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CHAPITRE VÎI

PLAFONDS ET VOUTES

La partie supérieure d'une enceinte comprise entre des murs ou des points d'appui isolés peut être fermée de plusieurs manitTes dilTérentes, qui se groupent en deux catégories principales, selon qu'elles ont pour principe le plan ou la surface courbe. C'est l'étude de ces deux catégories d'ouvrages désignées sous les noms de plafonds et de voûtes qui fera l'objet du présent chapitre.

g 1*'. — Plafonds

Origine. — Les Égyptiens, chez lesquels nous avons trouvé l'origine probable des supports isolés avec entablement, avaient aussi imaginé pour clore à la partie supérieure leurs temples, composés de plusieurs rangées de colonnes, de faire reposer sur deux architraves parallèles des dalles de pierre juxtaposées qu'ils décoraient sur la face inférieure de peintures ou de fines sculptures.

Plafonds grecs et plafonds romains. ^ Ce mode de couverture, à l'aide d'une surface plane horizontale, ou plafond, offrait une monotonie fatiguante et manquait de la netteté d'expression que doit avoir toute œuvre architecturale.

Les Crées, avec leur goût et leur sentiment exquis des convenances, devaient aller plus loin et trouver mieux, tout en partant de cette première donnée, (jui leur avait été très probablement transmise. Ils em[)nmtèrent pour la composition des plafonds, comme ils l'avaient déjà fait pour celle des entablements, les dispositions générales à la charpente en bois.

PLAFONDS

FiG. 190.

Dans la hauteur de la frise, ils placèrent des poutres en pierre allant d^ine architrave à la parallèle ou au mur en avant duquel elle s'élevait.

Sur ces poutres de fortes dimensions et très résistantes, ils posèrent des dalles dont la portée était ainsi réduite et permettait de leur donner une faible épaisseur. Ces dalles étaient divisées, au moyen de moulures peu profondes, en compartiments imitant une sorte de grillage en bois.

Le plafond, dès lors, s'accusait plus nettement et avec plus de variété dans les formes grâce aux poutres saillantes, ou soffites, et aux dalles décorées de compartiments, ou caissons. On y voyait lossature, et Tœil y distinguait sans efl'ort les parties principales et les parties accessoires de la construction.

Voici, par exemple, une des dispositions adoptées par les Grecs dans le fragment que représente la figure J90 et qui est tiré de Fun des portiques de TÉrecthéion. Les petits compartiments indiqués au début par des encadrements peu accentués sont ici plus profonds, plus grands et plus ornés. Le centre était probablement occupé par une rosace en bronze, qui a disparu.

La rosace figure toujours dans les caissons des plafonds

AHCHITSCTORB. 13

'^ ■•n'î^^^r'.'^fV.^^ivrv^TV :

Fir.. 191.

iH PLAFONDS ET VOUTES

romains, qui ont souvent de plus grandes dimensions que ceux des Grecs. Celui de la figure 191, emprunté au temple de Mars le Vengeur, occupe Tintervalle entre deux colonnes consécutives. Il est richement orné de très belles sculptures, et la face inférieure du soffite est décorée d'une grecque.

Plafonds modernes. — Le système de décoration par soffites et caissons est très rationnel, comme on le voit, appliqué à des matériaux de gi*andes dimensions, permettant de former chaque soffite d'une seule pierre, et chaque plafond d'une dalle unique. Transporté, comme celui des colonnes, dans notre architecture, à la suite du moyen âge, qui avait rendu général l'emploi des petits matériaux, ce système y ofi're les mémos contradictions. On exécute les plafonds comme les architraves, au moyen de voûtes plates. Les plafonds modernes ne le cèdent point aux romains, pour la beauté des formes ou la richesse des moulures, mais le mode de construction qu'ils accusent a fait place à un autre procédé qui exigerait une disposition différente. Nous avons emprunté en cela aux anciens des modèles à imiter plus que des principes à appliquer, ce qui eût été cependant plus logique. Ces restrictions faites, nous pouvons citer, à côté des plafonds antiques, ceux du portique de la Madeleine, à Paris, qui sont très beaux et qui sont inspirés du temple romain que nous venons de citer. Il convient toutefois de faire observer (ju'ils ont été placés à tort dans la hauteur de l'architrave, alors que la construction qu'ils paraissent indiquer doit être comprise dans celle de la frise. Eu dehors même de la vérité d'expression, ils auraient gagné plus de légèreté à être placés dans celte partie de l'entablement.

Employés à l'origine avec les colonnes et pour des espaces relativement restreints, les plafonds se sont généralisés à l'époque de la Renaissance et se sont ainsi transmis jusqu'à nous. Nous les employons en bien des ras où ils dissimulent le procédé de construction, au lieu de s'en déduire logiquement. Mais, même sous cette forme, un usage si universel les a consacrés, que nos yeux et notre esprit s'y sont habitués, devinant ce qu'ils n'expriment plus. Aussi nous n^en critique-

PLAFONDS 195

rons pas autrement remploi et nous allons en parler avec quelques détails.

L'ossature des ouvrages qui ferment à la partie supérieure les différentes salles d'un édifice est formée par des pièces de bois ou de fer appelées solives ou poutrelles^ espacées de quantités variables, en général, de 0°*,33 à 0"*,70 d'axe en axe, et reposant par leurs extrémités sur des murs parallèles ou sur d'autres pièces plus fortes, qu'on appelle powires ou filets. Les intervalles des solives sont formés par un remplissage en plâtre et plâtras ou voûtés en briques ou panneaux de terre cuite. L'ensemble de ces divers éléments forme le plancher. La face supérieure est disposée pour recevoir Taire, en céramique ou en menuiserie, de l'étage qui s'élève audessus, et la face inférieure est recouverte d'un enduit en plâtre qui porte des peintures, ou décorée de panneaux de mosaïque ou de faïence. Cette dernière face constitue le plafond de la salle. En général, il s'étend sur toute la surface uniformément et sans saillie autre que les moulures qui le limitent extérieurement et qui constituent la corniche. Si l'on a été obligé, à cause de la distance des murs, d'employer des poutres ou des filets, on les accuse très souvent par des saillies proportionnées à leur importance et formant soffites. Cette disposition, qui rappelle celle des plafonds antiques, est très rationnelle. Il arrive même qu'on accuse plus complètement la construclion, en laissant les solives intermédiaires apparentes ou en donnant une légère saillie à Tenduit qui les recouvre, sur le nu du plafond formant leurs intei-valles ; ceux-ci deviennent alors de véritables caissons.

La figure 192 donne une idée de l'aspect que présente un plafond décoré de cette facjon. Quand les poutres et les solives sont apparentes, on les recouvre d'une couche de peinture, et, si elles sont en bois, on peut en orner les faces et les arêtes de moulures. Quand on les recouvre d'un enduit au plâtre, cet enduit peut également être peint et décoré de moulures. Quant aux intervalles des solives formant caissons, ils sont enduits en plâtre, peints, ornés d'encadrements à moulures, ou fermés au moyen de panneaux de terre cuite ou de faïence, qui se posent sur les ailes inférieures des

PLAFONDS ET VOUTES

solives en fer, ou sur des tasseaux moulurés cloués sur les faces des solives en bois.

Fio. 19-2.

Dl^m

Comme on le voit, celte disposition, quoique s appliquante des matériaux différents, est inspirée des mêmes principes

que ceux qui guidèrent les Grecs dans la composition de leurs plafonds. Mais il n'en est pas toujours ainsi. La figure 193, par exemple, représente un plafond décoré de caissons carrés qui n'indiquent pltis d'une façon assez nette l'ossature de la construction.

Quelquefois même les formes des caissons sont beaucoup plus capricieuses et n'ont [)lus aucun rapport avec la direction et la position des éléments constitutifs du plancher. Les édifices de la Renaissance en offrent des exemples très nombreux. Il faut dire, à la vérité, qu'ils rachètent, en général, cette anomalie par une variété et une richesse de décoration

PLAFONDS

remarquables. 11 suffira de reproduire ici, pour en donner une idée, la composition si élégante et si gracieuse dont Jean Goujon a décoré le plafond de Tun des paliers de Tescalierde Henri H au Louvre. On y trouve le défaut de netteté signalé lout à riieure au point de vue de la construction, mais en même temps l'un des plus beaux spécimens de la sculpture de celte époque (fig, 194).

Plafonds divers. — Depuis la Renaissance, ce procédé de décoration s'est répandu dans notre architecture moderne, et la composition du. motif d'un plafond est presque toujours indépendante du système de construction et de l'ossature du plancher, tant lorsqu'on emploie les caissons que lorsqu'on se contente d'une corniche encadrant extérieurement la surface du plafond et la reliant aux parois verticales des murs.

On se sert de ces deux modes de décoration également dans nos édifices publics et dans nos édifices d'habitation. Dans l'un et l'autre cas, les caissons ne peuvent guère être em-

FiG. 104.

198 PLAFONDS ET VOUTES

ployës que pour des salles d'assez grandes dimensions. Mais les corniches servent aussi bien pour les grandes salles que pour les petites, car elles sont susceptibles de formes et de proportions très variables et, par suite, s'adaptent facilement au caractère des enceintes qu'elles sont destinées à orner.

On peut diviser en deux catégories les corniches employées à l'intérieur des édifices. Les unes affectent la môme forme générale que celles qui décorent les façades extérieures ; les autres sont constituées essentiellement par deux corps de moulures plus ou moin's importants, dont l'un forme encadrement au plafond, et l'autre couronnement aux murs, et qui sont réunis par une surface courbe d'un assez grand développement appelée gorge.

Les premières, caractérisées par un larmier saillant, moins saillant cependant que lorsqu'il est placé à l'extérieur, présentent une masse assez considérable qu'on exécuterait difficilement en plâtre et qui chargerait trop le plancher. Loi*squ'on les emploie dans les pièces d'habitation, elles sont en bois, assemblées, clouées ou scellées dans l'enduit et reçoivent ensuite une ou plusieurs couches de peinture destinées à les harmoniser avec l'ensemble de la salle. Dans une enceinte de proportions plus vastes, ce même genre de corniche peut être exécuté en pierre et faire partie d'un entablement complet supporté par un ordre de colonnes ou de pilastres. La cymaise, dans ce cas, vient s'appuyer sur la face plane du plafond, ou bien celui-ci est placé à une certaine hauteur et raccordé avec la corniche au moyen d'une gorge, d'une voussure ou d'une face plane inclinée.

Plafonds des appartements. — Les corniches du second genre sont surtout employées dans les appartements d'habitation où l'on a peu de hauteur et où on ne pourrait facilement se servir des premières. Leur disposition permet de leur donner un grand développement horizontal sans diminuer beaucoup la hauteur de la partie plane du mur ; il suffit pour cela de modifier convenablement la forme de la gorge.

[*a figure 195 indique deux profils différents de corniches où la gorge affecte une forme écrasée pour permettre un

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plus grand développement dans des pièces dont le plafond est moins haut.

FiG. 195.

Souvent certaines parties du profil sont ornées d'oves, de feuilles ou de guirlandes. Ces ornements sont rapportés sur un premier profil traîné en

WyHvi^ifflIfliffliT ^riitiHIIft^H^I

plâtre. Par exemple, on peut voir dans la coupe de la corniche {/ig. 196) les ornements indiqués en pointillé sur le profil en plûtre.

Dans le cas que nous reproduisons ici, le profil se compose d'une partie principale raccordant le mur au plafond, qui est la corniche proprement dite, et d'une partie formant cadre sur ce dernier et qu'on peut appeler un avantcorps. L'architecte juge dans les din*é rentes circonstances s'il y a lieu de donner plus d'importance à la corniche au moyen de cet avant-corps ou si la partie principale produira un effet satisfaisant. Lorsqu'on adopte le premier parti, l'avant-corps peut être plus ou moins saillant et plus ou moins large, et affecter des formes très diverses selon les circons-

Fio. 1%.

200 PLAFONDS ET VOL'TES

lances. Dans la figure 496 il est terminé en plan sur deux côtés en arc de cercle, laissant de part et d'autre des écoinçons ornés de sculptures. La figure 497 offre deux autres exemples; dans le premier, Tavant-corps est à angles droits ; dans le second, un petit carré en orne les angles. On conçoit que la plus grande variété de formes est possible pour cette parlie de la corniche, et que Tarchitecte sera toujours libre d'en trouver de nouvelles.

Le centre du plafond étant presque toujours muni d'un piton scellé pour recevoir un appareil d'éclairage, on en profite pour l'entourer d'une rosace, dans les pièces dont la décoration est faite avec un certain luxe. Celte rosace, de formes et de proportions très variables, est le plus souvent en staff ou carton-pûte, comme les autres ornements de la corniche, et fixée sur l'enduit à l'aide de petits clous, tandis que la pâte n'est pas complètement durcie. On raccorde ensuite par un rebouchage convenable toutes les parties que le retrait a déformées.

Remarque. — Les corniches intérieures se profilent dans un esprit tout différent de celui qui préside à la composition des prolils extérieurs. Ceux-ci, étant en pleine lumière et placés à une certaine hauteur, sont formés de moulures peu détaillées, dont quelques-unes seulement ont une forte saillie : il suffit d'obtenir une grande ombre accusant nettement la ligne principale de la corniche ou du bandeau. Les profils intérieurs sont moins éclairés et placés à une faible hauteur; il doivent être traités avec plus de finesse, puisqu'ils sont vus de plus près, et présenter des contrastes de parties concaves très re fouillées et de parties convexes très saillantes, où une faible lumière pourra donner des effets plus vifs et accuser plus fortement les lignes.

Prenons, pour fixer les idées, une moulure employée dans les deux cas, une doucine par exemple. Dans la corniche extérieure de la figure 132, cette courbe qui termine la cymaise est beaucoup moins accentuée que dans la figure 196 où elle forme la gorge. Ce (jui est vrai pour une moulure l'est aussi j)our le profil entier : il faut obtenir des ombres plus vives et plus souvent répétées dans les corniches inté-

PLAFONDS

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202 PLAFONDS ET VOUTES

Heures. Les moulures courbes y sont, en conséquence, plus employées que les plates-bandeg.

§ 2. — VOUTKS DISPOSITION

Voûtes antiques. — L'usage des voûtes dans la construction s'est. généralisé depuis Tépoque des Romains, et nous avons dit à propos des arcades que ce système avait dû leur être transmis par les Étrusques. Les archéologues se sont posé la question de savoir s'il fallait leur attribuer l'honneur

Fin. 198.

de son invention ou si d'autres peuples l'avaient employé dans l'antiquité. Des recherches faites dans ce but, des ouvrages découverts en Egypte, en Assyrie, en Grèce même, il résulte que les voûtes ont été connues et employées en certains cas par ces différents peuples depuis des époques très reculées, soit sous la forme d'assises superposées en encorbellement les unes sur les autres, comme dans le monument grec dit Trésor d'Atrée, découvert à Mycène {fig. 198) ; soit, mais plus rarement, avec la disposition actuelle des joints tendant au centre.

Voûtes modernes. — Quoi qu'il en soit de son origine, ce système de construction fut vraiment utilisé pour la première fois par les Romains et s'est répandu, par la suite, dans les

monuments des chrétiens, qui en firent, comme nous l'avons dit, la caractéristique de leur architecture.

Dès lors, les voûtes prirent des formes extrêmement variées. On peut ranger en trois catégories principales les différentes formes employées de nos jours : les voûtes cylindriqueSy les voûtes annulaires et les voiUes sphériques.

Voûtes cylindriques. — Considérons dans un plan vertical de face (fig. 199) la directrice circulaire A' d'un cylindre

Fio. 199.

dont les génératrices sont perpendiculaires à ce plan, comme on le voit en A, qui est la projection horizontale de la voûte, et en A", qui représente une coupe sur l'axe. Cette voûte, dont

Fio. 200.

Fio. 201.

l'intrados est formé par une seule surface cylindrique, est dite en berceau; de plus, à cause de la direction de ses gêné-

204 PLAFONDS ET VOUTES

ralrices par rapport au plan de la directrice, elle est droite. Si, coniine on le voit en B, ces gén<^Tatrices sont obliques, relativement au même plan, on a une voûte en berceau hiaLse. Enfin, lorsque les général rires sont inclinées sur Thorizon, comme Tindique la coupe C, on obtient un berceau en descente.

Il arrive quelquefois qu'une voûte en berceau est rencontrée par d'autres voûtes de même forme, mais de moindre hauteur, qui forment des pénétrations. On peut voir, dans la figure 200, une disposition de ce genre ; on l'appelle voûte en berceau avec lunettes. Lorsque ces lunettes sont destinées à donner accès à la lumière, à former fenêtres, on adopte souvent une forme conique pour la partie intérieure delà voûte (/?(/. 201), de manière à avoir un éclairage plus rayonnant.

^v ...^ Deux voûtes en berceau

•s/ qui se croisent peuvent

y' ^x aussi avoir même hauteur :

^ if si elles se prolongent de

Fio. Î02. part et d'autre de leur ren- Fig. 203.

contre de façon à former à l'intrados des arêtes saillantes (fi(j, 202), on a une voûte d^aréte ; si elles sont limitées à leur naissance par un quadrilatère fermé, comme dans la figure 203, on obtient la voûte en arc de cloître. Pour ces deux genres de voûtes, les directrices sont des arcs de cercle égaux, si le quadrilatère réel ou fictif, formé par les intersections des génératrices de naissance, est un carré. Dans les autres cas, on donne, en général, la forme circulaire à l'une des directrices et on assujettit l'autre à la condition qu'elle donne un cylindre coupant le premier suivant des arêtes qui se projettent dans le plan de la voûte sur ses diagonales.

Mais il arrive que l'on veut conserver pour les deux berceaux qui se rencontrent la forme circulaire de part et d'autre de leur croisement. On peut alors avoir une voûte d'arête dont le grand berceau a môme hauteur dans toute sa longueur, et dont le petit est surhaussé avec une ellipse pour

directrice, dans le rectangle projection horizontale de la voûte (/îflr. 204).

Fio. 205.

Cette disposition est d'un effet désagréable à cause de l'ellipse qui surmonte Tarcade sur le petit côté. Dans certains portiques italiens, on a donné à la voûte une forme différente qui produit une impression plus heureuse. Elle est engendrée par la rotation autour d'un axe projeté en xy d'un arc de cercle ab passant par les sommets des petites arcc^des et langent à la partie supérieure de la grande voûte {fig, 205).

Fia. 206.

Fio. 207.

Les voûtes en arc de cloître se prélent à une modification dont l'effet peut être très heureux et qui est, en certains cas, très utile, en particulier lorsqu'on a besoin de percer au sommet d'une salle ainsi fermée une ouverture horizontale destinée à y faire pénétrer la lumière. On forme les côtés de la voûte par des arcs égaux et tels qu'ils laissent

206 PLAFONDS ET VOUTES

entre eux à leur sommet une partie centrale plane se raccordant tangentiellement à chacun d'eux. I^a figure 206 montre une disposition de ce genre où la partie courbe est séparée de la partie plane par un corps de moulures : on lui donne le nom de voûte en arc de cloître avec plafond. Si la partie plane est de beaucoup plus importante que la partie courbe, on appelle plutôt cette voûte plafond avec voussure.

Enfin, on donne quelquefois la même forme aux directrices des berceaux qui forment par leur intersection la voûte étfiblie sur plan rectangulaire. Celui qui est compris entre les deux grands côtés a pour directrice une demi-circonférence complète, et sur chacun des deux petits côtés s'appuie un demi-berceau circulaire de même rayon que le premier. On obtient ainsi une voûte en arc de cloitre barlongue ; la ligure 207 en donne un exemple.

Voûtes annulaires. — Si nous appliquons les formes qui viennent d'être décrites à des plans à faces parallèles courbes, nous obtiendrons des voûtes annulaires. Ce nom, qui éveille dans l'esprit l'idée unique d'une circonférence de cercle, s'est généralisée à toutes les courbes ou parties de courbes dont la forme peut èlre employée dans les plans des édifices. Ainsi, les portiques des cirques romains, construits sur plans elliptiques, de même que les portiques affectant la forme d'un demi-cercle, d'une demi-ellipse, etc., donnent des voûtes annulaires, si on les couvre au moyen de ce système.

La plus simple est la voûte annulaire en berceau. Comme le montre le tron(;on représenté par la figure 208 en plan et en coupe verticale normale à la courbe, ce n'est qu'une voûte en berceau à génératrices courbes. On peut se représenter celte surface comme engendrée par une demi-circonférence assujettie à s appuyer par ses extrémités sur deux courbes horizontales équidistantes et à rester toujours dans un plan vertical normal à leur direction commune.

Par analogie, construite sur plan circulaire, la voûte en berceau représentée dans la coupe C {fig. 499) donne une variété qu'on pourrait appeler voûte annulaire en descente^ et

qui est connue sous le nom de vis Saint-Gilles. Elle sert, en général, à supporter les marches d'un escalier circulaire, de même que le berceau en descente est surtout utilisé pour les escaliers droits. La ligure 209 représente une coupe sur Taxe d'une voûte de ce genre. Elle est engendrée par une demi-circonférence amb, assujettie à être toujours située

Fio. 208.

Fio. 209.

FiG. 210.

dans un plan vertical passant par Taxe j*y, et dont le centre o se déplace sur une hélice déterminée par la pente de l'escalier, son diamètre ab étant constamment horizontal.

De même, si Ton établit sur un plan curviligne la voûte représentée dans la figure 202, on obtient une voûte (V are te

FiG. 211.

annulaire^ qui a reçu en stéréotomie le nom de voûte (Varâte en tour ronde, La (igure 210 en représente un exemple. Les circonférences projetées en ab et cd dans le plan ont des diamètres inégaux ; les voûtes incidentes auxquelles elles servent de directrices ne peuvent être ici des berceaux cylin*

PLAFONDS ET VOITES

driques. Elles sont déHuies par les conditions d'être tangentes latéralement aux plans verticaux ac^ hdy normaux à la courbe de la projection horizontale de la voûte et d'avoir leur génératrice supérieure horizontale. Ce sont des conoïdes; la ligure 2H donne de ce genre de voûte une vue perspective qui permet de se rendre compte*de sa généralion.

Voûtes sphériques.— D'une façon générale,on donne le nom

de voûtes sphériques à celles dont la surface est engendrée

par la rotation d'un arc

de cercle quelconque au-

^^^"^^ tour de Taxe vertical pas-

g \ santpar son centre et son

I I sommet. Mais dans les

circonstances ordinaires

Ode nos édifices elles sont, en réalité, des portions de surface sphérique.

La plus simple est engendrée par la rota- FiG. 212. tion d'un quart de cir-

conférence; c'est celle que représente la figure 212; elle est portée par dos murs étfiblis sur plan circulaire.

Il est possible de la faire re[)oser, comme la voûte d'arête, sur quatre points d'appui A, B, C, D (fiy. 213). Le plan des jaissances étant projeté en ABCD, si l'on coupe par les plans verticaux AB, BG, CD, DA la demi-sphère constniite sur le grand cercle a6, cd, et si on n'en conserve que la partie intérieure à ces quatre plans, on obtient une calotte sphérique complète mnpr, r'o'n, prolongée vers les points d'appui par quatre triangles s[)hériques appelés pendentifs mAr, m'A'r ; — mhn, rn'B'n'; — nCp, w'B'n'; — pDr, m'A'r\ C'est la voûte en cul-de-four sur pendentifs, dont nous donnons {fig. 214) une vue perspective. La figure 213 montre que le même résultat eût été obtenu en coupant la sphère par les berceaux cylindriques ayant pour directrices les circonférences AniB, BnC, et que, par conséquent, ce genre de voûte pourra parfaite-

iTH

Kio. 213.

FiQ. ?14.

ment remplacer la voûte d'arête pour couvrir le» trav<^es d'un portique. Pour bien marquer la séparation entre la surface sphérique et la surface cylindrique, on double dune saillie uniforme la voûte en AB, BC, CD, DA, et cette saillie prend pour cette raison le nom d'arc douhleau.

On aurait pu ne conserver de la sphère que les quatre pendentifs et laisser la partie centrale libre, soit pour recevoir un plafond plein ou vitré, soit pour supporter une calotte plus élevée {fig. 215), soit, enfin, pour servir d'appui à une partie cylindrique surmontée elle-même d'une voûte sphérique complète.

C'est la disposition adoptée dans beaucoup de nos églises notamment pour le dôme de la basilique de Saint-Pierre de Rome, et pour celui du Panthéon de Paris. La figure 216 en offre un exemple. On donne très souvent à cette partie de l'édifice un diamètre supérieur à la largeur des berceaux dont il surmonte la rencontre. La différence est alors rachetée au moyen de pans coupés a6, crf, ef, gh {fig, 217); la sphère des pendentifs a pour base la circonférence circonscrite à l'octogone abcdefghy et la couronne sur laquelle s'élèvtf la tour du dôme est tangente aux côtés 6c, rfe, fg^ ha.

Les pendentifs sphériques se raccordent mal, dans ce cas, avec les surfaces planes des pans coupés ; mais cet inconvénient est très peu apparent, étant donnée la faible étendue de la ligne de raccord. Celle-ci, d'ailleurs, est dissimulée sous une corniche ou un bandeau marquant la séparation entre la voûte et les points d'appui verticaux. On pourrait, pour

Fio. 216.

Fio. 217.

ARCHrrECTURE.

iir

PLAFONDS ET VOUTES

avoir un raccordement, donner aux pans coupés une forme cylindrique; mais sa faible courbure manquerait de netteté. Il existe, il est vrai, une solution plus complète qui a été employée au dôme des Invalides et qui consiste à former les pendentifs, reposant sur des pans coupés à faces planes, d'une surface gauche engendrée par un arc de cercle, qui se déplace horizontalement en s'appuyant sur les deux arcs am, bn [fig. 217), et en augmentant progressivement de rayon, depuis le sommet où il a celui de la couronne mnpr jusqu'à la base oii il a un rayon infini et se confond avec la droite ab. Mais cette surface assez compliquée à obtenir en pratique est très rarement employée, et, en général, on ne s'occupe pas du raccord des pendentifs avec les piédroits.

Si Fou cou|)e la voûte sphérique [pg. 212) par un plan médian et q l'on ne conserve que Tune des moitiés ainsi séparées, on obtient un cul-de-four de niche. Cette voilte est exlrémemi il employée dans la composition et la décoration des édilices, soit sous de petites dimensions, pour servir d'accompagnement à des stiitues, vases, ou tout autre ornement, soit pour former de vastes crèdres dans l'intérieur des édifices, comme les thermes romains en offrent de très nombreux exemples. Nous aurons l'occasion de revenir sur ce sujet.

Trompes et youssures. — Les voûtes servent quelquefois uniquement à former support pour des ouvrages exécutés

en porte-à-faux ou en encorbellement sur les murs.

Elles ne s'appuient alors que d'un côté sur ces murs et ne constituent que des portions de voûtes. On leur donne le nom général de trompes, et on peut les diviser en trompes cylifulriques et trompes coniques.

Pi^, 2IS ^^ figure 218 représente

la plus simple des trompes cylindrifiuos. La vue latérale montre ([ue sa directrice est un

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