‹ Architecture monastique (volume 2)Chapitre 20 sur 193 · ORATOIRE, ORATOR1UM ; BASILIQUE, BASILICA, ECCLES1A · texte numérisé non relu

ORATOIRE, ORATOR1UM ; BASILIQUE, BASILICA, ECCLES1A

Durant les premiers siècles de l'Eglise, les édifices destinés au culte se divisaient en plusieurs classes, établies chacune sur une destination spéciale2: on nommait oratoires, oratoria , les édicules consacrés à la prière; temples, tcmpla, les monuments où l'on offrait à Dieu le saint sacrifice; basiliques, basilicœ, memoriœ, les édifices élevés sur les restes mortels des martyrs3; églises, ecclesiœ , du grec èKxkrjo-ia, , assemblée, ceux qui servaient à réunir les fidèles pour entendre la parole de Dieu. Les moines n'élevèrent d'abord que des oratoires, puis, lorsqu'ils remplacèrent ces chapelles par des édifices plus étendus et plus durables, ils les nommèrent basiliques11.

Les chartes et autres actes du moyen âge désignent quelquefois l'église des monastères, comme la maison religieuse elle-même, par les mots cœnobinm, monasterium , moustier5; on les y trouve aussi pour indiquer une église collégiale ou une

1 Histoire de l'Abbaye de Saint- Bar tin., préface du Carlulaire publié par M. Guérard, Paris, i84o.

1 Bellarmin, de Cultu sanct. t. II, liv. III, ch. iv. ' Du Cange, de Lege salica, 1. 1 , p. i83.

" D. Martenne, Voy. litt. t. II, p. i3; Mabill. Œuvres posth. t. II, p. 357; D. Bouquet, t. II , p. 20/t.

5 Usus monasterii Sancti Germani a Pralis, par l'abbé Guillaume III.

paroisse l. On voit des exemples de ces dénominations sur les monuments eux-mêmes : le beau linteau de la porte de l'église de Saint-Genies de Fontayes, dans les Pyrénées-Orientales, le démontre par son inscription.

ORATOIRES, ORATORIA.

Les solitaires réservaient dans les grottes où ils avaient fixé leur demeure un réduit pour la prière. Lorsque les populations accoururent aux ermitages, on y construisit de petites chapelles : nous en avons donné un exemple ancien, qui se voit encore auprès de Fontenelle. (Voir la planche 9, p. 9.)

Les premiers moines, quand ils s'établirent aussi dans des cavernes, y choisirent un lieu convenable à la prière commune. S'ils creusaient de leurs mains d'étroites cellules dans les roches calcaires , comme le firent sur les escarpements de la Loire les religieux guidés par saint Martin de Tours, ils pouvaient disposer eux-mêmes leur oratoire souterrain; les bords de la Creuse en conservent un parmi les excavations que firent les moines qui fondèrent au xne siècle l'abbaye de Fontgombaud.

On voit à Sutri un oratoire à trois nefs, entièrement creusé dans le roc : nous en donnons le plan.

N° 58. Plan de l'Oratoire de Sutri.

1 Charte du roi Robert, Archives de Sainte-Geneviève et Cerisier de fol. 87.

ARCHITECTURE MONASTIQUE. 89 Bientôt les aumônes permirent d'élever auprès de ces grottes de simples et étroites chapelles qui furent, avec celles qu'on établit au milieu des laures , les premières églises monastiques. Généralement, des matériaux sans valeur formèrent les murailles de ces édifices; plus tard on les rétablit d'une façon plus durable, mais encore généralement sur des proportions peu étendues. Il suffit de lire l'histoire de la plupart des abbayes anciennes pour se convaincre de la progression successive que suivirent les constructions d'églises abbatiales : le célèbre monastère de Saint-Denis, par exemple, première abbaye de France, commença par un oratoire qu'éleva sainte Geneviève; on le remplaça par une église sous Dagobert : les proportions s'étendirent encore lorsque Pépin et Charlemagne la reconstruisirent; au xnc siècle, l'abbé Suger trouvait ce troisième édifice si insuffisant, qu'aux solennités religieuses les fidèles s'y pressaient de manière à troubler le service divin ; il l'agrandit considérablement, et comme nous le voyons aujourd'hui.

Ces agrandissements progressifs des temples suivaient la marche des développements du christianisme; cela est si vrai , qu'après les luttes de l'Eglise, après les invasions et les déchirements politiques qui en furent la conséquence, lorsque la société monastique fut bien assise, on ne vit plus cette progression lente dans le développement des édifices religieux; les moines ou les princes furent assez riches alors, assez puissants pour élever d'immenses abbatiales du premier jet, et dès la fondation des maisons religieuses, ou bien en remplacement des premiers oratoires.

On voit en France et en Italie quelques restes d'anciennes chapelles monastiques. L'un des plus curieux de ces monuments, qui date du vme siècle, est celui des .Bénédictins de

INSTRUCTIONS. Il 12

Cividale du Frioul1 ; l'abbaye de Jumiége en Normandie possède, auprès des ruines de l'abbatiale, une église secondaire dédiée à saint Pierre, et dont la partie antérieure paraît avoir été l'ancien oratoire de la maison. Des fouilles opérées il y a vingt ans, derrière l'abbatiale de Saint-Bertin à Saint-Omer, mirent à découvert la cbapelle ancienne de cette maison célèbre. On conservait religieusement à Cîteaux le premier oratoire de l'abbaye; il avait cinq mètres de largeur, le chœur n'avait que dix mètres de long 2 ; l'antique église abbatiale de Saint-Quinin de Vaison n'est qu'une chapelle. A Fontgombaud, l'oratoire de Saint-Julien, bâti par Pierre de l'Etoile, premier abbé, est dans les mêmes conditions que les précédentes chapelles

Le plan des premiers oratoires ne présentait, en général, qu'une seule nef, terminée à l'orient par une apside ou niche semi-circulaire au fond de laquelle on plaçait l'autel ; les oratoires de Cividale du Frioul et de l'abbaye de Saint-Bertin se terminent carrément à l'est. L'ensemble de ces petits édifices formait un rectangle ; quelquefois ils étaient construits en croix comme celui de Saint-Saturnin, à l'ermitage de Fontenelle. (Voir la planche 9, p. 9.)

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