‹ Architecture, décoration et ameublement pendant le dix-huitième siècle, Régence - Louis XV. Symétrie et asymétrie proportions légères et courbes capricieusesChapitre 4 sur 49 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Analyse des éléments figurés dans la décoration.

A loulcs les époques de l'histoire de Tari, on s'est plu à représenter, dans le décor, des objets dont la nature offrait le modèle ; et suivant les époques, l'interprétation de ces objets affecta certaines formules conventionnelles, ce qui fit dire qu'ils étaient stylisés. Or, l'étude de ces éléments décoratifs est capable, à certains caractères de fréquence ou de stylisation, de nous révéler à quelle époque il convient d'en attribuer la production. Les grecques, les guirlandes, les flots, les bucranes, les dauphins, les salamandres, les écailles, etc., se retrouvent plus ou moins en un grand nombre d'écoles d'art, mais avec une stylisation spéciale qui permet d'en fixer l'origine.

Les décorateurs du temps de la Régence et de Louis XV ne pouvaient donc pas faire autrement que d'utiliser ces éléments de nature, mais ils ont

su en les interprétant directement sur nature leur donner cependant une expression spécialement favorable au meilleur effet décoratif.

Ces éléments peuvent se répartir en plusieurs classes : la figure humaine, les animaux, les fleurs et les fruits, les objets matériels à symbolisation sentimentale.

A. LA FIGURE UUMAINE.

À l'époque de la Régence, au sortir des ligures austères drapées à la grecque, et dont l'attitude parlait d'épopée ou de hautes vertus, on émancipa l'inspiration et on substitua à des images héroïques des images de beauté.

Ces figures étaient des symbolisalions qui parlaient à l'imagination d'une société profondément attachée à un réalisme humain ; elles représentaient la jeunesse, le temps, les saisons, les mois, l'aurore, la nuit, la rêverie, la tendresse, l'émotion, et elles apparaissent chastes, dans leur nudité, encore classique, se souvenant de la tradition recommandée par Le Brun.

A côté de ces figures, il en est d'autres qui procèdent d'un autre ordre de conception, mais nous sont d'une information précieuse sur l'esprit du temps : plus de Jupiter tonnant, plus de Junon, plus de Bellone, ni de Mercure: la seule déesse que l'on tolérerait serait Iris, parce qu'elle traîne derrière l'arc-en-ciel , fait de rire ensoleillé et de larmes: ce qu'on préfère, ce sont les demi-dieux, les êtres dont la mythologie a peuplé la terre, pour être les correspondants directs de l'humanité et de la divinité; les faunes à la barbiche de bouc, qui gambadent dans la forêt; les satires aux pieds de chèvre, qui paressent parmi les pampres; les tritons, aux poumons puissants, qui rythment des clameurs de leurs trompes les rudes harmonies de l'océan; les dryades qui s'épanouissent commodes lleurs vivantes dans le mystère des bois; les nymphes qui mènent des rondes ingénues, parmi les bleuets et les coquelicots; les naïades qui racontent au cristal des sources leurs tendres romans de vierges naïves et, brodant sur le tout, des grappes d'amours joufflus, qui ont juste ce qui leur faut d'ailes pour ne pas blesser leurs pieds roses aux ronces de la terre, et pour ne s'envoler pas, en un vol éperdu, vers l'infini d'oii ils ne seraient plus en commerce avec les bons humains.

A l'époque de Louis XV cette simplicité parut sans saveur; les figures furent trouvées fades en leur signification : la beauté nue sembla parée d'une sensualité, que le bon Ion réprouva ; et l'on se lança dans le costume, qui permettait des idylles plus précises. Même les demi-dieux furent exilés de la décoration : on voulut de la pastorale, mais de la pastorale plus humaine : Virgile corrigé par Marivaux : Tityre s'appela Colin, et la nymphe s'appela

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