BRASSERIES, PRESSOIRS , PRESSORIA, BR AGI ISA , TORCULARIA
On introduisit de bonne heure dans les monastères les moyens de fabriquer la cervoise, boisson ordinaire des moines, pour l'obtenir à peu de frais et utiliser les grains et les fruits cultivés sur leurs terres; les instruments employés pour écraser ces fruits se nommaient pilœ, torcular, viz. C'était le pressoir,
1 Voy. litt. I. I, II' pari. p. 209.
plus ou moins avancé en mécanique; il donna son nom aux bâtiments construits pour le contenir.
Le plan de Saint-Gall comprend, auprès du lieu destiné à la fabrication de la cervoise, une salle carrée au centre de laquelle sont figurés deux cercles avec rigoles pour diriger la liqueur; auprès est écrit le mot pilœ : c'est évidemment le pressoir. Plusieurs brasseries sont figurées sur ce plan; on y voit d'abord celle des religieux, puis on en a joint une à la maison des hôtes et à celle des pèlerins et des pauvres. La première, contiguë à la boulangerie, est une grande pièce carrée au centre de laquelle est un foyer; des bassins circulaires et des tables sont rangés symétriquement autour; on y lit, Hic fratribus conficiatur cervisa; dans une pièce voisine on la faisait refroidir. Un grenier placé à proximité de la brasserie servait à conserver et à préparer les grains nécessaires à la fabrication; le travail se faisait sur une aire disposée en forme de croix et sur laquelle on lit ces mots : Granariam ubi mundatum frumentum servetur et quod ad cervisam prœparatur. Dans quatre pièces adjacentes on conservait des provisions, repositoria. Les brasseries des hôtes et des pèlerins reproduisent, sur de petites proportions, celle du monastère; elles n'ont point de grenier particulier, celui des moines devait être commun à toute la maison.
Le moine Eadwin a figuré aussi le bâtiment où se fabriquaient les boissons dans le prieuré de Cantorbéry; il se distingue des autres constructions par le mot bracinam; une cheminée s'élevait dans un angle, et des rigoles y conduisaient l'eau des fontaines du couvent ; ainsi que dans le plan de Saint- Gall, ce bâtiment s'élevait auprès de la boulangerie.
Le pressoir de l'abbaye de Saint-Médard , auprès de Soissons, était une construction du xme siècle; il était éclairé par deux rangs de fenêtres en arcs aigus; de grands contre-forts
s'élevaient jusqu'à la corniche supérieure. Dans les vues de Saint-Germain-des-Prés et de quelques autres monastères, il en est qui semblent d'une construction postérieure au xme siècle; nous reproduisons celui de Saint-Médard.
N° 520. Pressoir de l'abbaye de Saint-Médard de Soissons.
ECHAUDOIR, BRULOIR, LARDARIUM.
On faisait dans les monastères de grandes provisions de viandes sèches pour varier la nourriture des moines, et parer aux disettes, qui n'étaient que trop fréquentes au moyen âge.
Ce genre de nourriture exigeait des dispositions particulières pour la préparation. On voit dans le plan de Saint-Gall un bâtiment séparé, situé entre le pressoir et les étables, et sur lequel on lit: Locus adtorrendas annonas. On doit penser que c'était un échaudoir ou brûloir pour préparer les viandes de porc, car au centre de la pièce principale est figuré un gril d'une dimension considérable ; une échancrure est pratiquée au milieu d'une des faces pour pouvoir approcher du centre sans se brûler. Lorsque les viandes étaient préparées et séchées, on les portait dans un magasin très- étendu placé sur la face occidentale du grand cloître, au-dessus du cellier. Ce magasin était nommé lardarium; comme on le voit par la légende ins-
crite dans le cellier, Injra cellarium. Supra lardarium et alioriim necessarioram repositio.
Le camerarius veillait aux approvisionnements de bouche (Ducange) ; mais cette fonction n'existait pas dans tous les monastères.
GRENIER, GRANGE, GRANARIUM , HORREUM.
Les récoltes de fruits et de céréales recueillies par les moines, îe^> dîmes apportées par les cultivateurs dans l'enceinte des monastères, obligèrent les fondateurs à élever dévastes greniers pour renfermer ces provisions. Le dessin de l'abbaye de Saint- Gall présente un document précieux sur les dispositions adoptées au ixe siècle; on y lit sur un long bâtiment établi au midi : Horreum, repositio Jructaum annalium. L'édifice se divise en deux parties égales ; au centre est une aire en forme de croix sur laquelle sont tracés ces mots : Area in qua triturantur grana et paleœ ; c'était le lieu ménagé pour battre les grains.
La représentation du prieuré de Cantorbéry fournit un grenier du xne siècle; celui qui y figure est voisin de la boulangerie; il paraît avoir comporté deux étages. Le xme siècle nous a laissé de beaux exemples de greniers d'abbayes : les ruines de Maubuisson, auprès de Pontoise, offrent une grange remarquable par son étendue et sa belle construction; neuf grandes colonnes en décorent la façade principale; elles portent des arcs aigus qui s'élèvent jusqu'à la corniche supérieure, des contre-forts à redans multipliés soutiennent les pignons. La grange est divisée à l'intérieur en deux nefs. Celle de Longchamp, plus voisine de Paris, est moins importante que celle de Maubuisson, moins décorée au dehors; la charpente intérieure est néanmoins fort remarquable*.
N° 52i. Grange de Longcliamp.
A Vauclair, de l'ordre de Cîteaux, au diocèse de Laon, se voit une très-belle grange du xmc siècle dont les planches suivantes reproduisent le plan, les façades et ia coupe. Onze colonnes la divisent en deux nefs; deux murs transversaux laissent un passage libre vers le milieu. Cette immense construction comporte deux étages voûtés et un grenier.
N° 522. Plan delà grange de Vauclair.
N° 524. Pignon de la grange de Vauclair. N° 52 5. Coupe de la grange de Vauclair.
Le monastère de Saint-Jean-Baptiste, situé dans la ville de Laon, offrait de remarquables granges ou greniers, dont nous reproduisons les dessins d'après le Monasticon G allicaniim ; ils donnent une idée de ces vastes constructions.
N° 526. Grenier du monastère de Saint-Jean-Baplisle.
Le cénier, cœnarius, veillait à la rentrée des dîmes; il était ainsi désigné parce qu'originairement il fournissait le souper aux religieux. On nommait grenetiers, granetariî, les moines qui avaient soin des greniers; ils commandaient aux boulangers, aux foulons et aux bûcherons.