TITRE VII
HALLES ET MARCHÉS
L’importance des marchés remonte à la plus haute antiquité. Les villes grecques et romaines ont conservé le souvenir et la trace de ces réunions, qui se tenaient à jour fixe sur des places publiques désignées à cet effet, et dont la décoration empruntait parfois un très-grand luxe. Cette importance, donnée alors aux marchés et lieux de réunion, se retrouve dans les bazars de l’Orient et s’explique par le rôle qu’ils devaient remplir puisqu’ils formaient l’intermédiaire presque unique et obligé de tout le mouvement commercial à cette époque.
Nos usages ont aujourd’hui modifié ces conditions ; les halles que nous élevons pour établir nos marchés ont un but spécial, bien caractérisé, répondent à un besoin déterminé, et nous ne demandons pas à un marché d’être autre chose qu’un abri sûr, commode, d’une fréquentation et d’un usage facile pour les transactions des vendeurs avec leurs chalands.
Dans les villes d’une certaine importance, les halles diffèrent des marchés et forment en général un abri couvert, où se vendent les productions d’une nature déterminée; dans les marchés, au contraire, les marchands, distribués d’une manière uniforme dans une installation spéciale et permanente, débitent ordinairement des objets de consommation de toute espèce.
Les communes rurales n’ont pour répondre à ce double but qu’un seul édifice, servant tout à la fois de halle et de marché, condition suffisante, maintenant surtout que le commerce des grains, le plus important de ceux de la campagne, se fait sur le simple vu d’échantillons, et non sur celui des marchandises en vente. Quant aux fourrages, aux denrées alimentaires et autres produits des champs, ils sont vendus par les propriétaires ou les marchands réunis sous le même toit, mais séparés par groupe et installés chacun à son gré suivant ses besoins et l’importance de ses affaires.
La balle doit être simplement un abri couvert d’une surface suffisante, dans lequel les voitures circulent chargées et attelées afin d’éviter les frais de chargement et de déchargement, et où les marchands entrent en relation avec le public. Ajoutons que pour un marché la propreté est une condition rigoureuse; il est donc indispensable de disposer près des abords une fontaine fournissant une eau suffisante à de fréquents lavages et d’établir le sol de façon à ce qu’il soit promptement lavé et séché.
On voit que, pour répondre aux exigences de ce programme, il faut concevoir l’édifice destiné à être halle ou marché, suivant les données les plus simples et les plus économiques, utiliser les matériaux du pays, chacun suivant le rôle qui lui convient, et nous avons à cet effet publié des halles élevées dans des pays différents, avec du bois, du fer, de la pierre seule ou combinée, suivant ce que la nature et l’industrie locale mettaient aux mains du constructeur.
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HALLE A HOUBLON A HAGUENAU (bas-rhin)
(Planches C, CI, Cil, et CIII)
Les balles à houblons diffèrent des balles aux grains en ce qu’elles ne sont pas seulemement, comme ces dernières, destinées à faciliter les transactions d’affaires entre le commerce et l’agriculture, et à offrir un abri aux productions qui doivent être vendues à certains jours; mais elles servent également de magasins où viennent, à l’époque des récoltes, s’accumuler les produits qui ne sont ensuite qu’au fur et à mesure des besoins livrés à la consommation. Pour satisfaire à cette double condition, il est donc nécessaire que les balles à houblons offrent une grande surface, au premier abord, pouvant paraître exagérée ; de plus il faut ajouter que le houblon estime matière bien plus encombrante et exigeant plus de place que les grains.
Haguenau est un important chef-lieu de canton du département du Bas-Rhin; sa population est industrielle et agricole, et le houblon est le plus important produit de l’agriculture locale. On conçoit dès lors l’importance qui devait être donnée à l’édifice destiné à favoriser le développement des intérêts matériels de la majeure partie de la population.
Ces détails préliminaires étaient utiles d’abord pour bien prouver ce qu’est la halle à houblons, ensuite pour montrer qu’en publiant un édifice de cette importance, nous restons dans le cadre que nous nous sommes tracé, puisque cette importance n’est pas due au milieu dans lequel s’élève l’édifice, mais bien à des conditions qui lui sont propres.
La balle à houblons de Haguenau occupe le centre d’une vaste place sur laquelle se tiennent les marchés hebdomadaires de la ville ; elle est isolée de toutes parts et de larges voies d’accès assurent une circulation facile et prompte.
En outre de la balle proprement dite, l’édifice contient deux pavillons placés à l’entrée principale; l’un, celui de gauche, est destiné au service du syndicat qui a construit la balle et qui, société privée, la régit sous le contrôle de l’administration centrale; l’autre, celui de droite, renferme les services télégraphiques et le logement du chef de station.
La construction est en pierre et en fer; la pierre provient des carrièrees du pays; c’est un grès rouge dont le ton n’est pas désagréable, mais qui, avec le temps, perd ses arêtes et les formes accusées que la taille donne à ses parements. Les piles et les pieds-droits, les voussures, corniches et couronnements des pignons sont seuls en pierre de taille ; tous les remplissages des murs sont en moellons recouverts d’un enduit moucheté appelé enduit tyrolien.
Les fermes de la halle sont en fer forgé et reposent sur des colonnes creuses en fonte servant de descente des eaux. Les combles sont distincts pour les trois nefs de la halle, divisés en neuf travées ; un chéneau intermédiaire les sépare et entraîne les eaux au droit de chaque colonne, par l’intérieur desquelles elles s’écoulent ; le sol est pavé en dalles reposant sur une épaisse couche de béton, pour que les plus lourdes charges puissent aisément y circuler.
L’intérieur de la halle est très— clair, très-aéré au moyen de nombreuses et grandes fenêtres dont la menuiserie est remplacée par des traverses et barrettes en fer; les façades extérieures diffèrent entre elles.
HALLES ET MARCHES
Cette différence s’explique et se justifie pour la façade principale, flanquée de deux pavillons, mais elle se comprend moins pour les façades latérales et la façade postérieur, la plus heureuse, sans contredit.
Aussi en résulte-t-il un manque d’homogénéité d’autant plus regrettable que l’œuvre, dans son ensemble, est sérieuse et étudiée.
Nous devons signaler ici un système de construction vicieux et très en honneur cependant dans toutes les contrées où s’exploitent les grès vosgiens. Ces grès se trouvent dans les carrières, par assises ayant souvent plusieurs mètres de long. Le carrier coupe les morceaux de la dimension qui lui est nécessaire et fait des piedsdroits, des piles monolithes.
Dans ces conditions déjà, ce système, s’il est expéditif, n’est pas heureux, puisque les pierres ainsi placées n’offrent aucun lien avec les maçonneries intermédiaires.
Mais il est un autre cas où ce même système devient tout à fait mauvais, c’est quand il s’agit d’établir des arcs, car alors, appliquant aux parties circulaires le même procédé qu’aux parties droites, le conducteur se contente de donner à son morceau de pierre une forme concave à l’intérieur, convexe à l’extérieur, et, simulant les voussoirs avec de faux joints, place ainsi un claveau qui souvent a deux mètres de portée.
L’arc obtenu par ce procédé est complètement dépourvu d’élasticité, ou plutôt n’est plus un arc, et, s’il en a la forme, il n’en remplit pas les fonctions.
Aussi le plus petit tassement amène-t-il des ruptures dont les conséquences peuvent être fort graves et sont faciles à prévoir.
Ajoutons toutefois, pour en revenir à la halle de Hagueneau, que l’architecte a reconnu les graves inconvénients qui pouvaient résulter de cette manière de faire.
Il y a remédié, au moins en partie, en établissant au-dessus des linteaux simulant des arcs en pierre, devrais arcs de décharge en briques qui soulagent réellement le linteau, mais le réduisent à un rôle purement décoratif.
La dépense totale s’est élevée à la somme de 1 62 ,275f,00 ; ce qui fait revenir à environ 90f,00 le mètre carré de surface couverte.
ÉVALUATION DES TRAVAUX
Terrasse, maçonnerie de toute espèce, taille, sculptures et plâtrerie 54000,00
Charpente 7000,00
Couverture en ardoises 11000,00
Menuiserie 3000,00
Vitrerie 2500,00
Peinture et papiers 5000,00
Plomberie, zinguerie 2500,00
Fers et fonte 55000,00
Pavage, dallage et bitume 10500,00
Mobilier, horloge, éclairage au gaz 4500,00
Total 155000,00
Honoraires de l’architecte, 5 p. 100. . . 7275,00
Total général
HALLE AUX GRAINS A LAUNAC ( haute-garonne)
(Planches CIV, CV et CVI)
Les exigences et les détails des programmes auxquels doit se soumettre l’architecte varient à l’infini suivant les conditions de temps, de lieu et de personnes; c’est à lui de choisir dans le bagage des ressources mises à sa disposition par ses études et son savoir (ressources aussi nombreuses que le sont les difficultés à résoudre) celle qui est la bonne, qu’il peut employer dans telle ou telle circonstance et qui doit répondre à tout le bien qu’on attend d’elle à propos de la solution cherchée.
La difficulté est donc dans l’heureux choix des moyens, dans le travail qui doit faire préférer tel moyen à tel autre. Il est évident, d’abord, qu’une même combinaison ne peut être indifféremment employée en toutes circonstances; très-bonne ici, elle devient déplorable là-bas; impossible en cet endroit, elle est au contraire facile et excellente dans cet autre.
C’est ainsi, par exemple, que les charpentes à la Philibert Delorme, très-ingénieuses et très-utiles en ellesmêmes dans maintes circonstances, ont été employées d’une façon déplorable en ces derniers temps pour aider à l’établissement des voûtes d’église, rôle qu’elles ne peuvent remplir d’une façon durable et avantageuse sans certaines conditions difficilement acceptées, et dont la première est de laisser les bois apparents et exposés à l’air.
Les populations ont une tendance très— prononcée à n’élever pour leur culte que des églises voûtées, mais leurs moyens d’action sont limités et la dépense d’une église voûtée est considérable; or les charpentes en bois donnaient aux constructions l’apparence d’une voûte, elles ne poussaient pas les maçonneries, et par suite n’obligeaient ni à excédents d’épaisseur ni à contreforts ; puis, supprimant les tirants, elles permettaient de profiter à l’intérieur de toute la hauteur du comble.
Malheureusement les voûtes ainsi établies ne donnent qu’une demi-satisfaction; on veut qu’elles aient l’apparence de la pierre ; on renferme alors le bois dans des enduits en plâtre, où il ne tarde pas à s’échauffer et à pourrir. Puis les eaux des combles tombent sur l’extrados du lattis des voûtes et les dégradent promptement ; de là des réparations constantes, coûteuses, et une dépense qui atteint bien vite celle d’une voûte en maçonnerie, sans atteindre le même résultat.
Au contraire, les charpentes à la Philibert Delorme deviennent un excellent système de construction quand elles sont employées pour couvrir un vaste espace libre dans lequel la destination donnée à l'édifice permet une simplicité de forme qui s’allie avec une construction dont toute la décoration est de rester apparente.
Ces conditions se trouvent remplies toutes les fois qu’il s’agit de combles, de hangars, halles, magasins, marchés, etc., etc., et c’est surtout alors que ce système rend de réels services.
La halle de Launac vient à l’appui de ce que nous avançons.
L’architecte avait à couvrir une vaste surface, il ne voulait pas recourir à des points d’appui intermédiaires qui eussent gêné la circulation, de grands arcs en maçonnerie supportant la charpente eussent coûté trop cher, un plancher faisait perdre la hauteur des combles ; il a donc eu recours aux arcs à la Philibert Delorme qui se sont trouvés là fort bien à leur place et employés dans les conditions les plus favorables.
HALLES ET MARCHÉS
Disons d’abord qu’on désigne improprement sous le nom de charpente à la Philibert Delorme un mode de construction avec l’emploi de fermes courbes, qui en réalité n’a jamais été inventé par le célébré architecte, mais qu’il a heureusement employé et fait connaître et qui comprend trois systèmes différents :
Le premier système, celui que Philibert Delorme appliqua au château de la Muette, et dont la halle au blé de Paris possédait un fort beau spécimen avant l’incendie de 1802 ', emploie des cintres formés de planches posées de champ.
Dans le second système, perfectionnement du premier, dû au colonel Émy, les planches des cintres sont au contraire à plat.
Enfin, dans le troisième système, qui, à proprement parler, n’est qu’une combinaison d’assemblages de charpentes, on se sert de pièces de bois courbes.
C’est le second de ces systèmes, celui qui offre le plus d’avantages, eu égard aux moyens dont nous pouvons disposer aujourd’hui, qui a été employé par l’architecte pour la halle aux grains de Launac.
Les planches formant les arcs sont posées à plat : un cintre se trouve ainsi composé de plusieurs planches superposées conservant chacune leur flexibilité, isolées pour ainsi dire, mais cependant rendues solidaires au moyen des étriers et des boulons qui les relient.
Les planches ont une assez grande longueur, 5 à 6 mètres, et les joints de deux planches superposées se découpent toujours d’au moins 1 mètre, en outre ils sont tous autant que possible recouverts par qne moise.
Cette double précaution est très-importante ; elle permet d’obtenir un arc d’une seule pièce, et non pas une série de voussoirs qui agiraient alors comme un arc en maçonnerie et pousseraient les murs.
Chaque cintre est composé de six madriers de sapin, ayant 0m,06 d’épaisseur et 0m,15 de largeur; ces cintres sont en outre renforcés dans leur parcours par des traverses qui s’opposent au redressement de l’arc et détruisent l’effort qu’exercerait sa poussée sur les murs.
Les faces latérales des arcs sont reliées aux faces courbes au moyen de moises normales à la courbe ; les arcs eux-mêmes sont maintenus par des moises placées à la partie inférieure, et le faîtage et les premières pannes suffisent au contreventement.
Les moises normales sont encastrées dans les faces latérales des arcs qui les reçoivent, de façon à serrer les arcs et à éviter le glissement des planches l’une sur l’autre. Les boulons qui serrent et maintiennent les madriers sont espacés de 0m,80 environ et ont 0m,0l8 de diamètre ; en outre, dans l’intervalle de deux moises se trouve un étrier. Les madriers sont donc maintenus et resserrés entre eux au moyen de moises, de boulons et d’étriers.
Sur ces arcs s’appuient les différentes pièces de la charpente des combles, recouverts en tuiles creuses.
Tout le reste de la construction découle ensuite franchement du système adopté. La façade principale, ouverte par un grand arc, fait comprendre la forme intérieure. Entre chaque cintre se trouve percée une arcade.
Au droit du pied des fermes, un petit contre-fort vient consolider les murs, formés de points d’appui peu importants par rapport aux vides.
Les proportions de l’ensemble et des détails sont heureuses. L’excellent résultat obtenu par des moyens aussi simples montre une fois de plus que l’emploi judicieux et logique des ressources que chacun a toujours sous la main, amène sûrement au but qu’on se propose, quand on sait les discerner et les choisir.
1. Le dôme de la Halle au blé de Paris avait 3a,\0rl de diamètre. C’était l’œuvre des architectes Moliaos et Legrand. Après l’incendie de 1802, il fut remplacé par la charpente que nous voyons aujourd’hui.
La dépense totale s’élève à la somme de 13,54 U, 00, ce qui fait revenir à 34f,00 environ le prix du mètre carré de surface couverte.
ÉVALUATION DES Tlî AVAUX
QUANTITÉS
PRIX
DÉPENSES
Déblais et maçonnerie en fondation (avec mortier hydraulique) .
mètres cubes.
Maçonnerie de cailloux et briques poreuses (avec mortier hydaulique)
Maçonnerie de briques
Maçonnerie de pierre de taille
Charpente en peuplier et sapin
Cintres en sapin
mètres courant.
Couverture
Ferrements
kilog.
Zinguerie
Travaux divers
Total
Honoraires de l’architecte, à 5 p. 100.
Total général ....
HALLE AUX GRAINS A GIVRY (saone-et-loire)
(Planches G VII et CVIII)
La halle aux grains de Givry est plus importante que celles déjà publiées dans ce recueil, en ce sens qu’elle contient, outre la halle proprement dite, c’est-à-dire un vaste espace couvert destiné aux marchés, un magasin placé au-dessus de cette halle. Cette combinaison présentait il y a quelques années encore de grands avantages et facilitait les relations du commerce, qui pouvait ainsi laisser en dépôt les grains non vendus destinés au prochain marché, ou ceux que leurs acquéreurs ne pouvaient enlever de suite; mais aujourd’hui que, comme nous l’avons déjà dit, les transactions sur les grains se font à peu près exclusivement sur le vu d’échantillons très-peu volumineux, un magasin d’entrepôt est presque inutile. Ce n’est donc pas au point de vue de la solution d’un programme d’actualité que nous publions la halle de Givry, mais au point de vue de son aspect général et des dispositions particulières de sa construction.
La halle est élevée au milieu d’une place de dimensions restreintes, sur laquelle la circulation est active et que par suite il ne fallait pas entraver ; l’architecte a dù choisir pour son plan la disposition qui pouvait le mieux répondre à ces exigences. La forme circulaire n’a donc pas été adoptée par pure fantaisie, mais comme conséquence d’une exigence à satisfaire. Il devait forcément résulter de ce parti une notable augmentation de dépenses, causée par les coupes circulaires des pierres, par l’appareil dans lequel certains évidements ne pouvaient être évités. L’examen des planches fera comprendre que cet inconvénient a, autant que possible, été atténué par l’étude de dispositions simples et l’emploi judicieux des matériaux.
Les deux points de la construction sur lesquels nous appellerons l’attention de nos lecteurs sont le plancher du magasin et l’escalier qui y donne accès. Ce plancher, devant supporter un poids parfois considérable.
HALLES ET MARCHÉS
a dû être établi dans des conditions exceptionnelles de solidité. Il est formé de quatre poutres en chêne soulagées à leurs extrémités par des corbeaux en pierre; ces poutres se coupent à angles droits et ont 0m,40 sur 0m,35 d’équarrissage ; elles sont à leur intersection soutenues sur une colonne en pierre placée au centre de la balle, et qui monte jusqu’au comble dont elle supporte la charpente. Les remplissages entre ces poutres sont faits au moyen de solives de 0m,20 sur 0m,30 d’équarrissage, recouvertes de planches en sapin de 0m,027 d’épaisseur. La construction de l’escalier est originale et offre une combinaison ingénieuse ; il se développe complètement isolé autour de la colonne d’appui des planchers. Cette colonne est elle-même formée d’assises ayant la hauteur des marches et prises dans la même masse de pierre. Ces masses ne se soutiennent donc que par les encorbellements successifs d’une marche sur l’autre et par la qualité de la pierre employée. Depuis plus de vingt-cinq ans que les travaux sont exécutés, on ne remarque nulle part le moindre mouvement ni la moindre dégradation de quelque importance. Cette construction élevée dans un pays où abonde une pierre d’excellente qualité coûterait certainement plus aujourd’hui qu’elle n’a coûté autrefois, puisque, malgré les murs de façade tout en pierre, un luxe relatif dans le choix et la mise en oeuvre des matériaux, la dépense de la halle de Givry ne s’est élevée qu’à environ 1 10 francs le mètre carré de surface couverte.
DÉSIGNATION DES TRAVAUX
Nivellement des terres, travaux préparatoires
mètres cubes.
QUANTITES .
PRIX
DEPENSES
Terrasse
Maçonnerie de moellons en fondation
Maçonnerie pierre de taille dure pour socle
— — seuils, marches et bornes.
Maçonnerie pierre de taille tendre en élévation
Taille de parements sur pierre dure
Taille de parements sur pierres tendres
Rois de chêne pour soli\ es et poutres
mètres cubes.
Planchéiage en planches de sapin
mètres carrés.
Rois de sapin pour combles
mètres cubes.
Gros fers, plomb pour chéneaux, fonte pour descentes
Couverture en tuiles vernies
mètres carrés.
Peinture, vitrerie, menuiserie, treillis en 111 de fer
Travaux divers
Honoraires de l’architecte, à 5 p. 100. . 995,00
Total général 20895 00
HALLE ET MARCHÉ A VERNON (eure)
(Planches CIX, EX et CXI)
L’emploi du fer dans les constructions a reçu en ces derniers temps des applications aussi nombreuses que variées. Dans bien des cas, il remplace la pierre et le bois, et les propriétés qui lui sont propres lui permettent de merveilleusement remplir le rôle (pii lui est confié, lorsque ce rôle est bien dans sa nature et dans ses fonctions.
Plus durable que le bois, n’étant pas soumis aux mêmes causes de destruction, pouvant être mis en œuvre sous des dimensions moindres, donnant par suite des formes nouvelles plus légères et plus hardies, il l’emporte encore sur lui par la facilité qu’il offre d’obtenir des pièces de grandes dimensions que ne peuvent plus fournir nos forêts; plus résistant et en même temps plus élastique que la pierre, non sujet à la gelée, il se substitue à elle pour former des poitrails et remplacer des arcs.
Le fer est, dans les constructions, mis en œuvre sous trois états différents : comme fer laminé en feuille, alors on l’appelle tôle ; comme fer forgé ou fer proprement dit, entin comme fer fondu ou fonte. Sa composition chimique fait que, sous ces trois états, ses qualités, au point de vue de la résistance, de la rupture et de l’élasticité, ne sont plus les mêmes ; les fonctions qu’il peut remplir, les formes qui doivent lui être attribuées varient donc et doivent être modifiées dans ees différents cas.
La connaissance des propriétés propres au fer dans chacun de ces états est, ou le conçoit, la condition première et indispensable, car elle permet de ne plus employer chacune d’elles que dans les circonstances voulues et de tirer tout le parti possible de qualités qui deviennent de déplorables défauts lorsque la logique et le raisonnement sont laissés de côté.
Le fer forgé et laminé est souple, malléable, extensible et résiste au choc; la fonte, au contraire, n’est pas malléable, ne subit pas de modifications sensibles sous l’influence des agents extérieurs, résiste à l’écrasement mais non au choc, enfin se coule au lieu de se forger.
Le fer forgé s’emploie dans les planchers dont il compose les solives, dans les charpentes des combles, où sa grande élasticité se trouve aussi utilisée; la tôle sert à construire les poutres à grande portée, dites américaines, des limons et marches d’escalier, des murailles, etc, ; la fonte, elle s’utilise comme point d’appui, colonnes, voussoirs d’arc, pièces moulées. Ces trois rôles remplis par le fer ne sont pas cependant entièrement distincts et séparés, mais au contraire, presque toujours réunis, et sous ses trois états le fer vient, dans la même œuvre, concourir au but commun. Ainsi un plancher, par exemple, emploie la tôle pour former les maîtresses poutres, la fonte pour les sabots servant de semelles et le fer forgé pour les solives de remplissage, de même, dans un comble, les boites d’assemblage sont en fonte, tandis que les pièces à faible section, à longue portée, arbalétriers, tirants, poinçons, etc., sont en fer forgé.
Nous ne pouvons ici entrer dans les développements que demanderait l’énoncé des principes de l’application du fer, nous parlerons seulement d’une des nombreuses combinaisons de fermes mises en usage pour établir un comble, de la plus ancienne et la plus fréquemment utilisée, celle dite ferme Polonceau, du nom de l’ingénieur qui l’appliqua le premier. C’est celle employée à Vernon, et voici de quelles parties se compose une des grandes fermes transversales ; au sommet des colonnes en fonte existe un sabot de même matière qui reçoit le pied des arbalétriers; ces arbalétriers sont à leur base munis d’un étrier auquel s’ajuste le tirant ; à leur sommet ils se réunissent dans une nouvelle boite en fonte dont chaque face latérale supporte une console sur laquelle s’appuie le faîtage. Sous cette boite supérieure s’ajuste une plaque en tôle servant à l’assemblage du poinçon d’abord, puis des deux tringles de tirage qui viennent rejoindre le tirant à la moitié de son parcours. Les pannes s’assemblent sur les arbalétriers au moyen de cornières ; les arbalétriers sont soulagés dans leur portée par trois bielles en fonte sur lesquelles se boulonnent les tringles de tirage terminées en fourchette. Les arbalétriers, les pannes, le faîtage, sont en fer forgé double T, les tringles de tirage sont en fer rond.
Ces combinaisons de fermes sont très-variées, mais les dispositions générales ne changent pas ; le nombre de bielles augmente ou diminue suivant la longueur des arbalétriers. Mais grandes ou petites, simples ou importantes, ces sortes de fermes laissent les fers agir l’un par rapport à l’autre comme le fait le bois dans les fermes en charpente. Les arbalétriers supportent la charge ; leur écartement est maintenu par le tirant, le
HALLES ET MARCHÉS
poinçon les empêche de se relever, et leur flexion est soulagée par les bielles que les tringles de tirage rendent solidaires et relient d’un côté à l’arbalétrier, de l’autre au poinçon, sans charger le tirant.
L’application des combles en fer dans la construction des halles a permis de réduire considérablement les surfaces pleines, à l’avantage des surfaces couvertes, et dans certains cas, comme à Vernon, de ramener les halles à ne plus être qu’un véritable parapluie, nom sous lequel, du reste, on désigne les abris de cette nature.
La serrurerie de la halle de Vernon a été exécutée dans les ateliers de la Providence. Malgré sa légèreté, elle n’a subi aucune détérioration par l’effet des coups de vent et des orages. Les combles sont en ardoises. Une grille de clôture protège la halle; une fontaine et des magasins placés aux abords complètent l’ensemble de l’établissement.
La dépense totale s’est élevée à 18,543 francs, ce qui fait revenir à 50 francs environ le prix du mètre carré de surface couverte.
ÉVALUATION DES DÉPENSES
Maçonnerie, fondations, béton, dallage 2200,00
Charpente (chevrons en bois) 400,00
Serrurerie 9600,00
Couverture 2300,00
Vitrerie et fers à moulures 2500,00
Peinture 600,00
Total 17660,00
Honoraires de l’architecte, à 5 p. 100. . . 883,00
Total général. . . 18543,00
HALLE ET MARCHE A SCHERZLIGEN ( suisse)
(Planches CXII, CX1I1, et CXIV)
Un rapprochement que le lecteur pourra facilement faire entre la halle de Vernon et celle de Scherzligen lui fera voir comment un résultat identique peut être obtenu avec des moyens differents et lui permettra de constater en même temps les immenses services que, dans certaines circonstances, le fer est appelé à rendre à l’art de bâtir.
A Vernon comme à Seherzligen, le programme est le même : il s’agit de couvrir un vaste espace, sans entraver la surface libre par aucun point d’appui pouvant gêner la circulation.
Nous avons vu comment ce problème était résolu à Vernon: quatre points d’appui, quatre fermes de face, deux fermes d’arêtier suffisaient au système de construction, qui couvrait une surface libre de 3G0"',00 et résolvait ainsi le problème de la façon la plus heureuse; mais dans d’autres conditions le bois peut à son tour donner un bon résultat.
Placé au milieu de forêts de sapins , Seherzligen abonde en bois livrés à bas prix , tandis que le fer est au contraire d’un emploi coûteux. C’est donc de bois seulement que l’architecte a dû se servir. La
A RG H ITECTURE COMMUNALE.
difficulté consistait à couvrir une largeur de 15 mètres jugée nécessaire pour les besoins du service, sans qu’il soit possible d’avoir recours à d’autres points d’appui qu’à ceux placés à l’extrémité de chaque travée; or, placer de grandes pièces en les appuyant de bout en bout sur les poteaux eût amené d’inévitables accidents, conséquence de la flexion causée par leur seul poids, la dépense qu’eussent occasionnée des poutres armées en faisait forcément repousser l’emploi. Ne pouvant donc soutenir ces pièces à leurs extrémités, ni les soulager dans leur portée, le constructeur a simplement rapproché les points d’appui, laissant entre eux une largeur de 8m,G0 facile à franchir par les enlraits, qu’il a en outre eu la précaution de refendre et de moiser, et qui dépassent les poteaux de 3"', 20 de chaque côté. Cette combinaison, dira-t-on sans doute, place les points d’appui à l’intérieur; ce reproche est juste ; mais, dans le cas particulier, ne peut offrir aucun inconvénient, puisque l’espace intérieur entre les points d’appui se trouve consacré aux marchands, et que la partie extérieure, au contraire, sert de promenoir aux acheteurs.
Le bois employé est exclusivement du sapin provenant des forêts environnantes; les principales pièces ont l’équarrissage suivant :
Poteaux. .
Entraits moisés Arbalétriers .
Poinçons Liens .
Moises .
Chanlatt.es .