‹ Architecture et CatholicismeChapitre 8 sur 24 · LE PROBLÈME FONDAMENTAL · texte numérisé non relu

LE PROBLÈME FONDAMENTAL

Conflit et problème fondamental se confondent dans l’énoncé que voici :

Soit un temple chrétien cle forme basilicale intégrale (fig. 2) ou amplifiée (fig. 3), le voûter sur toute son étendue sans rien retrancher ou restreindre de ses dispositions d’ensemble , et lui appliquer un système de structure y de proportions et d’ornementation se rattachant à la j voûte comme à son principe générateur .

Lorsque, sous Constantin, nos la ; ancêtres dans la foi se virent libres es d’élever des temples accommodés nt à leurs croyances, leur ambition se és borna d’abord à se servir des édifices lu qu’ils eurent sous la main, ou à les lu imiter sans modifications sensibles ; ces édifices étaient principalement les basiliques, lieux de réunions profanes ir qui se prêtaient aussi aux assemblées chrétiennes. Les le premiers fidèles ne s’inquiétèrent pas davantage de réfori mer l’architecture romaine, de laquelle relevaient ces édiu fices. Personne alors ne se demandait s’il était, ou non, e, indispensable que la religion nouvelle eût son expression «1 artistique particulière. Et, d’ailleurs, les traditions r- romaines de toute nature ont, jusque dans le cœur du •i| moyen âge et au delà, exercé une telle fascination sur les peuples qui en avaient hérité, qu’il a toujours fallu des raisons précises ou des cas de force majeure pour qu’on le se soit résigné à rompre avec elles ou à s’en écarter.

Ceux qui ont prétendu que la haine du paganisme jeta les chrétiens tête baissée dans une réaction contre les arts de leurs anciens persécuteurs, se sont mépris sur leurs intentions et ont méconnu les faits les plus palpables. C’est par le respect de la liturgie qu’ils parvinrent patiemment et sûrement là où des réactions subites et irréfléchies ne mènent jamais.

Si l’on répudia, non pas l’art romain, mais les temples des « dieux immortels », c’est parce que la liturgie n’en pouvait tirer parti, et qu’au contraire elle se sen-

tait parfaitement à l’aise dans les basiliques. C’est donc, insistons bien là-dessus, à des racines simplement romaines, profanes si l’on veut, et point à des racines païennes, que s’attache l’art catholique (1).

Les basiliques présentaient cependant à l’intérieur, comme les temples à l’extérieur, l’entablement, la colonnade grecque romanisée, décorative dans ceux-ci, organe essentiel dans celles-là et partant plus redoutable, puisqu’un organe essentiel est plus difficile à supprimer.

Les chrétiens des derniers temps de l’Empire, témoins des effets grandioses obtenus par le moyen de la voûte, dans les salles de thermes particulièrement, furent saisis d’un désir instinctif de transporter des effets pareils dans leurs églises, qu’ils se préoccupèrent également de soustraire le plus possible aux chances d’incendie en étendant le rôle de la pierre aux dépens de celui du bois. Cette double préoccupation fut celle des siècles suivants, elle fut portée à l’état aigu durant le xie siècle, et c’est justement dans un acte de cette époque, relatif à Saint- Hilaire de Poitiers, qu’elle nous est clairement dévoilée : « On adopta la voûte en pierre pour mettre l’édifice à l’abri du feu et le rendre plus digne » : ad tutelam ignis et compositions m operis.

Mais comment tout d’abord songer à la voûte, avec ces colonnades à modules fixes dont on ne pouvait, sans en briser l’économie, ni espacer ni renforcer les supports de manière à recevoir sur les points convenables et avec la résistance voulue les retombées des arcs ? Il fallait opter.

Les Romains pour leurs temples avaient préféré l’entablement à la voûte ; les chrétiens pour leurs basiliques préférèrent, platoniquement d’abord, pratiquement ensuite, la voûte. à l’entablement; chez les Romains y l'ordonnance architecturale du monument relève de la colonne , cest-à-dire du support ; chez les chrétiens , elle relève de la voûte , cest-à-dire de la chose supportée. Là

(1) Nous n’avons garde de nier une influence des Catacombes sur l'architecture chrétienne ; mais ce fut sur la liturgie que s’exerça - directement cette influence.

est la distinction capitale entre l’antiquité païenne et le moyen âge.

Après la division, par Théodose, de l’Empire en deux grands Etats, une bifurcation se dessina dans l’art, avant-coureur, avecplusieurs autres, du funeste schisme grec. Peu exigeante, peu progressiste, la liturgie orientale en vint à s’acclimater dans un plan basilical rudimentaire, auquel il ne fut pas difficile d’adapter la voûte, et on n’en chercha pas davantage.

Entrant généreusement dans une voie opposée, la liturgie occidentale élargit ses programmes au lieu de les restreindre, et se doubla peu à peu d’un symbolisme qui, moins intransigeant qu’elle, eut toutefois sa bonne place dans les préoccupations des constructeurs.

La liturgie occidentale, dès le ve ou le vie siècle, admit plusieurs autels dans une môme église. Il y en avait treize dans la basilique érigée vers 590, à Saintes, par l’évêque Pallade, en l'honneur des saints Pierre et Paul. Le plan de l’abbaye de Saint-Gall, dressé par un seigneur de la cour de Charlemagne, marque deux grands autels et neufs autels secondaires. Dans la cathédrale du Mans, consacrée en 834 par saint Aldric, il y eut quinze autels, dont cinq autour du sanctuaire. Cela rendit plus impérieux encore le maintien des bas-côtés ou collatéraux et provoqua leur prolongement autour de l’abside, ainsi qu’il arriva au Mans, où le texte historique relatif aux chapelles mentionne en même temps le déambulatoire. Il en résulta un agrandissement du chœur, agrandissement auquel concoururent deux autres causes.

Il y avait souvent (se reporter à la fig. 2) dans les basiliques civiles, devant l’abside qui les terminait, un espace, libre de collatéraux, qui, débordant bientôt à droite et à gauche dans les basiliques chrétiennes, y constitua deux bras ou ailes. De là au plan franchement crucial la distance était courte, et, dès le vc siècle, il existait des églises bâties intentionnellement en forme de croix ; Grégoire de Tours cite celle dont l’évêque Namatius dota sa ville de Clermont vers 460. L’image symbolique du Christ crucifié étant ainsi admise et con-

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