‹ Architecture monastique (volume 2)Chapitre 163 sur 193 · C. Basilique · texte numérisé non relu

C. Basilique

D. Atrium.

E. Cloître.

F. Enceinte entourée d'habitations.

G. Espace devant la basilique.

H. Trichnium.

h Baptistère.

J. Logements du clergé. Presbyterium.

Contre le mur de clôture, à l'intérieur de l'enceinte, s élèvent quelques tours et constructions secondaires, tant pour la défense que pour des services applicables aux besoins intérieurs du monasterium clericorum et du nombreux personnel qui devait y être attaché.

Le vaste édifice dont le plan est gravé ici ne forme plus qu'un immense massif de décombres que M. L. Renier dut explorer sur plusieurs points , pour se rendre compte de sa disposition ancienne et du but qui le fit construire; les fouilles qu'il dirigea avec ardeur lui permirent de recueillir les documents les plus importants, mais il êut le regret de ne pouvoir continuer son exploration d'une manière aussi complète qu'il l'avait espéré d'abord; il serait désirable, dans l'intérêt de la science, que ce travail pût être poussé plus loin.

La basilique, conforme à toutes celles de la primitive Eglise , dont nous avons fait connaître les dispositions dans la première partie, est sur un sol élevé, auquel on arrive par un grand nombre de marches; son pavé est une mosaïque remarquable, dans le style antique; les colonnes, dont un grand nombre sont encore debout, offrent des marbres précieux enlevés sans doute à des édifices païens; elles séparent la nef principale des collatéraux, et des barrières qui servaient à diviser les fidèles se voient entre les colonnes. (Voir page 179 de la Ire partie.) Contrairement aux dispositions habituelles, ces colonnes sont doubles et répétées par d'autres qui s'appuient contre les murs des bas côtés. Cette basilique cathédrale C est précédée d'une cour sacrée D, d'un baptistère carré I et d'un triclinium pour les agapes H, lequel est placé ici d'une façon beaucoup plus commode que celui du dôme de Parenzo. (Voir le plan du dôme de Parenzo, n° 45 1, et le triclinium, page 329.)

Une enceinte défendue par des tours et fort étendue enveloppe la basilique, ainsi que les dépendances dont nous allons parler, et qui constituent le presbyterium ou monaslerium clericorum1. Cette enceinte n'a que trois issues : deux sont à l'ali-

1 Celle enceinte, trop vaste pour êlre gravée sur leplan n° 553, a été tronquée clans la

gnement de la façade principale de la basilique; ce sont des sortes de portes triomphales construites avec d'énormes pierres de taille, dans le style romain; des colonnes les décorent et elles donnent accès à un espace GG, orné de portiques et contenant le grand escalier de la cathédrale. Nous offrons, sous le n° 554, la plus importante de ces portes, celle qui est située dans l'enceinte secondaire marquée A sur le plan.

N° 554- Porte d'entrée de l'enceinte.

Auprès de ces portes d'entrée, sont deux enceintes secondaires et de forme allongée A et F , contenant des restes d'habitations, peut-être destinées à l'évêque, aux hôtes et aux cathécumènes. Entre ces enceintes en est une beaucoup plus

partie dépourvue de constructions, derrière la basilique; entre les lignes ponctuées en B. /(O mètres de longueur ont été supprimés sur le plan.

vaste E, de forme carrée; elle est située devant la iaçade de la basilique et forme un véritable cloître avec d'étroites galeries à colonnes dans son circuit; le sol de ces galeries, plus élevé que celui du préau, était accessible par des escaliers situés auprès des portes. (Voir la coupe générale n° 555.)

N° 555. Coupe générale de la basilique et de l'enceinte.

Autour de la basilique, et à un niveau plus élevé que son pavé, règne une terrasse à laquelle on arrivait par deux escaliers situés aux angles de la façade de l'édifice; ils étaient dans des tours aujourd'hui détruites en partie, et qui semblent être les rudiments des clochers qui s'élevèrent plus tard aux angles de nos façades d'églises. C'est sous cette terrasse , et par conséquent autour du terre-plein qui porte la basilique, qu'ont été construites les cellules J destinées à loger le clergé formant le presbyterium de l'évêque. Cette disposition offre beaucoup d'analogie avec les logements des prêtres élevés autour des temples antiques de l'Egypte, de la Grèce et de Rome, ainsi que du temple de Salomon ; elle est aussi assez conforme au plan du presbyterium de Strasbourg, publié par Specklin. Toutes ces cellules sont fabriquées avec des tombeaux romains enlevés à une grande voie antique, tracée dans le voisinage.

L'âge de ce monument, si complet pour éclairer l'origine des monas'teria clericoram, est bien déterminé par le style antique de ses dispositions générales, comme par celui de sa

mosaïque, des fragments de sculpture chrétienne, découverts par M. L. Renier, de l'appareil des matériaux employés à la construction des portes ainsi qu'à celle des murailles en général, puis des voûtes, aujourd'hui renversées; enfin, par l'emploi de tombeaux romains pour la bâtisse des cellules. Quant à la date approximative de la construction , elle ressort de la position même de l'édifice; son importance, comme église épiscopale, dut la faire établir au milieu delà population de Théveste: ainsi avaient été placées les basiliques d'Hippone, de Constantine, de Carthage, etc. A l'époque de la guerre des Vandales, Salomon, général de Justinien, défendant cette partie de l'empire contre l'invasion, réduisit considérablement la ville de Théveste, en élevant les murailles remarquables qui se voient aujourd'hui à Tébessa, et qui portent des inscriptions gravées indiquant l'auteur de ces constructions. Le général byzantin , en resserrant ainsi la ville dans une enceinte qui n'en faisait plus, en quelque sorte, qu'une citadelle, laissa en dehors l'église épiscopale, trop éloignée du centre pour y être enveloppée , et construisit deux églises plus restreintes , qui existent encore en partie et dont le style est autre que celui de la grande basilique. On doit donc considérer celle-ci comme antérieure à la guerre des Vandales; les arts qui contribuèrent à sa décoration sont ceux de l'antiquité, peu modifiés encore par les premiers essais de l'art chrétien; la disposition du presbyterium est celle que conçut saint Augustin à la fin du ivc siècle, et qui fut adoptée particulièrement en Afrique. On doit donc voir dans ce monument un exemple de cathédrale complète, qui serait contemporaine, ou à peu près, de l'évêque d'Hippone.

A l'intérêt que présente la basilique de Théveste, eu égard a son importance, à son antiquité, à son presbyterium , se joint

celui d'avoir évidemment été la cathédrale de la ville. Déjà l'habitation de l'évêque, au milieu de son clergé, le baptistère, la grande étendue de l'enceinte générale, avaient pu le faire entrevoir; mais la confirmation ressort de ce que disent de Cartilage, Procope et Victor Vitensis : le premier, en racontant la guerre des Vandales, et le second, leurs persécutions contre l'Eglise. La cathédrale de Carthage était située sur le forum maritime (Procop. Bell. Vand. II, i4); elle contenait l'habitation des évêques, et, de plus, un prcsbyterium : (Gensericus) « pulso episcopo, cum clero venerabili dicto ecclesiam nomine Restitutam in qua semper episcopi commanebant, suae religioni mancipavit. » (Victor Vitens. Persec. Vand. I, 3.) Saint Augustin prêcha plusieurs fois dans cette basilique [Serm. 34, i 65 , 2 58, 294); elle était surnommée la grande, Majorent, et devait son nom au tombeau de sainte Perpétue, comme nous l'apprend Victor Vitensis [Persec. Vand. I, 3 et p. 106).

Carthage renfermait vingt et une basiliques; mais, comme celles qui se voient encore en Italie et en Orient, elles n'avaient point de monastères de clercs; celle de Perpétua restituta, seule, en possédait un; elle était surnommée la Grande et placée sur le forum; elle offrait, en outre, l'habitation des évêques; nulle autre ne pouvait être la cathédrale.

Au milieu du vme siècle, Chrodegand, évêque de Metz, tira, en partie, de la règle de saint Benoît celle qu'il imposa aux chanoines. Ils devaient vivre dans un cloître interdit aux femmes et aux laïques, se lever pour chanter matines, remplir la journée par les offices ; ils sortaient à certaines heures, et rentraient le soir; les repas étaient pris en commun dans un réfectoire; l'évêque présidait à la vie commune et la j>arlagcait. Il fallut construire des maisons religieuses en rapport avec la règle nouvelle; elles offrirent de l'analogie seulement

avec les lieux réguliers des monastères, car elles ne contenaient qu'une faible partie des nombreuses déj)endances renfermées dans l'enceinte des abbayes; resserrées ordinairement entre les rues nombreuses qui avoisinaient les cathédrales, ces maisons présentaient le plus souvent:

i° Des constructions militaires défendant les abords;

2° Un cloître donnant accès, par un de ses promenoirs, à la cathédrale ou à la collégiale;

3° Une ou plusieurs chapelles canoniales;

4° Une salle d'assemblée pour le chapitre ;

5° L'habitation des chanoines distribuée en cellules d'abord, plus tard en dortoirs, puis en petites maisons isolées ;

6° Un réfectoire ;

7° Des greniers et celliers;

8° Des écoles;

9° Des dépendances pour loger les chantres, musiciens et bas officiers de l'église ;

io° Une bibliothèque et des archives; 1 1° Une salle des comptes et contrôles; 12° Un tribunal ou officialité; i3° Une prison et lieux patibulaires; 1 4° Un cimetière ;

1 5° Des propriétés en dehors de l'enceinte.

Au xe siècle, dans les villes où il n'y avait pas d'évêque, des chapitres se formèrent sous le nom de collégiales. Moins importantes que les premières, ces maisons canoniales contenaient cependant, en grande partie, les divisions qui viennent d'être établies.

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