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PRÉFACE

a produit de grandes choses, elle a formé un corps de nation tellement compacte qu’on le peut considérer comme à l’abri des causes de décomposition qui ont fait périr les anciennes civilisations, mais elle a fait refluer vers le centre toute initiative, tout effort intellectuel et les arts peuvent être considérés comme la pierre de touche de cet état social. Est-ce à dire qu’il n’y ait pas de remèdes, et qu’avec les avantages incontestables que peut apporter au pays le système centralisateur, on ne puisse rendre la vie aux extrémités atrophiées d’aujourd’hui? qu’on ne puisse retrouver, avec tant d’autres biens perdus, ces qualités d’art que la France posséda longtemps? Nous ne le pensons pas, et c’est à ce résultat que doivent tendre et que tendent en effet les esprits sérieux. La force, la puissance dont est pourvu le cœur ne doit pas être acquise aux dépens de l’atonie des extrémités ; cela a pu se produire sous l’empire des Césars, cela peut être évité dans un siècle comme le nôtre, où l’unité n’exclut pas la liberté. Rendons à l’enseignement des arts la liberté qu’il a perdue sous prétexte de protection et nous verrons bientôt les écoles provinciales se développer.

Les quelques tentatives faites (nous ne dirons pas avec quelles peines et quels efforts) pour élever dans les départements, dans quelques petites localités, des édifices conçus d’après une donnée raisonnable, conforme aux besoins du pays, à la nature des matériaux et au mode admis parles ouvriers locaux, prouvent qu’avec un peu plus de liberté, avec un enseignement décentralisé, on arriverait rapidement à des résultats importants. M. Narjoux, en réunissant en corps d’ouvrage ces trop rares édifices, a fait une œuvre qui doit éclairer les esprits impartiaux. Il faut dire que son choix a dû être difficile, qu’il a dû voir bien des mairies, des presbytères, des écoles communales, des lavoirs et des marchés, avant d’en trouver qui fussent dignes d’être confiés à la gravure. Il faut ajouter qu’il ne saurait donner les exemples choisis comme des types irréprochables, comme des édifices réunissant toutes les qualités essentielles ; mais cette œuvre, par cela même qu’elle était souvent ingrate, fait honneur à l’esprit de l’auteur; elle constate un effort déjà sensible, elle pose un jalon, donne un encouragement aux architectes de province, qui en ont un si grand besoin, isolés qu’ils sont, forcés de tout faire par eux-mêmes, de lutter contre la routine, contre la manie de copier les méthodes admises à Paris et dans deux ou trois grands centres; contre les conseils des bâtiments départementaux d’autant plus exclusifs qu’ils sont moins éclairés ; contre les connaisseurs des localités possédés de la passion de faire exécuter pour leur commune le monument qu’ils ont vu dans leur chef-lieu, lequel édifice est élevé à l’instar de ce qui se fait à Paris ou à Lyon. Mettre en lumière ces quelques tentatives d’autant plus méritoires qu’elles sont plus rares, est une bonne et saine pensée dont les conséquences doivent hâter la fin de cet état d’affaissement dans lequel se tenait l’architecture en province. Nous sommes convaincu que les architectes des départements le comprendront ainsi, et qu’ils feront en sorte de donner dans quelques années à M. Narjoux l’occasion de faire à l’ouvrage qu’il présente aujourd’hui au public un brillant appendice ; qu’ils comprendront, en voyant les petits édifices présentés ici, que rien n’est indigne de l’artiste. En effet, n’est-il pas plus aisé de couvrir une façade, sans corrélations avec les dispositions intérieures, d’ornements empruntés de tous côtés, que de lui donner la forme, les dimensions, les proportions en raison de l’objet, que de la bâtir à l’aide des matériaux que fournit le pays,

en employant le mode le pins économique, celui qui exigera le moins d’entretien? N’est-il pas plus facile de dissimuler des besoins sous de vaines décorations que de les accuser franchement, et de donner par cette expression vraie et claire un charme à la plus modeste structure. 11 y a plus d’art souvent, dans une petite fontaine de village, dans un lavoir montrant à tous la réalisation sincère et judicieuse d’un programme, que dans certains édifices somptueux, dont le mérite le plus réel est de faire dire à chacun : « Cela a du coûter bien cher ! » En France, si le mal est contagieux, le bien l’est aussi, heureusement ; le jour où les communes verront les étrangers s’arrêter devant leurs petits édifices, les examiner curieusement, parfois même les dessiner, elles comprendront que les imitations ridicules des grands monuments de la cité riche, excitant la risée, ne font pas leur affaire et que, chez nous, la simplicité vraie est une de ces qualités dont le charme ne s’altère jamais, parce qu’elle est la véritable marque du goût.

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