Postica juxta aulam novam
Quelques cartulaires anciens 1 renferment des dessins précieux sur les monastères, mais ils sont infiniment moins développés que celui-ci. Tantôt, c'est l'église seule qui est exprimée avec quelques accessoires, comme dans un manuscrit relatif à la fondation du prieuré de Saint-Martin-des- Champs, à Paris, par le roi Philippe Ier2. Ailleurs, on retrouve le dessin de quelque autre partie d'une maison religieuse ; une prison, par exemple, est reproduite dans l'histoire du Mont- Cassin, par Gattola.
On connaît quelques dessins du xmc siècle représentant des édifices religieux; les palimpsestes de la ville de Reims sont de ce nombre : ils ont été publiés dans les Annales archéologiques en 1 8^7-
Dora Bouillard, dans l'histoire de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, à Paris, a fait graver un dessin que renfermaient les archives de ce monastère célèbre, et sur lequel était tracée une vue générale de cette maison telle qu'elle était en 1 368, après que Charles V eut fait compléter son enceinte fortifiée et les fossés qui l'enveloppaient. On peut tirer de ce précieux dessin un grand nombre de renseignements utiles pour l'histoire du monastère. On y voit comment étaient disposés la porte et le pont-levis, quelle était la distribution des tours et des échaugueltes sur les murailles, la place occupée par la porte Papale. (Voir le dessin à la page 3o.)
A. Porte; B. Eglise; C. Chapelle de la Vierge; D. Dortoir: E. Cloître; F. Porte Papale; G. Réfectoire; H. Fossés; I. Pilori. K. Hôtellerie du Chapeau-Rouge; L. Barrière; M. N. 0. Chemins autour de l'abbaye; R. Clos.
1 Un Cartulaire de Savigny , Biblioth. nationale n° ja5, contient une vue de celte abbaye.
1 Ce manuscrit est à la bibliothèque de la ville de Paris.
N° 18. Vue de l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés.
Nous ne devons pas omettre ici de recommander l'étude des tableaux ou peintures murales qui pourraient présenter des documents graphiques sur les monastères; l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés fournit un de ces tableaux précieux dans lequel le peintre a figuré l'église, l'enceinte fortifiée, la porte et les ponts-levis de ce monastère tels qu'ils étaient en
Voir l'Histoire de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, par dom Bouillard, et la Statistique de Paris, livrais, ai, Alb. Lenoir, 1 848.
ARCHITECTURE MONASTIQUE. 31 C'est à partir du xve siècle que les dessins originaux exécutés, soit pour tracer les projets, soit pour reproduire les formes des édifices construits , commencent à devenir moins rares que dans les périodes précédentes. Ils sont tous exécutés à la plume avec beaucoup de soin; quelques-uns sont lavés de manière à indiquer les baies et les ombres portées. Dessinés sur parchemin, ils sont pour la plupart tracés géométralement, avec une échelle donnée, et ne peuvent être que des projets établis à l'avance pour la construction des édifices. Ils sont d'autant plus précieux à conserver, que généralement les architectes en exécutant les projets modifient leurs premiers dessins; ils peuvent aussi se rapporter à des édifices détruits ou qui n'ont jamais été faits.
Les dessins d'édifices se nommaient, au xve siècle, pourtraiture. Ce mot est plusieurs fois répété dans un devis descriptif dressé par Clausse, architecte de Metz, chargé, en 1^7^, de construire auprès de la cathédrale , la chapelle de Victoire ou des Lorrains. « Ledit portai et les coustées d'icellui seront et devront être en telle manière et fasson comme la pourtraitare le montre1. »
A une époque où le parchemin devint rare , on effaça des dessins pour écrire à leur place, aussi en retrouve-t-on dans quelques manuscrits; c'est ce que l'on nomme des palimpsestes. Un angle du plan de Saint-Gall est dans ce cas, un moine ignorant l'a gratté pour écrire une note insignifiante. Il est quelquefois très- difficile de retrouver les contours complets des édifices sous les caractères qui sont venus les remplacer. On doit cependant, lorsqu'on rencontre dans un manuscrit quelque trace de ces dessins, ne rien négliger pour arriver à cet important résultat. Nous indiquons aussi l'étude des
' Histoire de la cathédrale de Metz, par Begin, t. Il, 1 8^3 .
tapisseries, des peintures sur le verre, le vélin, le bois ou les murs, dans lesquelles on remarque des reproductions plus ou moins fidèles d'édifices religieux, civils ou militaires, et qui peuvent fournir des renseignements précieux relatifs à des monuments connus ou ignorés; lors même que ces représentations sont fictives et n'auraient existé que dans l'imagination des artistes, elles sont encore utiles à recueillir et à consulter, parce qu'elles n'ont été généralement conçues que d'après des souvenirs et des données en partie réelles; enfin , sur des sceaux, des médailles et des jetons, on a figuré des maisons, des abbayes, des châteaux, des forteresses, des fontaines et d'autres monuments précieux pour l'histoire de l'art au moyen âge.
Les chapitres avaient ordinairement un sceau différent de celui de l'abbé; on y a quelquefois représenté le monastère, autant que le permettait la gravure en médailles, qui ne donnait alors, comme aujourd'hui, que l'aspect général des édifices; on peut cependant y voir des détails précieux sur la disposition des enceintes, des tours, de l'église ou des bâtiments principaux.
Durant le xvic siècle, l'art du dessin se répandant plus qu'à toute autre époque antérieure, des plans, des vues perspectives furent levés en grand nombre, et plus d'un dépôt public, plus d'une collection particulière, peuvent présenter des dessins de monastères datant de cette période ou du siècle suivant ; la vue du prieuré de Saint-Martin-des-Champs que nous publions ici est de ce nombre, ainsi que le plan du même monastère donné à la page 49.
N" 19. Vue du Prieuré de Saint-Martin-des-Champs. (Planche gravée.) 1 V. la Statistique monumentale de Paris. Prieuré de Saint-Marlin-des-Champs. A. Lenoir.
ARCHITECTURE MONASTIQUE. 33 Depuis l'invention de la gravure, on a reproduit par ses procédés des plans et des vues de monastères. Nous avons déjà mentionné les collections les plus importantes; de nombreuses planches isolées ont été publiées, nous reproduisons ici une de celles qui se trouvent au mont Athos, n° 20. Il serait utile, avant de commencer l'étude des ruines d'une maison religieuse, de rechercher si une gravure ou même une lithographie pittoresque auraient conservé le souvenir des parties de constructions détruites depuis leur exécution.
Enfin une dernière espèce de dessins, qu'on nomme épures, doit être recueillie avec le plus grand soin, parce qu'on pourrait, par elle, connaître à quel point était arrivée la géométrie descriptive au moyen âge, puisque c'est par les procédés fournis par cette science qu'on prépare aux ouvriers de tous genres, dans les constructions importantes, les tracés qui doivent les guider pour arriver à des résultats complets et positifs. Déjà on a fait quelques découvertes de ces dessins sur le parchemin de palimpsestes, et des épures et autres tracés géométriques nécessaires pour l'exécution sont gravés en grand sur les dalles de couverture des églises de Limoges, de Clermont- Ferrand et de Narbonne; ils démontrent qu'au moyen âge on connaissait les procédés graphiques employés dans l'antiquité, comme aujourd'hui, pour diriger les travaux1.