CHOEUR
Disposition.— Selon que le personnel des maisons religieuses était nombreux ou restreint, le chœur de l'abbatiale s'emparait d'une partie de la grande nef, ou commençait seulement aux gros piliers qui la séparaient des transsepts: il occupait aussi en
partie le centre de la croix, comme l'indique dom Martenne, puis, s'étendant parfois an delà de sa surface carrée, les stalles passaient latéralement à l'autel et faisaient le tour du sanctuaire; ailleurs, on le voyait resserré dans l'espace compris entre ce dernier et le rond-point de l'édifice.
Le chœur et le sanctuaire étaient ordinairement clos, dans le pourtour que déterminaient les colonnes, par une enceinte en pierre ou en menuiserie, assez élevée pour que les fidèles qui circulaient dans les galeries latérales, à certaines heures, ne troublassent pas les religieux réunis au chœur. Cette clôture formait un ensemble avec le jubé; des portes latérales fermées par des grilles permettaient la communication entre les cloîtres, les sacristies, les chapelles et le chœur. Les parois de cette enceinte étaient ordinairement décorées avec recherche, soit par des claires-voies fouillées dans la pierre ou le bois, soit par des bas-reliefs taillés et coloriés avec art, et représentant les sujets du Nouveau Testament, carie chœur et le sanctuaire, renfermés dans l'enceinte, étant le saint des saints du temple, on devait trouver autour les principaux traits de la vie du Christ; elle se terminait au jubé, qui le montrait au loin mourant sur la croix pour racheter le monde. Tel était l'extérieur sans cesse exposé aux regards des fidèles : c'était l'incarnation, la vie terrestre, qui devait leur servir de modèle et de guide; au dedans de la clôture était la vie du ciel, la résurrection, le triomphe, la transsubstantiation, et autour de l'autel, théâtre de ces mystères, s'élevaient les châsses des martyrs, en souvenir de leurs sacrifices, de leur récompense céleste; plus bas se plaçait le clergé, interprète et ministre, médiateur entre le ciel et la terre.
Dans les grandes abbatiales consacrées à la sépulture des rois et des princes, cette clôture sacrée était formée de leurs
tombeaux eux-mêmes : on en comprend et le but et le sens. Ainsi , lorsque saint Louis eut fait reconstruire l'abbatiale de Saint-Denis, il y rétablit les sépultures royales, et ce fut à l'enceinte du chœur qu'il les éleva, marquant à chacun son rang; il y plaça d'abord, dans la première arcade, au midi, le tombeau de Dagobert, fondateur; il voulut qu'ensuite fussent placés du même côté les monuments funèbres des rois de la race de Pépin; les descendants de Hugues Capet tenaient le côté gauche du chœur. La disposition des tombeaux de l'abbaye de Westminster est analogue.
Les voûtes du chœur, soutenues parles gros piliers, dominaient ce bel ensemble et dépassaient souvent en hauteur celles de la grande nef; leur partie carrée s'élevait plus encore que le reste lorsqu'une tour centrale, portée par les quatre gros piliers, comme celles des abbatiales de Saint-Bertin ou de Saint- Ouen, surmontait la croix. Là n'était plus, comme l'architecture romane en offre de nombreux exemples, une coupole sphérique ou en polygone, prise aux dépens de la base du clocher, mais une voûte d'arête plus ou moins riche par les combinaisons de ses nervures et de ses clefs pendantes.