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A. FOSSÉS, MURS, TOURS, ECHAUGUETTES , TRAVAUX AVANCES

Les monastères de l'Egypte furent construits, dès l'origine, de manière à offrir au besoin des moyens de défense comme de petites forteresses. Les murs extérieurs du couvent Blanc sont en glacis, à l'instar de ceux des édifices antiques de cette contrée; M. Denon, en le décrivant, dit qu'avec un mâchicoulis sur les portes et quelques pièces de canon sur les murailles on s'y défendrait très-bien l. Sur les bords du lac de Nation, les monastères présentent des murailles sans ouvertures; au dedans de l'enceinte s'élève une espèce de petit fort entouré de fossés, avec un pont-levis: c'est là que les moines se retirent quand les Arabes parviennent à forcer la première muraille 2. Sur le mont Athos, les monastères grecs ressemblent aussi à des châteaux forts : ils sont entourés de murailles crénelées et de tours; on n'y entre qu'après avoir franchi plusieurs défilés coupés en zigzag. Au point le moins accessible s'élève une tour plus haute que les autres, qu'on appelle la grande tour, c'est le donjon 5. Indépendamment de leurs fortifications, les religieux de f Athos possèdent, en dehors de l'enceinte des monastères, un arsenal où ils renferment les armes et les agrès de leurs petits navires4.

En Occident, les fondateurs paraissent avoir négligé originairement et durant toute la période mérovingienne, les moyens de défense employés d'abord par les Orientaux. Toutes les anciennes maisons religieuses de l'Italie présentent de simples murailles sans fortifications; il en fut de même en France

1 Denon, Voyuge dans la basse et haute Egypte.

2 Sonnini, Voyage dans la basse et haute Egypte.

Didron , Voyage au mont Athos. — Annales, i8/|6, p. i38. Voir le dessin du Rossicon, n° 20.

ARCHITECTURE MONASTIQUE. 57 et dans le Nord : le peu de résistance que les Normands trouvèrent à la porte de nos monastères et le plan de l'abbaye de Saint-Gall le prouvent suffisamment. Ce ne fut donc qu'après la retraite de ces dévastateurs qu'on songea sérieusement à se fortifier.

De ce moment, lorsque les limites d'un monastère étaient déterminées, on creusait un fossé dans toute leur étendue, si la maison religieuse était située de manière à être exposée à des attaques; les murailles s'élevaient au delà. H y a des exemples de fossés établis longtemps après la fondation de la maison religieuse, et pour se préparer contre des événements imprévus d'abord: c'est ce qui arriva à l'égard de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, dont Charles V fit fortifier l'enceinte par de nouvelles constructions et par des fossés plus étendus, lorsqu'il se disposait à faire la guerre aux Anglais, en 1 368. L'abbaye était située, à cette époque, en dehors de l'enceinte de ville élevée sous Philippe- Auguste. On trouvera, dans les Instructions du comité des arts et monuments relatives à l'architecture militaire, quelles étaient les diverses conditions que devaient présenter les fossés de défense pendant le moyen âge.

Les murailles fortifiées qui s'élevaient autour des monastères, ne présentant pas la même importance militaire que les enceintes des villes ou des châteaux forts, étaient d'une épaisseur beaucoup moindre , qu'elles fussent ou non précédées d'un fossé; ce n'était généralement qu'un bon mur en pierres surmonté de créneaux; de nombreux contre-forts en consolidaient la construction, soit en dedans, soit en dehors de l'enceinte. Nous donnons ici le dessin d'une partie de la muraille septentrionale du monastère de Maubuisson, situé auprès de Pontoise; elle est soutenue par des contre-forts.

]\° 3 1 . Enceinte de Maubuisson.

Quelques tours principales, généralement cylindriques, et situées aux angles saillants ou rentrants, pouvaient recevoir des hommes d'armes en cas d'attaque; des tournelles ou échauguettes étaient distribuées sur l'étendue des murailles. Les tours situées aux angles de l'enceinte de Maubuisson et dont nous donnons ici des dessins font voir comment on pouvait s'y placer pour la défense, ou pour faire le guet. La porte d'entrée, pratiquée dans l'angle rentrant des deux murs, donne accès à un escalier à vis conduisant à une plate-forme disposée de manière à permettre d'approcher des ouvertures percées au sommet de la tour. Deux de ces baies sont dirigées dans le sens des murailles, pour que l'œil puisse en parcourir toute l'étendue; la troisième est ouverte sur la campagne.

N° 32. Tour de l'enceinte de Maubuisson.

On voit encore à Sept-Foncls, en Bourbonnais, abbaye cistercienne du xne siècle, un mur d'enceinte assez complet, quoique modernisé. Il présente des tourn elles situées à des distances irrégulières. Au xmc siècle ce système de fortifications était en usage; Mathieu de Vendôme, abbé de Saint-Denis, fit faire une enceinte composée de bonnes murailles portant

de petites tournelles, en 1 28 1 Dans les fortifications des monastères, comme dans celles des villes, les tours prirent toutes les formes nécessitées par la défense : on en voit dont le plan est un carré, un polygone, ou toute autre figure géométrique. Nous renvoyons au volume des Instructions militaires précédemment publiées par le comité des arts.

Le plan du prieuré de Saint-Martin-des-Champs, à Paris, dont nous donnons la gravure page ^9, présente de nombreuses tours rondes situées sur l'étendue des murailles. A chacun des quatre angles s'élève une tour plus grosse que les autres, et accompagnée d une tournelle contenant un escalier qui servait à monter aux courtines. On voit encore rue Saint- Martin une de ces constructions protégeant les angles de l'enceinte; à l'est de cette tour, une des tournelles qui étaient distribuées dans la longueur de la muraille septentrionale s'élève au fond d'une propriété de la rue du Vert-Bois , et se présente du côté intérieur de la muraille du prieuré, devenu le Conservatoire des arts et métiers, comme elle est figurée à la page suivante au n° 34. Une coupe de la muraille d'enceinte, jointe au dessin , fait connaître les dimensions des créneaux et celles du chemin de ronde sur lequel on pouvait faire le tour du monastère en traversant toutes les tournelles.

N° 33. Fragment conservé de l'enceinte de Saint-Martin-des-Champs.

Dom Félibien, p. 253, Histoire de l'abbaye de Saint-Denis.

N° ZU. Tournelle de Saint-Martin-des-Champs, à Paris

Ici sont reproduits, d'après le Monasticon Gallicanum, deux enceintes : i° du prieuré de femmes situé à Argenteuil, auprès

de Paris; on y voit une tour ronde contre laquelle s'appuient les murailles crénelées; au delà est un contre-fort s'élevant plus haut que les nierions.

N° 35. Enceinte du prieuré d'Argenteuil.

2° Le second fragment appartient au grand monastère de Marmoutier, auprès de Tours, fondé par saint Martin; il présente des échauguettes ou tournelles qui ne descendaient pas jusqu'au sol, et étaient portées par des contre-forts.

N° 36. Enceinte de Marmoutier.

ARCHITECTURE MONASTIQUE. 63 Des bâtiments de dépendances s'élevaient fréquemment contre l'enceinte des monastères, nous en donnons ici un exemple.

N° 37. Constructions appuyées contre le mur d'enceinle fortifié.

Les tours situées sur l'enceinte des monastères de l'Orient, et particulièrement du mont Athos, sont très-importantes par leur construction; elles peuvent recevoir de l'artillerie; chacune d'elles est placée sous la protection, soit de la Vierge, des Archanges ou des Apôtres, soit de quelque saint ou martyr particulier à la Grèce, tels que saint Spiridion, saint Denis l'Aréopagite, saint Constantin, saint Démétrius. Ordinairement la plus importante et la plus élevée de ces constructions est consacrée aux Archanges et, comme dans les clochers de Saint- Gall et de plus d'une abbaye du moyen âge, on leur éleva des autels au sommet de ces tours. On pourrait peut-être retrouver quelques traces de cet usage dans les monastères de la France, l'Orient ayant conservé les traditions anciennes.

Nous avons indiqué, à la page 56, que les monastères de l'Egypte, de la Grèce et du mont Athos, présentent sur leur enceinte ou vers le milieu da terrain qu'elle enveloppe, une

lour principale servant de retraite en cas d'attaque, et analogue au donjon des châteaux et des places fortes; les fondateurs des maisons religieuses de l'Occident prenaient de même, dans certaines localités, de pareilles précautions militaires : ce fut particulièrement pour les monastères construits à proximité des côtes maritimes, et exposés, durant tout le moyen âge, aux pirateries des Sarrasins et des Barbaresques, qu'on se protégea de la sorte contre les surprises.

Un donjon remarquable fut construit en 1088 par Aldebert II, abbé du monastère de Saint- Honorât, dans l'île de Lérins, pour garantir cette maison des corsaires. Ce donjon avait la forme d'une haute et grosse tour bâtie sur le rocher; les pierres étaient taillées en pointe de diamant. Situé au midi de la maison religieuse, il présentait d'abord un corps de garde établi auprès d'une première porte; une seconde clôture menait à un escalier, au bout duquel un pont-levis précédait la grande porte de la tour. Là se présentait un escalier étroit et obscur au sommet duquel un palier donnait entrée, à gauche, au logement des soldats, à droite, à des habitations de religieux, disposées sans doute pour les réunir en cas d'attaque; on pouvait, du premier étage, communiquera l'église du monastère. Un second étage contenait le .dortoir, puis la bibliothèque. Quatre-vingts chambres, avec un cabinet chacune, étaient disposées dans cette tour, ainsi que des caves, des cuisines et offices , puis des greniers surmontés d'une plate-forme de défense sur laquelle on mit plus tard des pièces de canon. Les logements des soldats n'avaient nulle communication avec ceux des religieux, de sorte qu'ils ne pouvaient se gêner réciproquement.

Les monastères situés dans les pays montueux pouvaient être protégés, sur une partie de leur enceinte, par des escar-

pements naturels; mais là où le terrain aplani devenait facilement accessible, on plaçait un donjon, comme celui que nous venons de citer, ou un castillet, petit château fort plus complet qu'une simple tour. On voit aux environs de Pithiviers, à Yeure-le-Châtel, les restes du prieuré de Saint-Gault, qui était ainsi protégé à la partie faible de son enceinte. #

Lorsqu'une guerre menaçait le pays où étaient situées les maisons religieuses , on armait leurs fortifications comme on le faisait pour les villes. Des hourds étaient établis sur le sommet des tours ; nous en reproduisons deux exemples d'après un ancien dessin de François Stella ; il représente l'abbaye de la Bénissons-Dieu , fondée par saint Bernard dans le Forez, diocèse de Lyon, auprès de Roanne.

N° 38. Abbaye de la Bénissons-Dieu.

insthuctions. — n . 9

N° 39. Tour de la Bénissons-Dieu.

On trouve dans le dictionnaire de Jean de Garlande, écrit au xme siècle, un article n° XLVIII qui s'applique aux travaux qui se faisaient aux fortifications en temps de guerre. Il parle

du siège de Toulouse, et dit : Vidi turres et propugnacula

tabiilata et craticula ex cratibus crecta : «J'ai vu des tours et des remparts planchéiés, et des parapets doublés et fabriqués avec des claies. »

Dans les deux dessins qui précèdent, les hourds sont construits en charpente, les bois disposés en croix devaient servir à clouer les planches dont parle Jean de Garlande, pour former au sommet des tours un rempart suffisant contre les traits des assaillants, et qu'on pouvait réparer promptement et

ARCHITECTURE MONASTIQUE. 67 d'une manière plus facile que de la maçonnerie. Nous renvoyons pour plus de détails aux Instructions d'Architecture militaire publiées par le comité des arts.

Devant la porte des abbayes, on établissait quelquefois des constructions militaires avancées, de manière à rendre plus difficile l'approche des assaillants, comme on l'aurait . fait devant une place de guerre : c'étaient des barbacanes précédant les fossés et les ponts-levis, et qui, en cas d'attaque, devaient donner le temps de se mettre en défense et de fermer les portes. On voyait un exemple remarquable de ces premiers travaux militaires à Saint -Jean -des -Vignes, à Soissons. Cette maison de chanoines réguliers, qui était située auprès des fortifications de la ville, intra muros, devait sans doute à cette position les nombreuses constructions militaires qui la défendaient : ainsi, après avoir dépassé la barbacane, on avait à franchir deux portes ou bastilles très -rapprochées l'une de l'autre, et fortifiées avec soin; ces ouvertures, placées dans un angle rentrant, étaient encore protégées par les murailles crénelées du voisinage, et par de nombreuses tourelles placées sur les contre-forts répartis dans leur étendue. Les barbacanes avaient aussi pour but de mettre à couvert un point important, situé à peu de distance des murs, un pont par exemple. On lit dans Joinville, page 122: « Le Roy fit faire une barbacane devant le poncel, en manière qu'on pouvoit entrer dedans par

deux côtés tout à cheval etc. » La barbacane dont nous

donnons ici le dessin protège un poncel ou petit pont. (Voir, à la page suivante, le dessin n° 4o.) Ces constructions avancées qu'on établissait au moyen âge en avant d'une place équivalaient aux travaux qu'on nomme tête de pont, demi-hme dans les fortifications modernes.

N" ko. Barbacane à Saint-Jean-des-Vignes , a Soissons.

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