‹ Architecture, décoration et ameublement pendant le dix-huitième siècle, Régence - Louis XV. Symétrie et asymétrie proportions légères et courbes capricieusesChapitre 8 sur 49 · I). OBJETS MATÉRIELS A SYMBOLISATION SENTIMENTALE · texte numérisé non relu

I). OBJETS MATÉRIELS A SYMBOLISATION SENTIMENTALE

Dans la composition du décor, la mise en scène exigeait que l'ornemaniste fît appel à (les objets purement matériels ; mais parmi l'infinité d'objets qui pouvaient le solliciter, son choix se porta de préférence vers ceux qui pouvaient prêter à des allusions sentimentales. A côté des fontaines qui conser-

V\g. 12 à 20. — Agrafes et autres motifs pour décoration de cadres.

vent un certain aspect monumental, des vases dont le volume est diminué, des arbres qui offrent dans les lointains l'éventail balancé de leurs frondaisons printanières, il y a des éléments de décoration d'une signification plus étroite, plus précise quanta l'esprit de la société d'alors : ce sont des pipeaux, des binious, des tambours de basque, des houlettes, qui évoquent les plaisirs champêtres, les flèches et les cœurs percés qui parlent des tendresses proches des trahisons, et des blessures éternelles... qui durent un jour ; des torches enflammées qui éclairent au foyer les joies de l'hymen, les amphores et les coupes qui pleurent en gouttes vermeilles le sang de la vigne; des ruines, où palpite l'âme antique, interrogée depuis quelque temps par les archéologues et versant sur les âmes contemporaines leur mélancolie au front couronné de lierres parasites, et enfin les coquilles sur lesquelles il convient d'insister quand on s'occupe du style Louis XV.

Ce serait s'en tenir à une erreur que de prétendre caractériser le style Pompadour par l'emploi excessif qu'on y lit de la coquille : il n'y a guère d'époque d'art où l'on n'ait pas fait appel à sa forme naturellement décorative, pour servir de motif ornemental à des décorations composées.

La coquille se prèle en effet admirablement à la décoration : à l'étal réel, elle est susceptible de présenter une infinie variété de formes, depuis les plus simples jusqu'aux plus compliquées, et déjà, à l'époque Pline l'ancien, on admirait la beauté incessamment renouvelée de la coquille.

Fig. 21. — Panneau pour dessus de porte.

Ce qu'il serait intéressant de chercher, c'est le motif qui a pu déterminer les ornemanistes du temps de Louis XV à faire de la coquille un usage immodéré, sans toutefois considérer la coquille, nous le répétons, comme une des caractéristiques spéciales du style de celle époque.

A notre avis, plusieurs raisons peuvent expliquer l'emploi de cet agent décoratif : d'abord, au moment où l'on se proposait de revenir à l'étude de la nature, où les ornemanistes se piquaient de ne traduire les créations de leur imagination qu'à l'aide d'éléments réels, il n'est pas étonnant qu'ils aient songé à la coquille, qui était déjà d'un emploi constant, et qui s'offrail avec son décor complet et, disons-le, parfait.

Ensuite, la variété même des formes de la coquille dont on a essayé de classer les caprices, sans cependant arriver à d'autres classifications que des classifications très artificielles, cette variété offrait un aliment abondant el

XVIIIe SIECLE. — REGENCE ET LOUIS \\ 10

facile à l'appétil de l'asymétrie, alors grandissante; le prétexte d'être vrai, d'être réel, servait à combattre la tradition d'harmonie parallèle, elc'estau contraire l'amour du chantourné qui rompit le réalisme mêmede la coquille et la li( styliser à son tour en des expressions d'une fantaisie échevelée.

Enfin, il ne serait pas impossible de voir une explication de l'emploi abusif de la coquille dans une constatation relevant d'un tout antre ordre d'idées. Nous avons dit précédemment que les secousses financières avaient haussé à la fortune des bourgeois qui aspiraient à posséder des litres de

noblesse, ou tout au moins de se parer de la particule. II y avait alors beaucoup de familles qui, dans leurs armoiries, avaient dos coquilles, et justement les coquilles dont la forme est le plus souvent répétée dans le décor du commencement du temps de Louis XV, les petites coquilles, dites coquilles de Saint-Michel, et les grandes, ayant à leur hase deux petites oreillettes, dites coquilles de Saint-Jacques. Citerons-nous des noms : les Bourbon, les d'Amanze, du comté de Maçonnais; les de Relly, les Blaizy, de Bourgogne; les Muydeble, les Maillier-Plessis-Renault, de Touraine ; les Mareschal, en Bresse ; lesPlaten, en Saxe ; les de Wœstine, en Flandres; les de Vere, les Hebiet, en Bretagne; les Kermassonel, les Margival, les Ghasteau-Vieux, lesWylkeske,

en Flandres; les Guyblat, de Bourgogne: les Nieey-Romilly, les La Magdelaine, de Bourgogne; les de Mœrkercké, en Flandres; les La Barde; les Metternich, de Westphalie ; les La Yergne, les La Souehières, les Yuytenberghe, de Gand; les Feydeau, les du Pin, de Saintonge ; les Héricourt, do Picardie; les L'Uni Hier, de Paris; les du Mesnil-Garnier, les du Mesnil- Jourdain, les La Foresl, IcsBrevans, les d'Aguesseau, les Forget, lcsPlessis, de Bretagne; les La Croix, du Bourbonnais; les d'Esmery, les de Cisay, les Rainneval, de Picardie ; les Lopriac-Coëtmaden, de Bretagne: les Des Marets, de Normandie; les Cytres, de Provence; les Blangemalle, les Romeeourl, de Picardie ; les Caiffier, les Couen, de Normandie, et cent autres vieilles familles portaient des coquilles dans leur éeusson.

La coquille était donc un décor auquel on était habitué, et rien de surprenant qu'en un temps, où les appétits de luxe n'allaient pas sans beaucoup d'orgueil, on se soit plu à tirer la coquille des écussons blasonnés, pour en marquer le décor dont s'entourait la vie. Il n'y a là qu'une hypothèse, mais une hypothèse dont il est aisé de contrôler la vraisemblance dans les mémoires du temps.

Fig. 50. — Panxeac décoratif composé far Barf.i..

Fig. 31. -

Le travail du feu. — Estampe allégorique.

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