‹ Architecture monastique (volume 2)Chapitre 118 sur 193 · C. Lavabo · texte numérisé non relu

C. Lavabo

D. Tables et sièges.

E. Dressoir.

A. REFECTOIRE , AEFECTORJ DM .

Le réfectoire était une vaste salle dans laquelle les religieux se réunissaient pour prendre leurs repas; il donnait, par son importance, les moyens de produire de grands effets d'architecture; aussi, après le temple, offrait-il la plus belle construction du monastère. On le plaçait toujours sur une des laces du cloître, et généralement en opposition avec l'église, afin d'en éloigner l'odeur des cuisines qui devaient l'accompagner. Dans les premiers siècles du christianisme, les agapes ou repas en commun furent établis pour développer la confraternité des fidèles; des salles étaient construites dans ce but auprès des basiliques, et, comme les usages romains étaient encore en vigueur alors, on donna à ces premiers réfectoires la forme du iriclinium , et on leur en conserva le nom. La disposition de la salle à manger romaine était ordinairement carrée, les convives se plaçaient sur trois faces, la quatrième restant libre pour le service. Les chrétiens donnèrent plus de développement à cette disposition, et sur chacun des trois côtés destinés aux convives établirent des absides : auprès de

1 Histoire de l'abbaye de Saint-Germain , par clom BouiHarL

l'église de Parenzo en Istrie, construite au vie siècle par l'évêque Euphrasius, on voit un triclinium disposé de la sorte.

N° 48 1 . Plan du Iridinitim de Parenzo.

Lorsque Léon III fit de nouvelles constructions au palais de Latran, séjour habituel des papes, à l'époque du couronnement de Charlemagne à Rome, on disposa le vaste triclinium majus dont on voit encore une partie auprès de la basilique de Saint-Jean-de-Latran. Alemannus nous en a conservé le plan : c'était une salle longue, ornée de trois absides, dont une à l'extrémité et deux sur les grands côtés ; des peintures en mosaïque et des marbres précieux décoraient les voûtes étales murs; c'est une des absides qui existent encore, avec sa mosaïque; elle occupait l'extrémité de la salle, au septentrion. Le Christ y est représenté au milieu des apôtres. Sur le mur vertical qui surmonte l'abside sont figurés, d'une part Jésus ayant a ses pieds Constantin et le pape saint Sylvestre, de l'autre saint Pierre , accompagné de Charlemagne et du pape Léon 111. (Voir le plan n° 482.)

N° 482. Plan du Iriclinium de Sainl-Jean-de-Latran

Celte forme est à peu près la même que celle qui a été adoptée clans les monastères de l'Orient, où les traditions anciennes se sont beaucoup mieux conservées qu'en Occident : les réfectoires y offrent une grande analogie avec le triclinuim de Rome ; dans 3e grand monastère de la Sainte-Laure, sur le mont Athos, on en voit un dont l'extrémité est occupée par une abside; sur les deux grandes faces de la salle sont deux parties secondaires se reliant avec le réfectoire et donnant au plan la forme d'une croix; elles y remplacent les deux absides latérales du iriclinium de Léon. Dans les monastères de l'Orient les réfectoires sont placés généralement devant l'église, à une grande distance , mais non pas toujours sous des portiques comme en Occident. (Voir le plan du couvent de la Sainte-Laure et la vue perspective de celui du Rossicon, au mont Athos, pages 2 1\ et 33 de la première partie.)

N° 483. Réfectoire de la Sainte-Laure, au mont Athos.

L'abbaye de Saint-Gall contenait un réfectoire qui occupait tout le côté du cloître opposé à l'église; le plan indique qu'au commencement du ixe siècle ces salles avaient la forme d'un parallélogramme sans absides ou avant-corps. La porte était située au milieu de la grande face, sous le promenoir du cloître; vis-à-vis la porte s'élevait la tribune du lecteur, audessous de laquelle était dressée la table des hôtes; les moines se plaçaient autour du réfectoire, l'abbé avait sa table dans l'axe, vers l'extrémité orientale. Une porte percée dans le mur de l'occident conduisait à la cuisine, construite isolément et à peu de distance.

N° h8!t. Plan du réfectoire du monastère de Saint-Gall.

Dès cette époque la décoration intérieure des réfectoires offrait beaucoup de luxe : on lit dans la chronique de Fontenelle que l'abbé Ansegise, au commencement du ixe siècle, construisit le réfectoire et l'orna de peintures remarquables, « refectorium etiam fabricavit, variisque picturis decorare fecit a Madalulfo, egregio pictore Cameracensi (de Cambrai).» Le même abbé chargea ce peintre de décorer les réfectoires des abbayes de Luxeuil et de Saint-Germain-de-Flaix.

On trouve encore en Grèce des réfectoires avec absides peintes. M. Didron a cité dans les Annales archéologiques celui du Météore, monastère de la Thessalie, dans lequel on voit une abside décorée d'une peinture représentant la Vierge et l'enfant Jésus.

Les sujets les plus étendus furent entrepris pour décorer les murs des réfectoires, et les peintres les plus habiles se livrèrent à ces travaux. Le célèbre tableau de la Cène, par Léonard de Vinci, occupe tout le mur extrême du réfectoire de Saint- Dominique, à Milan; celui de l'abbaye de Saint-Miche] , à Anvers, offre une suite complète de tableaux immenses s'étendant depuis les voûtes jusqu'au sol et couvrant toutes les parois.

Le dessin du prieuré de Cantorbéry n'indique pas quelle était la distribution du réfectoire , parce que c'est un plan en relief qui ne présente que les formes extérieures. Cette salle occupait la même place qu'à Saint-Gall. Au xne siècle , les réfectoires, peu différents de ceux qui viennent d'être examinés, étaient décorés d'arcs en plein cintre, simples ou entrelacés, comme on en voit des restes à Saint-Wandrille. Le caractère des détails d'architecture avait trop d'analogie avec celui des diverses parties des monuments religieux de la même période, pour que nous répétions ici ce qui a été dit à cet égard dans

les précédentes instructions. Déjà l'ouverture circulaire ou rose décorait les pignons construits aux extrémités de ces salles; on en voyait un exemple à Moissac dans le siècle dernier. Cette rose se reproduisait quelquefois aussi sur toute l'étendue des faces latérales, en remplacement des baies allongées; nous en donnons un type tiré du Monasticon Gallieanum.

N° 485. Face du réfectoire de l'abbaye de N. D. de Sauve-Majeure.

Le xmc siècle, qui nous a laissé quelques grands réfectoires, nous fait connaître quel était le luxe apporté dans la construction et le décor de ces parties importantes des monastères. Dom Félibien, dans son Histoire de l'abbaye de Saint-Denis, décrit ainsi celui qu'on y voyait : « Le réfectoire mérite d'être « considéré comme l'un des plus beaux et des plus légers qui «se voyent dans le goût gothique. Il a dans œuvre cent «trente-six pieds de long sur quarante de large; la voûte, « haute d'environ trente-quatre pieds, est soutenue par six co- « lonnes dont le diamètre n'est que de onze pouces, n

Le réfectoire du prieuré de Saint-Martin-des-Champs, à Paris, est trop célèbre pour que nous n'en fassions pas con-

naître le plan et les principales dispositions1. 11 est éloigné de l'église, pour les raisons indiquées précédemment; sa forme est très-allongée : il a dix mètres de largeur sur quarante-cinq de long. Sept colonnes isolées et d'une grande légèreté le divisent en deux nefs dans sa longueur.

N° 486. Vue intérieure du réfectoire de Sainl-Martin-des-Champs.

Le plan ci-joint, n° 487, et la vue perspective n° 486, indiquent ses belles dispositions, et la hardiesse des voûtes qui reposent sur les colonnes placées dans l'axe d'une part, et de l'autre sur celles qui sont engagées dans les murs latéraux.

1 Voir la Statistique de Paris, prieuré de Sainl-Martin-des-Champs.

N° 487. Plan du réfectoire du prieuré de Saint-Marlin-des-Champs.

L'architecture extérieure est remarquable; le pignon, soutenu par des contre-forts, est décoré de longues fenêtres et de deux roses richement ornées de sculptures. (Voir la Statistique monumentale de Paris et la planche 4-8 cj .)

N" 488. Façade septentrionale du réfectoire de Saint-Martin-des-Champs .

6tr.< JrB.

Les façades latérales sont ornées de roses évidées et de longues baies géminées; elles sont ouvertes sous de grands arcs aigus qui relient deux à deux les contre-forts de soutien; la façade du nord, opposée au cloître, est reproduite au n° 488.

A l'intérieur, une belle tribune, enrichie encore aujourd'hui de peintures et cle dorures dans les riches feuillages qui la décorent, est située vers l'extrémité orientale, à peu de distance de la place qu'occupait la table des prieurs; les sculptures peintes, les roses des pignons, le style général de l'architecture, indiquent la plus grande habileté dans les artistes qui contribuèrent à son exécution ; ce réfectoire remarquable est attribué à Pierre de Montereau, qui avait fait construire aussi celui de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, dont les vitraux étaient célèbres ; on y voyait une belle statue peinte et dorée de Childebert, fondateur de ce monastère. (Voir la Statistique cle Paris.)

N° 489. Pignon du réfectoire du prieuré de Saint-Martin-d es-Champs.

Paris renferme aussi, parmi les ruines des Bernardins, un réfectoire du xive siècle, qui , moins riche que celui de Saint- Martin-des-Champs, présente cependant beaucoup d'intérêt par son immense étendue, par le nombre considérable de colonnes qui le divisent en trois nefs, enfin par les belles constructions souterraines qui le supportent1. Le plan est gravé à la page suivante, n° k 90.

On voit à l'abbaye royale d'Alcobaça, en Portugal, à quinze lieues de Lisbonne, un beau réfectoire divisé, comme celui des Bernardins, en trois nefs par deux rangées de colonnes en pierre. J. Murphy, qui en donne la description, dit qu'il a quatre-vingt-douze pieds de longueur sur soixante-huit de large. Au fond de la salle , où siège le prieur, se trouvent deux grands tableaux dont l'un représente la Cène, et l'autre le Christ avec ses deux disciples d'Emmaùs.

Voir la Statistique de Paris, collège des Bernardins.

N" 490. Plan du réfectoire des Bernardins.

Quelques réfectoires, à l'instar de certaines églises, étaient couverts en bois, soit que la dépense des voûtes en pierres eût arrêté les premiers constructeurs, soit qu'après une destruction elles eussent été ainsi rétablies. On en voit un exemple à l'abbaye de Fontenelle ou de Saint-Wandrille.

La forme généralement adoptée pour les réfectoires de l'Occident était le parallélogramme allongé, et tous ceux que nous venons de signaler à toutes les époques sont dans ce cas;

mais cette disposition, qui était la plus convenable, ne lut pas rigoureusement la seule adoptée. Le couvent de Sainte- Ma rie in Vallicella, à Rome, en contient un qui est de forme ovale; peut-être n'est-il pas le seul qui diffère autant des premiers.

N° àç)i. Plan du réfectoire du monaslère de Sainte-Marie in Vallicella.

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