adopta pour ces voûtes le profil d'une demi-circonférence. \Mrcade était désormais constituée. Il est probable que son emploi remonte aux Étrusques, qui la transmirent aux Romains, par les({uels elle nous est parvenue.
La nécessité de réduire le plus possible l'espace couvert par chaque support avait fait donner à celui-ci la forme circulaire dès les premiers temps de l'emploi de la plate-bande. L'arcade permettant d'espacer à volonté les points d'appui, d'en réduire le nombre et d'augmenter ainsi la surface utile des édifices, on n'eut pas à tenir compte de cette considération pour choisir la forme du support, et on lui donna celle qui paraît, par sa masse, la plus apte à résister au nouvel effort de poussée des arcs, la forme rectangulaire.
PROPORTIONS
La même raison qui avait fait employer les bases pour les colonnes conduisit à faire reposer les supports des arcades sur un socle en saillie.
Ainsi que le chapiteau terminant la colonne et recevant l'entablement marquait la différence entre le support vertical et la plate-bande horizontale, une saillie appelée imposte^ placée à la naissance de l'arcade, indique la séparation entre celle-ci et le point d'appui, ou piédroit {fig. 105).
En raison des efforts qu'il subit, Parc proprement dit peut être construit, de même que le piédroit, en matériaux plus résistants ; il reste alors au-dessus de l'imposte, entre deux arcs consécutifs
et le bandeau ou la corniche qui les surmonte, une sorte de triangle mixtiligne auquel on a donné le nom de tympan,
La première pierre de Tare immédiatement au-dessus de Timposte est le sommier; celle qui se trouve dans Taxe et à la partie supérieure s'appelle clef. Les autres sont les claveaux.
On accuse quelquefois l'ensemble de l'arc en donnant à tous les claveaux une saillie générale uniforme sur les tympans : la plate-bande circulaire ainsi formée prend le nom d'archivolte.
Ces diverses parties se prêtent, comme nous le verrons tout à rheure, à une décoration spéciale.
Fio. 105.
§ 2. — Proportions
î)|ins le système des arcades, les limites entre lesquelles on peut faire varier les espaces à franchir sont beaucoup plus é ten-
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(lues que dans le précédent. Mais il n'en reste pas moins vrai, dans les deux cas, que plus les points d'appui sont espacés, plus aussi ils doivent être résistants, par conséquent plus leur section sera forte, et plus la largeur de leur face antérieure sera grande, puisque c'est elle qui est la plus apparente. De même, l'épaisseur de Tare, accusée par l'archivolte, sera plus forte à mesure que la portée sera plus grande. En d'autres ternies, nous avons ici encore une relation entre la largeur de l'ouverture, celle des piédroits et l'épaisseur de l'arc. Il paraît donc possible d'avoir des systèmes de proportions simples et harmonieuses pour les arcades comme pour les colonnes, d'avoir, en un mot, des ordres iV arcades comme nous avons des ordres de colonnes.
En fait, il y a eu plusieurs tentatives dans ce sens, dont nous parlerons plus tard, et qui n'ont pas abouti, quelque louable qu'ait été l'intention. L'arcade est une des formes les plus employées dans notre architecture moderne, mais le système qu'elle constitue n'a pas reçu encore la môme consécration que les ordres grecs, et on ne peut, comme pour ceux-ci, indiquer pour elles des proportions bien définies.
Ce n'est pas à dire qu'on ne puisse leur en assigner dans une certaine mesure. Ainsi, leur hauteur sous clef varie, en général, entre une fois et demie et deux fois l'ouverture, et la largeur du piédroit est comprise entre le tiers et le quart de la même dimension.
La proportion de l'archivolte, quand elle existe, est beaucoup moins dédnie, car son épaisseur ne croît pas suivant la même progression que la largeur de son ouverture. Celte proportion est en quelque sorte la résultante de deux considérations opposées. D'une part, on conçoit qu'il y a un rapport entre l'épaisseur de l'archivolte et la charge que pour l'œil elle paraît supporter; d'autre part, cette charge, proportionnelle aux variations d'une ligne droite, la largeur d'ouverture, est supportée en réalité par une courbe, la demicirconférence construite sur cette droite comme diamètre. S'il est vrai que la charge croît avec l'ouverture, elle se répartit sur une ligne dont la dimension croît plus rapidement que celle de cette ouverture et, par conséquent, elle tend à diminuer en chaque point.
PROPORTIONS 111
Ainsi, on peut dire d'une façon générale qu'il y a un rapport entre l'épaisseur de l'archivolte d'une arcade et sa largeur d'ouverture et que la valeur de ce rapport tend à diminuer à mesure que l'ouverture augmente. L. Reynaud est arrivé au même résultat en comparant les archivoltes de diverses arcades exécutées à des époques différenles et sur des ouvertures très variables. Il donne comme conclusion pratique à ses recherches les rapports suivants.
Pour une ouverture de :
3 mètres, le rapport de l'archivolte à l'ouverture est de -
Mais, comme lui, nous mettons nos lecteurs en garde contre une interprétation étroite de ces chiffres. Ce ne sont que des indications qui pourront donner lieu aux modifications les plus variées et pour lesquelles on sera guidé, dans chaque cas, par une foule de considérations relatives soit à l'expression de légèreté ou de force qu'il s'agira de donner k l'édifice, soit à la déformation que pourront subir les dimensions, par suite de la distance ou de la hauteur à laquelle on les verra d'ordinaire.
Il existe, de môme, une relation entre la hauteur des impostes et des socles et les dimensions de l'arcade, mais elle est plus variable encore. Des tentatives ont été faites pour donner à ces différentes parties des proportions délînies et simples, comme il en existe pour les chapiteaux et les bases des colonnes ; mais elles n'ont jamais fait autorité, et les dimensions de ces éléments sont laissées au goût et au sentiment de l'architecte, qui apprécie, dans les divers cas, les valeurs à leur donner. Toutefois, on conçoit facilement qu'en général une grande arcade aura des impostes et des socles plus hauts qu'une arcade de moindres dimensions; et
ARCADES
que, d'autre part, pour une arcade très élancée, ces éJémenU devront être traités avec beaucoup plus de finesse que pour une arcade plus ramassée.
La saillie des impostes est, en général, assez faible, car elle a l'inconvénient de cacher au spectiiteur une partie de l'arc à sa naissance. C'est aussi à cause de cette considération qu'il faut avoir soin de placer le centre de la demi-circonférence un peu au-dessus de l'horizontale passant par Taréte supérieure des impostes. Cette surélévation du centre est appréciée selon les circonstances; elle paraît a priori d'autant plus grande que l'imposte est plus saillant et que l'arcade est plus élevée.
Les socles des piédroits sont généralement très simples et d'une faible saillie, afin de diminuer le moins possible l'ouverture de l'arcade à sa base.
§ 3. — Décoration
Refends et bossages. — Le système des arcades ayant pour objet d'utiliser les petits matériaux pour couvrir de grands