‹ Architecture monastique (volume 2)Chapitre 105 sur 193 · SANCTUAIRE · texte numérisé non relu

SANCTUAIRE

Disposition. — Ordinairement compris dans l'enceinte indiquée par les colonnes du rond-point et la clôture qui les unissait entre elles, le sanctuaire se distinguait du chœur, i° par la différence de niveau de son pavé, plus élevé de quelques marches que celui du reste de l'église; i° par une balustrade ou chance! particulier, placé antérieurement au maître-autel

et formant la table de la communion; 3° par les meubles nécessaires au sacrifice de la messe; 4° parles châsses contenant les reliques, détails variés qu'on mettait en harmonie avec l'ensemble et la sainteté du lieu.

Toujours situé au delà des transsepts, le sanctuaire était entouré par les riches colonnes du pourtour que précédaient des piliers plus ou moins importants; il était couvert par toute la partie des voûtes comprise entre l'arc principal et le chevet; la galerie haute ou triforium et les grandes croisées situées au dessus complétaient les dispositions architectoniques du sanctuaire.

Décoration. — Le pavé du sanctuaire était le plus riche qu'il y eût dans l'église; it n'offrait pas , comme durant la période romane, des compositions inspirées, soitdei'o/)izs Alcxandrinum , comme on en voit à Saint-Benoît-sur-Loire, à la partie primitive de l'abbatiale de Saint-Bertin, et dans les églises anciennes des bords du Rhin; soit delà mosaïque h petits cubes, comme les églises des abbayes d'Ainay, de Moissac, en offraient des exemples; la terre cuite, plus finement ornée que précédemment, la pierre dure, décorée de rinceaux ou de légendes gravées au trait et mastiquées en couleurs , étaient les moyens employés alors pour enrichir le sol.

Indépendamment du luxe qu'apportait le sculpteur dans les chapiteaux grands et petits, dans la décoration des clefs de voûtes etquelquefois de leurs nervures , le peintre ornait les fûts de colonnes, les détails sculptés, les tympans et les murailles, puis, atteignant les moulures des fenêtres et le sommet de l'édifice, il donnait à chaque partie une ornementation convenable, variant à chaque travée les motifs du décor, peignant des sujets sacrés dans les parties lisses, et même sur les panneaux contournés des voûtes.

MEUBLES DU SANCTUAIRE

Autel. — C'était au maître-autel et dans l'arrangement de ses accessoires que l'art gothique avait déployé toute sa fécondité. La table, ordinairement en pierre, était portée soit sur un massif décoré, soit sur des colonnetles isolées, soit enfin sur deux pierres debout formant supports. La cavité formée sous la sainte table par ces dispositions contenait une châsse à reliques. Une table de dessous, devant d'autel en bois ou en métal, se plaçait à demeure, ou seulement pour l'époque des grandes fêtes. Dom Bouillart nous a conservé, par la gravure, celui que Guillaume III fit faire pour le maître-autel de son abbaye de Saint-Germain-des-Prés.

Le retable ou table de dessus commença au xme siècle à se développer; les abbayes de Saint-Denis, de Saint-Germer, en montrent de remarquables pour les travaux du ciseau, de la peinture et des arts industriels. Là déjà le milieu du retable s'élève au-dessus du reste; au xivR siècle l'ensemble prend de l'extension; on sait combien au xv° le retable s'était étendu en hauteur; c'était un monument complet, tant par l'ajustement général de l'architecture que par le nombre des sujets sacrés qu'on y sculptait dans le bois ou dans la pierre. Quelques peintures sur bois et sur vélin nous indiquent d'une manière précise, non-seulement la disposition générale du maître-autel surmonté de la table de dessus, ou retable, mais aussi tout l'ameublement de cet autel, la forme et la disposition des flambeaux et des autres accessoires du cérémonial: nous y renvoyons le lecteur.

Ciborium.— Les vitraux de la Sainte-Chapelle contiennent un sujet qui démontre que , dans le Nord, le ciborium se maintint jusqu'au milieu du xmc siècle. Cette peinture sur verre indique, au-dessous des colonnes, un arc trilobé établi dans une

construction solide et appareillée; un pignon orné de crochets, et dans lequel sont pratiquées trois baies de diverses grandeurs, surmonte l'édicule. (Voirie n° 443, ci-dessous.)

N° 4/*3. Ciborium aux vitraux de ta Sainte-Chapelle.

L'Italie, toujours disposée à conserver les anciens usages, montre, particulièrement à Rome, de remarquables ciboires de la période gothique; c'est aux églises de Saint- Paul hors les murs, de Saint-Jean de Latran, de Sainte-Marie-in-Cosmédin , de Sainte-Cécile au Transtevère, que sont les plus beaux. Nous donnons ici, sous le n° 444, celui qui se voit dans cette dernière basilique jointe à un monastère de femmes; il est entièrement construit en marbre blanc; des mosaïques et de délicates sculptures enrichissent les diverses parties de ce meuble précieux, que surmontent de légers clochetons; il est placé

au-dessus du marlyrium, dans lequel on voit la belle statue couchée de sainte Cécile, représentée par E. Maderne comme on la trouva dans le cimetière de S. Calixte.

N° kkk- Ciborium de l'église de Sainte-Cécile.

A l'abbaye de Gercy, en Brie, le souvenir du ciborium lut conservé par quatre colonnes placées aux angles de l'autel principal, mais ne portant pas de couronnement; elles étaient re-

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liées par des tringles en fer, auxquelles des rideaux, richement ornés de pentes de broderies, étaient suspendus pour envelopper l'autel; c'était un ciborium tronqué, car son but originaire avait été de protéger l'autel tant au-dessus qu'alentour; sa voûte avait porté, par suspension, le vase ou pyxis contenant les saintes hosties, et plus tard une lampe, comme on la voit à la ligure n° 443 et à de nombreuses peintures murales et autres qui représentent le ciborium; on remplaça cette disposition importante par une crosse placée au-dessus ou en avant du retable, et on y suspendit une custode en forme de tourelle gothique, ou une colombe contenant le pain sacré. Ce ne fut guère qu'au xve siècle qu'on remplaça cet appareil par une petite tour, généralement en bois et découpée avec légèreté, se dressant sur l'autel, pour contenir le pain eucharistique : elle donna naissance à nos tabernacles modernes. Son origine et sa forme provenaient sans doute de la disposition adoptée pour la custode, disposée en tour octogone, qu'on suspendait à la crosse. Ce tabernacle, c'était déjà son nom, n'était pas toujours sur l'autel; on en construisait de remarquables en pierre, contre un des piliers du sanctuaire, du côté de l'évangile, les évêques laissant le choix, supra altare veljuxta. La possibilité de les établir auprès d'un pilier solide de l'église permit de les surmonter de dais découpés à jour, dont les proportions étaient quelquefois si considérables qu'ils s'élevaient jusqu'aux voûtes du chœur. On en voit même dont la partie supérieure, finement travaillée, se courbe en forme de crosse, rappelant celle à laquelle on suspendait le vase ou custode contenant les hosties.

Le tabernacle, éloigné de l'autel, était accompagné d'un meuble, pour qu'on y pût. déposer le saint sacrement avant de le renfermer dans l'armoire; quelquefois même, ainsi qu'on

le voit à l'exemple gravé ci-dessous, au n° 445, une console était ménagée entre ce meuble et la petite porte, pour une station intermédiaire; quant à la clôture de l'armoire, elle était décorée avec tout le luxe de, l'orfèvrerie ou de la sculpture en bois

N° /i£5. Tabernacle éloigné de l'autel

Les mutations diverses que nous venons d'indiquer devaient nécessairement se produire, par le besoin de perfectionnement qui s'attache à toute chose; en effet, la colombe ou la custode suspendues à la voûte du ciborium primitif offraient bien une disposition symbolique qu'on devait adopter d'abord : c'était l'idée de faire descendre, au moment de la communion, le pain eucharistique d'une région supérieure; mais l'opération mécanique de cette descente, les accidents qui durent résulter plus d'une fois du mauvais entretien soit de la corde, soit des poulies, durent faire réduire la hauteur; la crosse de suspension fut adoptée, mais elle ne para pas aux inconvénients : on la remplaça par le tabernacle , incomparablement plus sûr et plus commode.

Tables de proposition. — Les meubles secondaires ou tables de proposition, nécessaires au service de l'autel, furent décorées comme lui dans le style des diverses époques ; elles se réduisirent quelquefois à de simples consoles ménagées sur un pilier voisin, ou contre le mur de clôture du sanctuaire.

Crédence et piscine. — Le pape Léon IV ordonna que dans le sanctuaire, auprès de l'autel, on établît une cuvette pour jeter l'eau après que le prêtre avait lavé les vases sacrés, et qu'on lui préparât de l'eau et du linge pour se laver les mains et les essuyer après la communion. Nous avons indiqué, page 1 5 4 , comment étaient disposées les crédences à l'époque romane; ce fut particulièrement au xme siècle qu'elles se multiplièrent et devinrent importantes par leurs dispositions et leur décor architectural. Prises ordinairement aux dépens de l'épaisseur du mur, elles étaient formées de petites niches triples ou géminées surmontées d'arcs plus ou moins riches en moulures d'encadrement, et couronnés même, à la fin de ce siècle, de frontons et de sculpture. Une tablette horizontale en pierre les

divisait souvent par moitié ; on y plaçait les vases sacrés. Chaque division ou arcade de la crédence contenait, à sa partie inférieure, une cuvette ou piscine percée d'un trou pour l'écoulement des eaux. La crédence étant géminée, il y avait deux piscines, l'une réservée à l'eau des ablutions, l'autre aux eaux ordinaires; au xive siècle la crédence ne contint plus qu'une cuvette et cessa généralement d'être géminée.

Le tuyau de conduite percé dans le mur fut porté au dehors par une petite gargouille en pierre, symboliquement décorée; elle jetait l'eau loin du mur et dans un terrain réservé.

Armoire aux saintes huiles. — Le sanctuaire contenait aussi l'armoire aux saintes huiles, ordinairement pratiquée dans l'un de ses piliers et décorée avec recherche. Une porte en métal ou en bois, couverte de riches pentures, en fermait l'entrée. On voit une de ces armoires de style gothique du xive siècle dans le sanctuaire de l'église monastique de Saint-Clément, à Rome.

Châsses. — L'art gothique, imitateur toujours en progrès sur les périodes précédentes, reproduisit les muchcs destinées à contenir les châsses des martyrs et des saints, les développant avec le goût qui lui fut propre, et leur donnant une étendue nouvelle. Suger fit faire à l'abbaye royale de Saint-Denis celle qui contenait les reliques des trois martyrs, et un grand nombre d'autres. Elle s'élevait au fond du sanctuaire, derrière et en communication avec un autel spécialement consacré à saint Denis et à ses compagnons. La muche comportait deux étages; elle avait huit pieds de longueur sur sept de large. La partie basse, de cinq pieds et demi de haut, était composée de deux grandes assises de marbre noir, séparées l'une de l'autre par huit piliers de même matière^ entre lesquels étaient des treillis en fonte dorée et ornée de feuillages; le bois

qui maintenait ces grilles était recouvert de cuivre doré, estampé et orné d'émaux. Une voûte couverte de cuivre doré mettait en communication cet étage inférieur de la muche avec le dessous de l'autel des martyrs.

Sur l'assise de marbre portée par les piliers, s'élevait un grand tabernacle de cbarpente, en forme d'église à haute et basse nef; elle contenait trois cercueils garnis d'émaux et d'agates sur cuivre doré; le devant de la muche, couvert d'or et enrichi de perles fines et de pierres précieuses, portait de nombreuses reliques; des croix, dont une en or et deux en argent doré , occupaient le sommet des trois pignons.

Après la transition , le xme siècle donna plus de finesse a f ensemble et aux détails de ces tabernacles à reliques; celui qu on voit à la Sainte -Chapelle de Paris et qui fut conserve en grande partie au musée des Monuments français, fait connaître quelles furent les améliorations apportées alors; au xive siècle, cet usage disparaissant peu à peu, on remplaça les muches par des reliquaires en pierre, ou en bois; les châsses y furent renfermées de manière à être vues du dehors à travers des grilles, comme par le passé, ou à disparaître entièrement derrière des portes sur lesquelles on peignait le chef du saint, ou un épisode de sa vie. Enfin, les châsses furent souvent placées à découvert, soit sur des colonnes qui les tenaient à une grande hauteur derrière l'autel, c'était ainsi qu'on avait placé celle de la patronne de Paris dans l'antique abbatiale de Sainte-Geneviève, soit sur des consoles, ou au milieu d'ornements découpés et dorés, dont on enrichissait les parois du sanctuaire. Plusieurs reliquaires remarquables ont été conservés en France. On en voit un qui l'emporte sur les autres, par son étendue et la richesse de sa décoration architecturale, à l'église de Notre-Dame-de-l'Epine, près de Châ-

lons-sur-Marne; il a été publié dans tous ses détails, et avec le plus grand soin, dans l'ouvrage déjà cité de M. J. Gailhabaud. Nous donnons ici celui de l'abbatiale de Souvigny.

N° 446. Reliquaire à Souvigny.

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