‹ Architecture monastique (volume 2)Chapitre 107 sur 193 · DÉTAILS D'ARCHITECTURE · texte numérisé non relu

DÉTAILS D'ARCHITECTURE

La période romane , à laquelle l'Occident doit d'avoir un art qui lui est propre, ayant créé de nombreuses combinaisons ou profils de moulures d'un style original et nouveau, pour décorer les diverses parties des édifices, et ces détails d'architecture étant généralement d'un bon effet et d'une heureuse harmonie dans l'ensemble, l'art gothique dérivé du roman suivit cette voie qui lui était tracée; la transition ne montre

encore que quelques variantes légères apportées clans les précédentes moulures; ce sont à peu de chose près les mêmes profils qui encadrent les baies et qui surmontent les grandes divisions des façades ou des travées intérieures. Le xme siècle, plus recherché dans ses détails, plus précis dans ses procédés d'exécution, dénote un grand progrès dans le tracé de ses mou^ lures; les perfectionnements apportés dans l'art de construire, le besoin de protéger certaines parties des édifices contre les eaux, par des corniches et larmiers saillants, amenèrent naturellement les artistes à combiner des formes nouvelles avec les exigences du constructeur; et qui pourrait nier combien sont ingénieuses et habilement dessinées les pentes multiples qui facilitent l'écoulement des eaux, les courbes profondément refouillées qui les empêchent de se répandre sur les façades, les larmiers qui les arrêtent à propos sur les parties les plus saillantes des corniches, pour les faire écouler le plus loin possible des murailles? et ces mêmes formes des profils, évitant de porter trop en avant d'épaisses moulures, que leur propre poids briserait le plus souvent, comme on le remarque dans les édifices de l'architecture classique; ces formes, disons-nous, ne sont-elles pas bien appropriées à notre climat humide, à nos matériaux peu durables devant une atmosphère qui les détruit promptement? Enfin il est facile de juger par l'examen de ces profils, i° que les architectes du moyen âge se sont proposé de donner aux corniches de couronnement ou d'encadrement des baies le moins de saillie et le plus de légèreté possible, pour éviter les chutes dangereuses; 2° que doués, comme leurs prédécesseurs, du sentiment des proportions, ils onl suppléé ce peu de saillie par de profondes courbures développant une large surface convenable au couronnement de hautes murailles-; 3° qu'ils ont fait participer à ces profils

de larges glacis fort inclinés pour l'écoulement facile des eaux et des neiges; l'examen de ces seuls détails ne suffit-il pas pour démontrer l'origine septentrionale de cet art? Les contrées de l'Orient ou du midi de l'Europe n'auraient pas donné naissance à de pareilles combinaisons, et tous leurs antécédents nous le prouvent; rien d'analogue ne se montre dans aucune autre architecture.

Les ingénieuses combinaisons des profils du xme siècle furent imitées dans les deux périodes suivantes, avec moins de gravité peut-être dans les proportions, mais non sans de nouvelles recherches de combinaisons utiles; le xve siècle orna les glacis supérieurs par des moulures à peine accentuées qui , sans nuire à l'écoulement des eaux, supprimaient la sécheresse de ces surfaces planes et inclinées.

L'effet et les proportions des moulures d'encadrement des baies surmontées d'arcs aigus fixèrent particulièrement l'attention des architectes du moyen âge; c'est là, peut-être, qu'ils ont apporté la plus grande étude des profils, pour harmoniser ces baies avec l'ensemble de la composition architecturale, avec les nombreuses saillies, les décorations verticales qui couvrent leurs façades, et combien sont ingénieuses les pentes et contrepentes, les bases simples ou multiples qui terminent et enrichissent les arcs aigus et leurs supports, à l'intérieur des églises gothiques! C'est àl' étude des moulures d'encadrement des baies de communication entre les nefs, qu'est dû en partie l'effet général : de ces moulures proviennent la richesse, la légèreté des arcs, l'harmonie de l'ensemble.

Enfin les moulures jouent un grand rôle dans l'effet des nervures de voûtes; là elles étaient pesantes et rudes dans l'architecture romane, l'art gothique les épura au xme siècle; au xive elles devinrent fines et déliées, la période suivante

les compliqua à l'infini, les croisant les unes sur les autres, les faisant redescendre en clefs pendantes partout où elles se joignaient, puis les conduisant jusqu'au sol de l'édifice pour unir l'ensemble comme dans un réseau unique.

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