DISPOSITIONS PARTICULIÈRES
Quelques dispositions particulières et exceptionnelles se présentaient dans certains monastères; nous en signalons ici plusieurs exemples pour fixer l'attention des investigateurs.
La célèbre abbaye de Cluny, déjà si différente des autres monastères, par l'immense superficie de ses bâtiments claustraux et plus encore par son église, qui ne cédait en étendue qu'à celle de Saint-Pierre de Rome, offre encore les restes d'une construction dans laquelle avaient été logés plusieurs rois de France et de6 papes, particulièrement Gélase II, qui y mourut au milieu de ses cardinaux, comme dans sa propre maison, selon l'expression d'un moine contemporain. Calixte II y fut reconnu solennellement pour son successeur, et, après avoir tenu le concile de Reims, y revint dans toute la pompe du cortège pontifical, entouré de cardinaux, dfévêques, de la
noblesse de Bourgogne et des splendeurs de la cour de Rome. Les vastes appartements habités par ces souverains pontifes furent nommés Palais de Gélase.
On voyait dans le cloître des Célestins de Paris une porte au-dessus de laquelle on lisait en caractères gothiques : Caméra colley ii notariorum et secretariorum régis. Les notaires et secrétaires du roi s'assemblaient tous les ans dans cette salle, le jour de Saint-Jean-Porte-Latine, pour nommer leurs officiers. Outre cette salle, ils en avaient encore une autre parsemée de fleurs de lis, décorée de peintures et de portraits de rois; on y voyait saint Louis, Henri IV, etc.
L'ordre du Saint-Esprit avait fait décorer de sculptures et de peintures, dans le couvent des Grands-Augustins, à Paris, deux salles où il tenait ses séances ; on y voyait les portraits en buste, les écussons et les principales qualifications de tous les cardinaux, prélats, commandeurs et chevaliers reçus dans cet ordre depuis son établissement.
L'église de Cîteaux présentait sur ses stalles un grand nombre d'armoiries de chevaliers de Saint-Michel, créés par François 1C1 dans cette église. (D. M. t. I, p. 218.) L'abbaye de Saint-Michel offre, encore aujourd'hui, la salle des chevaliers de cet ord re.
Des abbayes puissantes avaient le droit de battre monnaie; le pape Cnlixte II avait expressément reconnu ce privilège à l'abbé de Cluny; Innocent III l'avait consacré de nouveau en i2o4; les monnaies portent d'un côté, pour légende, Petrus et Paulus, et sur l'autre côté, Cœnobio Cluniaco. Ce droit devait nécessairement conduire à élever des bâtiments et ateliers pour la fabrication. Mais la monnaie de ces abbayes ne se frappait pas toujours dans leur enceinte; elles avaient des ateliers monétaires dans les villes placées sous leur juridiction. Ainsi une
charte de l'empereur Othon désigne positivement la ville de Brumath, appartenant au monastère de Lorsch, comme un lieu où l'abbaye aurait le droit de battre monnaie ( Codex Lorschem., I, 1 4.3 ) .
L'abbaye de Sainte-Geneviève contenait une réunion de vastes salles, dont l'une était dite des Papes, parce qu'elle était décorée de leurs portraits ; une autre présentait tous ceux des rois de France. Ces salles avaient été construites pour recevoir les chambres du parlement, la chambre des comptes, la cour des aides, le châtelet et le corps de ville, lorsque la châsse de Sainte-Geneviève était portée en procession dans la ville de Paris, à l'occasion des grandes calamités publiques.
Au milieu du xvme siècle, le duc d'Orléans s' étant retiré dans la même abbaye de Sainte-Geneviève, s'y fit construire une habitation particulière. Elle était située au nord de l'église ; une tribune pratiquée dans une des pièces donnait sur le chœur : de là le prince pouvait, sans sortir de chez lui , assister à toutes les cérémonies religieuses l.