PARCS ET JARDINS
Jardins antiques. — La composition des parcs et des jardins est une des innovations de l'art moderne. Les anciens. Grecs et Romains, ne paraissent pas avoir senti les éléments qu'ils renferment au point de vue de la décoration des édifices. Leurs jurdins, d'après les descriptions (jui nous en sont parvenues, s'ingéniaient âne ressembler en rien à la nature, à laquelle cependant ils enipruntiiient leurs principaux éléments : l'eau et la verdure. Les allées droites et symétriques, la profusion des statues et des vases décoratifs, faisaient leurs délices.
Jardins de la Renaissance et du XYIV siècle. — Cet esprit a régné, avec diverses variations de détail, pendant la Renaissance et même au xvii'^ siècle. Toutefois, à cette époque, Le
Nôtre, cliarg/* par Louis XIV do tracer le parc de Versailles, fut un vrai novateur, bien qu'il gardât Tancien cadre. Il comprit quelle importance il fallait donner aux massifs où la végétation se développe librement, et il eut soin d'envelopper cette vaste composition de bois touffus, laissant seulement libre la percée immense du côté de la plaine, où l'œil se perd à Finlini sur des perspectives habilement ménagées. Il réussit ainsi à donner à ce parc le cachet de grandeur majestueuse dont s'était empreint, dans son ensemble du moins, le palais (pril était destiné à accompagner. Celui-ci est largement dégagé par la vaste terrasse ornée de jiarterres qui se déploie au devant de sa façade, el sur les trois côtés la vue s'étend et se repose sur des bois, des bassins et des prairies.
Dans le détail de ces immenses jardins, on retrouve pourtant encore les allées droites et les sculptures symétriquement disposées, mais avec plus de variété, il faut le dire, que dans les jardins antiques.
Parcs et jardins modernes. — Les architectes modernes sont allés plus loin et se sont efforcés de rechercher dans la composition des jardins l'infinie variété qui, dans la nature, se fond en une heureuse harmonie. Les parcs modernes ne sont point des copies de la nature, mais des combinaisons où l'on croit riîtrouver Iciméme esprit, et où l'on s'est ingénié de produire des effets analogues. Plus d allées droites, mais des routes gracieusement et doucement courbées, et des «entière serpentant parmi les massifs, comme si les pas des piétons les avaient tracés au hasard. Plus de statues et de vases semés avec profusion, mais des lacs aux contouis élégamment dessinés, des ruisseaux, des cascades, des rochers où coulent des eaux limpides, comme si la nature seule avait, à travers de longues séries d'années, creusé, assemblé, et égayé toutes ces choses de ses sources et de sa verdure.
Mais si les anciens péchaient par excès de régularité, on j)ourrait être tenté aujourd'hui de tomber dans l'extrême opposé et de substituer la bizarrerie à la variété. Les deux écueils sont également à éviter. Ni la bizarrerie ni la régularité ne sont dans la nature, et c'est pourquoi elle ne nous choque ni ne nous fatigue jamais. Plus nous la contemplons,
plus nous l'admirons au contraire. C'est que, si ses procédés sont infiniment divers, il règne toujours dans ses œuvres l'ordre et l'harmonie.
Voilà de quel esprit devra s'inspirer l'architecte dans la composition des parcs et jardins. Ses courbes, ses pentes seront motivées et non tracées au hasard pour paraître naturelles ; ses oppositions de nuance seront assez vives pour faire valoir les différentes sortes de verdure se détachant les unes sur les autres, les claires sur les foncées, et cependant assez douces pour que l'œil n'en soit pas choqué et que l'harmonie subsiste. S'il y introduit des lacs, des ruisseaux, des cascades artificielles, le cadre sera disposé comme dans la nature. Le génie de l'artiste y sera d'autant plus réel qu'on y sentira moins son influence.
On peut citer le parc du bois de Boulogne, à Paris, comme l'un des plus beaux exemples de ce genre, qui a reçu le nom de jardin anglais. Nos voisins d'Oulre-Manche nous ont, en effet, devancés dans la voie entrevue par Le Nôtre. Les jardins du premier genre, bien qu'ils nous soient venus d'Italie, ont reçu le nom de jardiiis français^ à cause sans doute de la magnificence qu'ils ont déployée à Versailles sous le crayon de notre célèbre dessinateur.
Nous n'avons point fait la critique de ce dernier type pour le proscrire entièrement. La simplicité de composition qui le caractérise, l'ampleur et la majesté dont il est susceptible, lui donnent une valeur artistique incontestable, et il conviendra toujours aux éditicps dont l'architecture doit revêtir ces caractères. Les jardins anglais seront préférables pour les habitations, villas, châteaux, etc. Souvent même et avec raison les deux types se combineront dans la même composition : les allées droites, les longues perspectives des jardins antiques serviront à accuser les axes et les points de vue et établiront une transition heureuse entre la rigidité des lignes de l'architecture et les contours capricieux des formes de la nature ; tandis que les sentiers sinueux, les ruisseaux serpentant, donneront aux massifs de grande végétation, le charme et la grûce dos choses naturelles.
Quel que soit, d'ailleurs, le genre de composition qu'on aura adopté, on devra rechercher une opposition entre le
mouvement général du parc et celui de la campagne environnante, entre sa végétation et celle qui s'étend au-delà, en même temps qu'une transition de l'un à l'autre de ces divers élémenLs, dont l'ensemble doit concourir à la beauté de l'œuvre. C'est, pour en donner un exemple, ce qui a été parfaitement compris et réalisé pour le parc de Vei^ailles.