CANAUX
Un grand nombre de monastères, fondés loin des rivières et des fleuves, exigeaient que des constructions hydrauliques pussent fournir continuellement la provision d'eau nécessaire à tous les services" de ces maisons renfermant de nombreux habitants. Nous avons précédemment indiqué comment l'eau était distribuée dans les cloîtres; mais pour laverie linge, pour les bains, pour l'arrosage des jardins et d'autres besoins journaliers, on avait senti la nécessité de réunir dans des réservoirs et des citernes une quantité d'eau suffisante pour qu'en temps de sécheresse la maison ne s'en trouvât pas dépourvue. Un maître des fontaines avait soin de les faire curer et tenir en état de service. [Offices de Saint-Ojan.) Des aqueducs souterrains amenaient l'es eaux de source.
Des réservoirs placés loin du centre et à une hauteur suffisante permettaient de faire la distribution des eaux; on en voit fréquemment dans les dessins qui reproduisent les vues de monastères; indépendamment de tuyaux de plomb ou de terre cuite, à l'instar de ceux des Romains, on en faisait aussi en bois; on les nommait corps de bois, « portant eau esdites fontaines. » (Offices claustraux de Saint-Oyan.) Des citernes, à l'instar de celles qui se fabriquent dans les contrées méridionales, y étaient aussi établies. Ailleurs, des puits étaient creusés à grands frais et on les surmontait de machines pour faire monter l'eau. L'abbaye de Sainte-Geneviève en avait une qui était célèbre par ses dimensions. On voit encore dans la grande pépinière du jardin du Luxembourg, à Paris, à l'ouest de l'allée de l'Observatoire, un petit bâtiment renfermant un puits à manège et un réservoir destiné à alimenter les cellules des chartreux et les divers services du monastère ; il était situé au milieu du cloître. On a détruit, il y a peu d'années, les citernes de l'abbaye de Montmartre; elles sont publiées dans la Statistique de Paris; nous en reproduisons ici le plan général et une coupe transversale prise sur la pièce carrée. Ces citernes avaient une grande hauteur sous voûtes.
N° 528. Citerne de l'abbaye de Montmartre.
N" 529. Coupe de la citerne de l'abbaye de Montmartre.
Des canaux d'irrigation étaient établis aussi par les moines pour arroser les récoltes; enfin, ils faisaient de grands travaux hydrauliques, soit dans le but de se préserver des eaux qui pouvaient leur nuire, soit pour les détourner à leur profit lorsqu'ils voulaient établir des moulins à eau ou quelque autre usine à leur usage. Des réservoirs étaient établis aussi pour contenir des provisions d'huile et d'autres liquides.
Pour éviter le séjour des eaux salies par le service, on établissait aussi des égouts d'assainissement, qui se dirigeaient soit vers les fossés de l'abbaye, soit à des distances plus grandes si des pentes de dessèchement le permettaient. Un beau réservoir se voyait dans les jardins de l'abbaye de Saint-Michel, à Tonnerre; il y avait un regard au milieu du cimetière; il se divisait en deux parties, l'une destinée au service de l'abbaye, l'autre à l'usage des habitants voisins.