SALLES
Considérations générales. — Par salles, il faut comprendre les pièces dont l'ensemble constitue la partie essentielle de l'édifice, celle en vue de laquelle il a été construit. Dans un palais de justice, ce sont les salles d'audience, de délibération ; dans un hôtel de ville, la salle du conseil, la salle des mariages, la salle des fêtes; dans un musée, les salles d'exposition; dans un établissement d'instruction publique, les salles de cours, les salles d'étude, les salles de bibliothèque ; dans un édifice destiné à l'habitation, la salle de réception, la salle à manger, la salle de billard, etc. Parfois l'édifice est élevé pour une seule salle, telles les salles de concerts, de spectacles, de conférences, etc. Le nom s'étend même à toutes les pièces petites ou grandes, importantes ou accessoires; mais l'étude que nous voulons faire ici est trop générale pour que nous puissions nous étendre sur un pareil sujet, et nous . nous bornerons à donner quelques considérations sur les dispositions, les proportions et la décoration de celles où l'architecture est appelée à jouer un rôle important.
On peut ranger ces différentes salles, au point de vue particulier qui nous occupe, en deux grandes catégories: les salles plafonnées et les salles voûtées.
364 PRINCIPALES PARTIES DES ÉDinCES
Salles plafonnées. — Il existe une relation entre la hauteur d'une salle et sa largeur, et Ion peut dire, d'une façon générale, que la [crémière de ces deux dimensions lui donnera, selon qu'elle sera plus ou moins marquée, un caractère de noblesse ou de vulgarité. Mais il y a une limite à observer, et on n'obtiendrait pas foVcément un meilleur effet parce qu'une salle serait plus élevée. I.a véritable distinction résultera d'une proportion heureusement choisie en vue de la destination, et l'architecte aura pleine liberté pour l'étudier el la llxer dans chaque cas particulier, d'après le sentiment qu'il a des convenances et d'après son goût personnel. Ou a voulu parfois tixer comme règle que la hauteur d'une salle couverte en plafond fût égale à sa largeur. C'est là une proportion qui donne, dans les circonstances ordinaires, un résultat convenable, mais à laquelle on n'est nullement obligé de s'astreindre. L'art sait trouver sa véritable expression en dehors de ces formules étroites qui ont sans doute le mérite de lui fournir des directions et dont l'autorité s'appuie sur les beaux exemples d'où on les a déduites, mais qui seraient une entrave dans la plupart des circonstances, si on voulait y confiner l'imagination et le sentiment de l'artiste.
Il tirera, d'ailleurs, un aussi grand elTet de la disposition du plafond que des proi)ortions delà salle, et même il pourra, avec assez d'art, modifier l'impression que produiraient des proportions obligées et trop mesquines en décorant le plafond de façon à lui donner plus de légèreté. Nous avons parlé du mode de décoration par caissons et soflites ; il conviendra surtout aux salles d'une certaine hauteur, et ils y seront d'autant plus marqués qu'elles seront plus grandes et (ju'on voudra obtenir un efl'et \)\\\s monumental. Mais il ne serait pas avantageux jjour une salle de trop faible hauteur, eu égard à sa largeur et, dans ce cas, une simple corniche couronnant les murs et les raccordant à un plafond uni, orné de peintures, contribuera bien mieux à en faire valoir les formes el les dimensions. C'est le parti adopté avec juste raison pour la ])iupait des salles de nos appartements, et les caissons ne se montrent que dans celles où l'on a pu se permeltre quelque développement en hauteur, encore y sonl-ils traités avec beaucoup de finesse.
PARTIES COrVERTES 365
La combinaison des portions de voûtes dites voussures avec les plafonds, lorsque l'élévation de ceux-ci est suffisante, est aussi un excellent parti à adopter et peut produire un effet très décoratif.
Les Grecs et les Romains ont constiniit, sous le nom de basiliques, de très vastes salles destinées surtout aux affaires publiques et qui, selon toute probabilité étaient couvertes en plafonds décorés de caissons. Ces salles se composaient, en général, d'une nef principale et de bas-côtés divisés en deux étages que supportaient des ordonnances de colonnes. Mais nous n'y insisterons pas davantage et nous n'en ciurions point parlé, si ces édifices modifiés n'étaient devenus, au premier siècle de l'Église chrétienne, le type des temples consacrés au nouveau culte. Témoin, la basilique de Constantin, dont nous avons donné la moitié du plan et de la coupe, dans la figure 32i. Comme on le voit, la donnée générale est celle des basiliques primitives, mais des changements importants y ont été appoHés dans les détails. La voûte a remplacé le plafond, et l'étage des bas-côtés a disparu. Toutefois, dans beaucoup d'autres basiliques, cette dernière disposition avait subsisté et s'est de là, probablement, conservée dans beaucoup de nos cathédrales gothiques.
Salles voûtées* — On peut étendre aux salles voûtées la plupart des considérations qui précédent; il faut ajouter, cependant, que celles-ci réclament, en général, plus de hauteur, toutes choses égales d'ailleurs, surtout si elles sont très larges, car, dans ce cas, les piédroits sont considérablement diminués. Comme pour les salles plafonnées, on a cherché ici des formules. L'architecte Palladio, dit Léonce Reynaud, dans son Traité cT Architecture, a recommandé pour les salles carrées voûtées la proportion donnée par la formule :
et pour celles établies sur plan barlong, la proportion déduite de l'une de ces relations :
h = i^' ou h ^\/ÏI oiih^2 i-^
L élant la longueur de la salle ; /, sa largeur ; A, sa hauteur. Nous faisons pour ces formules les mêmes réserves que pour celle qui concerne les salles plafonnées.
Le genre de voûte adopté pour une salle n'est pas indifférent. La voûte en berceau ne convient qu'à celles où, la longueur étant de beaucoup supérieure à la largeur, cette particularité assigne des rôles différents aux murs longitudinaux et aux murs transverses des abouts. Elle produit alors un efTet très monumental, et elle est même susceptible de recevoir la plus nche décoration ; il suffira, pour le prouver, de citer la grande nef de Saint-Pierre de Home et la célèbre galerie d'Apollon, au palais du Louvre.
Mais, si la salle est établie sur un plan barlong, où la différence entre la longueur et la largeur est peu sensible, on ne comprendrait pas que des murs d'importance presque égale eussent des destinations différentes, que les uns fussent employés à recevoir la retombée de la voûte, et les autres exonérés de toute charge. Il convient mieux alors de les charger également en couvrant la salle par une voûte en arc de cloitre ou de reporter les pressions sur les angles au moyen d'une voûte d'an^te ou d'une voûte sur pendentifs.
La voûte en berceau est facile à étiiblir, si la salle ne se compose que d'une seule travée en largeur. Mais parfois, et c'est le cas de nos cathédrales par exemple, elle est divisée en trois nefs dans ce sens. Si l'on adopte alors le parti de faire reposer les voûtes sur des plates-bandes soutenues par des colonnes, ces dernières paraissent et sont en réalité des points d'appui trop grêles, qui résistent mal aux poussées. Des piliers carrés, réunis par des arcades, conviennent beaucoup mieux, sont, en effet, plus massifs et s'harmonisent davantage avec le système de voûtes adopté pour les grandes travées transversales. L'inconvénient commun au deux solutions est l'éclairage défectueux de la salle, si Ton n'y perce que des jours latéraux dans le mur extérieur. Dans certains cas, cet éclairage suffit. Mais souvent on est obligé de pratiquer dans la voûte du berceau central des ouvertures dont les pénétrations trop arc<'ntuées ne sont pas d'un heureux effet. Il est préférable alors de recourir à des voûtes daréle, comme dans les cathédrales gothiques,ou à des voûtes sur pendentifs.
Ces deux derniers modes sont, du reste, les plus rationnels pour les salles qui doivent être éclairées par des jours pratiqués à la partie supérieure, même lorsqu'elles ne comportent qu'une seule travée.
Les Romains ont employé la voûte d'arête dans ces différents cas ; la basilique de Constantin {fig. 321) en ofTre un des plus beaux exemples.
De nos jours, les voûtes les plus employées pour la couverture des salles de nos grands édifices sont les voûtes en berceau, les voûtes en arc de cloître et les voûtes sur pendentifs.
§ 2. — Parties découvertes
cours et terrasses
Les cours et les terrasses sont des espaces libres relativement restreints qui avoisinent directement les constructions proprement dites, et sont quelquefois enfermées par elles. Ils leur offrent dos dégagements faciles à l'extérieur et doivent leur ménager le jour et la vue de la façon la plus convenable.
Cours. — Les cours s'étendent au pied même des constructions et épousent le niveau général du sol avoisinant, ou s'y raccordent par des pentes ou quelques degrés. Elles sont entourées de bâtiments sur tout leur périmètre, comme la belle cour du Louvre, ou seulement sur trois côtés, comme la cour du Carrousel, ou bien encore ouvertes sur une ou plusieurs faces ou fermées simplement par des grilles ou des murs de clôture, comme la cour des Ministres du palais de Versailles.
Elles peuvent, par conséquent, affecter les formes les plus diverses ; elles sont carrées, rectangulaires, circulaires, etc. ; mais la plus simple et la plus généralement employée est la cour rectangulaire.
Les dimensions et les dispositions ([u'il convient le mieux de donner aux cours intérieures dépendent en grande partie du climat sous lequel l'édifice est construit. En Italie, <'llos sont resireintes, entourées de portiques sur lesquels s'éclairent
en second jour des pièces d'habitation et qui offrent un abri contre les rayons brûlants du soleil ; elles sont ornées de fontaines et de plantes d«*coratives qui leur donnent Taspect d'une salle intérieure disposée pour jouir le plus commo<iément de la fraîcheur. Dans les contrées septentrionales, où l'on veut, au contraire, doter le plus largement possible de lumière et de chaleuj- les salles des édifices, pareille disposition ne convient pas. Si on a essayé à certaines époques de la . préconiser, on en a bien vile reconnu les inconvénients. A cet égard, nos cours sont dépourvues d'un élément de décoration (|ui produit beaucoup d'effet sous le ciel de Tltalie.
Cep(;ndant nous aurions mauvaise grâce à le regretter. L'architecture ne doit pas avoir pour but de s'attacher avec passion à certaines formes et certaines dispositions préférées, pour les employer dans toutes les circonstances, mais bien [jlutôt de rechercher, dans chacun des cas qui lui sont proposés, quelles sont les formes et les dispositions les plus convenables et les plus belles. Or, en nous plaçant à ce point de vue, nous n'avons rien à envier aux Italiens. Nulle part chez eux on ne trouverait ces successions de cours et de bdtimenls admirablement disposés pour répondre aux exigences matérielles et climatologiques et produire en même t^mps le plus majestueux effet, dont le palais de Versailles [fig. 320) offn* un exemple si remanjuable. La lumière et la chaleur y sont largement distribuées à tous les bâtiments selon leurs besoins relatifs, et l'heureuse idée de diminuer la largeur des cours à mesure (ju'on s'avance el qu'elles sont destinées à des appartements plus intimes, tout en satisfaisant à ces besoins divers, donne à l'ensemble un cachet de grandeur incomparable.
Nous renoncerons donc, sauf dans certains cas spéciaux, à entourer les cours de nos édifices de portiques ouverts, et si des galeries y sont établies qui remplissent à peu près la même fonction, il conviendra de les éclairer par de larges fenêtres fermées de clu^ssis vitrés, de façon à y laisser pénétrer librement les rayons du soleil et à les protéger, lorsque c'est nécessaire, contre les intempéries.
Terrasses. — Les terrasses sont des espaces ouverts aux abords des bâtiments et surélevés au-dessus du sol environ-
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nant, de façon à permellre aux regards d'embrasser un champ plus étendu. Elles ajoutent beaucoup d'agrément aux salles qui les bordent et jouent un rôle important dans la composition de certains édifices. Leurs dimensions ot leurs dispositions sont varijibles comme les circonstances mêmes. Il en est de peu développées et supportées par des points d'appui isolés, comme celles qui s'étendent au-dessus des portiques de la cour du Carrousel ; il en est de vastes, établies sur terrepleins que soutiennent des murs en t<ilus, comme celles du jardin des Tuileries, à Paris, et du palais de Versailles du côté du parc. Les unes sont dallées ou pavées; d'autres, sablées et ornées de parterres et de pièces d'eau. Une légère pente vers l'extérieur est toujours nécessaire tant pour l'écoulement des eaux que pour dégager le pied des bâtiments qui les bordent. Elles sont, on général, protégées par des balustrades en pierre construites comme il a été dit dans la première partie de cet ouvrage.
Il est impossible de donner aucune règle pour leur établissement et leurs dispositions, qui sont laissés entièrement au goût et au sentiment de l'architecte. Elles sont, d'ailleurs, intimement liées à l'étude des parcs et des jardins, sur lesquels nous allons dire quelques mots.