B. PLANS DES ÉGLISES
Irc disposition. — Aux premiers siècles de l'Église, les Occidentaux possédaient, en présence même du paganisme, des lieux destinés à leurs réunions religieuses 1 ; ils commencèrent à y créer leur architecture sacrée , en pliant à leurs convenances l'art des anciens, comme on l'a vu dans les précédents chapitres. En Orient il en fut de même, et là, comme en Italie, c'était avec leurs deniers qu'ils élevaient des temples 2 : ainsi furent construites les églises de Nicomédie, de Néocésarée et tant d'autres, ce que la petite basilique des premiers siècles chrétiens, découverte àD'jémilah parla commission scientifique d'Algérie, confirme par les nombreuses inscriptions en mosaïque répandues dans les compartiments de son pavé, et qui portent les noms de ceux qui contribuèrent à son édification. Nous reproduisons, à la page suivante, une partie de ce beau pavé qui, par le style de sa composition, par celui des ornements qui l'encadrent, indique évidemment que la construction de l'édifice est antérieure au règne de Constantin, et probablement aussi à l'époque des persécutions contre les chrétiens. La commission d'Algérie l'a fait connaître d'une manière complète en publiant des détails en grand et coloriés.
1 Lampridius, Vita Alexandn Serai . p. 129. * S. Gregor. Nyssen.
Les emplacements qu'occupaient les églises aux lieux les plus apparents de ces villes , devant les palais des empereurs et des préfets1, indiquent assez qu'elles étaient construites avec luxe et sur des proportions étendues2. Elles étaient disposées d'abord comme les basiliques latines; le bois jouait un grand rôle dans leur construction, car, dans la première des trois villes que nous venons de citer, Dioclétien et Galerius , craignant de causer un incendie général en brûlant l'église, se contentèrent de la démolir3. La basilique de D'jémilah a été retrouvée sous des monceaux de cendres et de charbon indiquant qu'elle était couverte en bois, comme toutes celles de l'Occident ; et lorsque Constantin , donnant la liberté à l'Eglise, transporta le siège de l'empire à Byzance, les premiers temples qu'il éleva en Orient furent imités encore des basiliques païennes et des synagogues : l'empereur, consacrant dans sa nouvelle capitale une église à la sagesse divine , la fit construire sur un plan allongé; elle fut incendiée dans une sédition du cirque; les nefs étaient couvertes en bois4. Celle de Saint-Jean-Studius, qui se voit encore à Constantinople, est ainsi disposée. Les grandes églises de Salonique, de Bethléem, du mont Sinaï, sont distribuées de la sorte, et les Grecs modernes reviennent à cette forme pour les temples qu'ils élèvent dans leurs villes renaissantes.
' Lactant. De moribus persecutor. n° 12.
' Apud omnes Graecos pariter et barbaros ante persecutionera quis numerum
ecclesiarum in singulis urbibus , quis illustres populorum concursus in aedibus sacris cumulate possit describere? Quo factum est ut priscis œdificiis jam non contenti, in singulis urbibus spatiosas ab ipsis fundamentis extruerent ecclesias. (Eusèbe, Hist. ecclésiast. liv. VIII, c. 1.)
3 Lactant. loc. cit.
/Edis forma dromica fuit : hpoptxàv dictum videlur a stadiis cursoriis, quœ in majorera longitudinem quam latitudinem porriguntur. (Codinus, Descript. Sanctee Sophiœ.)
Nous devons mentionner ici quelques différences qui distinguent certaines basiliques de l'Orient de celles qu'on élevait dans nos contrées : celle de D'jémilah, qui, en raison du beau style de ses mosaïques, doit être antérieure au règne de Constantin, et a dû être brûlée pendant les persécutions de l'Église , est dépourvue des porches extérieur et intérieur; l'entrée est latérale; la clôture du sanctuaire était une haute construction solide contre laquelle venaient s'appuyer les architraves des colonnes : c'était une véritable cella dans l'édifice même. On n'y voit aucune trace de sacristie ni d'abside.
N° i5g. Plan de la basilique de D'jémilah.
Les temples de Salonique présentent en général un porche extérieur, ou exo-narthex, et un portique intérieur, éso-nar-
thex, ce qu'on ne voyait pas aux basiliques d'Occident, qui n'avaient ordinairement que l'un ou l'autre. Nous avons recueilli à Athènes le plan d'une basilique en ruine, dans laquelle les colonnes qui séparent ordinairement les nefs étaient remplacées par des murs longitudinaux; on y avait pratiqué des portes de communication et des fenêtres, de sorte que les trois nefs formaient pour ainsi dire autant d'églises distinctes sous un même toit. Ces salles latérales et closes étaient peut-être destinées aux femmes : on voit ainsi une nef particulière servant de gyneconitis à la kapnicarea d'Athènes.
N° 160. Basilique à Athènes.
pi
Mais bientôt, et dès le règne de Constantin , des idées nouvelles firent modifier, en Orient, la forme des édifices sacrés : durant une période assez longue on les éleva sur des plans circulaires ou en polygones. La Syrie donna l'exemple lorsque l'empereur et Hélène sa mère y firent élever des temples sur les lieux les plus célèbres par la vie du Christ. La douzième année de son règne , Constantin en fit construire d'analogues dans une partie des provinces orientales de l'empire1; Rome
1 Euseb. De (édifie, a Constantino conslructis.
même eut les siens1. Nous chercherons quelle fut l'origine de cette innovation et l'influence qu'elle dut exercer sur l'architecture chrétienne de l'Orient, qui, de ce moment, se caractérisa et prit une physionomie particulière, due à l'emploi général des dômes et des voûtes , en remplacement des toits et des plafonds des Latins, immense pas dans la voie de progrès que se traçait déjà l'architecture chrétienne. On verra plus loin qu'une partie du symbolisme qui se développa dans nos temples, ainsi que de nombreuses formes adoptées dans les détails de la décoration architecturale de l'Occident, sont dues à l'art byzantin, que nous nous proposons d'examiner ici.
Sainte Hélène fonda sur le mont des Oliviers, à Jérusalem, la grande église de l'Ascension , à l'endroit même où la tradition voulait que le Christ eût quitté la terre. Ce monument était circulaire, comme l'indiquent les récits des auteurs et le plan dessiné sur des tablettes de cire, au vne siècle, par l'évêque Arculfe, et gravé dans les Annales des Bénédictins2. Sur le sol étaient précieusement conservées, sous un immense
1 Les églises de Sainte-Constance et des saints Marcellin et Pierre. (Torre Pignaltara.)
2 Actasanct. ord. sancl. Bened. ui° siècle, p. 2. « In loto monte Oliveli nullus alius locus altior esse videtur illo, de quo Dominus ad cœlos adscendisse traditur, ubi grandis ecclesia stat rotunda, ternas per circuitum cameratas habens porticus desuper teclas. Cujus videlicet rotundœ ecclesiae interior domus sine tecto et sine caméra , ad cœlum sub aere nudo aperta patet, in cujus orienlali parle altare sub angusto proteclum tecto construclum extal. Ideo itaque interior illa domus cameram supra collocatam non habet, ul de illo loco in quo postremum divina inslilerent vestigia, cum in cœlum Dominus in nube sublevatus est, via semper aperta et ad œthera cœlorum direcla oculis in eodem loco exorantium paleat..... in loco vesligiorum Domini, area grandis per circuitum
rota desuper explanala collocata est in cujus medietate non parva patet pertusura,
per quam desuper aperlam, vestigia pedum Domini plane et lucide impressa in pulvere
demonstrantur » etc. Le voyageur décrit ensuite les lampes qui sont tracées sur son
plan, et qui éclairaient jour et nuit les vestiges des pas du Seigneur, ainsi que la ville de Jérusalem, à travers les fenêtres vitrées devant lesquelles on les avait fait suspendre. (Voir la Revue d'arcbiteclure , année 1 85 1 . A. Lenoir.
teyimen en bronze, les dernières empreintes des pieds du Christ. Cet édifice, entièrement ouvert à son sommet, comme les temples hypèthres des anciens, laissait voir la voûte céleste, et, comme le dit l évêque de Jérusalem Cyrille « c'était la porte par laquelle le Sauveur s'était élevé au ciel. »
Ce triomphe du Christ dans la voûte éthérée, ce temple circulaire qui encadrait le lieu même où la tradition plaçait ce triomphe, durent produire sur les imaginations orientales un effet si neuf, si saisissant, que dès lors tous les temples chrétiens de ces régions s'élevèrent sur des plans analogues, et conçus de manière à porter un dôme immense sur lequel la peinture ou la mosaïque figurèrent le Christ triomphant entouré des anges. Le dôme de l'église de Saint-George à Constantinople offrait la représentation de Jésus-Christ quand il monta au ciel2. La belle mosaïque byzantine exécutée à Salonique, dans le dôme de l'église de Sainte-Sophie, représente la
1 Cyrill. in Catcchum. \[\.
2 Buy Gonzalez de Clavijo, Revue d'architecture, i8li\, par C. Daly, 170.
figure colossale de Jésus dans une gloire soutenue par deux anges aux ailes déployées; on lit, au-dessous, ces mots en
caractères grecs : «Hommes de Galilée ce Jésus qui, en
vous quittant, s'est élevé dans le ciel, viendra de la même sorte que vous l'y avez vu monter '. »
De nombreux temples circulaires ou en polygone s'élevèrent donc de ce moment dans tout l'empire oriental; les plus célèbres étaient : l'église de la Vierge, dans la vallée de Josaphat'2 ; le Temple d'or, à, Antioclie, dédié aussi à la Vierge3; l'église de l'Ascension, sur le mont des Oliviers. On voit encore à Salonique l'église de Saint-George, construite par Constantin, l'une de celles qu'il éleva dans tout l'empire'1 (voir la pl. 162). A Rome , les églises de Sainte-Constance et des saints Marcellin et Pierre [Torre Pujnattara) furent construites de même par l'empereur. Jusqu'aux premières années du'règne de Justinien, des temples ainsi conçus furent élevés dans la capitale de l'empire, comme l'indiquent les descriptions de Procope5 et d'anciens voyageurs0. Cet auteur cite les églises monastiques de Saint- Jean èv ÈêSôfLcp et de Sainte-Marie Péribolique, que Clavijo décrit ainsi : « Le corps de l'église de Saint-Jean est comme une grande salle ronde, et au-dessus un dôme très-élevé, etc. Le corps de l'église de Sainte-Marie Péribolique est une salle ronde et haute. » Saint Arculfe cite plusieurs églises circulaires
1 Bulletin du comité des Arts , 1 848 , 5e n", Description de M. C. Texier. ' Acta sanct. ord. sanct. Bened 111e siècle, part. 1.
1 Eusèbe, liv. III, c. l.« Templum aureum; interius vero basilicam ipsam ad summani altifudinem erexit, ligura quidem oclaedri constructam , plurimis vero circumquaque cubiculis et exhaedris , et lam subterraneis locis quam solariis circumdatam. » Abulpharega, p. 85 de l'Histoire universelle. « Struxit Anliochae templum octogonum, nomine Bealae Virginis »
4 Bulletin du comité des Arts, i848, 5e n°. Ch. Texier.
" L'église monastique de Saint-Jean ev Éihàfict). Procop. De œdijiciïs, lib. 1, c. vin. ' Ruy Gonz. de Clavijo, Rev. d'archit. 184i. Constantinople en 1403, par M. Mérimée.
dans la même ville de Constantinople1. Nous avons recueilli à Athènes le plan d'une église octogone à exèdres dédiée aux Apôtres, et conçue dans la première pensée byzantine.
N° 162. Eglise de S'-George à Salonique. N° 1 63. Eglise des Saints-Apôtres à Athènes.
2e disposition. — Les cfirétiens orientaux reconnurent bientôt combien un édifice entièrement circulaire ou en polygone était incomplet pour réunir la foule des fidèles dune manière commode, car on voit Constantin lui-même y apporter des modifications : en effet, ce prince, élevant un temple [œdem) sur le tombeau de Jésus-Christ, lui donna la forme circulaire, mais il y ajouta une basilique [basilicam) : les expressions d'Eusèbe ne laissent aucun doute à cet égard2; le plan dessiné par saint Arculfe, au vne siècle, indique cette construction accessoire3; c'est encore aujourd'hui la disposition de l'église du Saint- Sépulcre. (Voir le plan de saint Arculfe, n° i64.)
1 « Ejusdem civilalis rolunda mirae magnitudinis lapidea ecclesia, etc. » [Voyage de saint Arculfe. Ann. O. S. Bened. 111e siècle, p. 2.)
2 Euseb. in Oratione de laudibus Constantini, c. ix : « In provincia Paleslina, apud civitatem quae Hebraeorum regia quondam fuit sedes, in ipso urbis meditullio, ad locum Dominici sepulcri, basilicam immensœ ampli t udinis , et œdem sacram in honorera sanctœ Crucis omni magnificentia; génère exornavit. »
s Voyage de saint Arculfe, Act. S. O. S. B. 111e siècle, 2e p.
N° 1 64- Plan de l'église du Saint-Sépulcre, à Jérusalem, tracé par saint Arculfe.
Plus tard, l'empereur, construisant à Constantinople le célèbre temple des Saints-Apôtres , dans lequel il fit préparer sa sépulture, lui donna, selon Grégoire de Naziance 1 etProcope2, la forme dune croix latine; il surmonta le sanctuaire d'un dôme, comme le fait entendre Eusèbe, qui décrit ce monument; enfin le topographe anonyme de Constantinople dit que la nef était couverte en bois. Il résulte de tous ces laits réunis que cette église, construite dans son ensemble sur les données des grandes basiliques latines, présentait avec elles cette différence qu'un dôme s'élevait au centre de la croix , au dessus du sanctuaire, pour rappeler le temple circulaire de l'Ascension à Jérusalem, et le triomphe du Christ. On voit encore à Salonique une église sous le vocable de Saint-Elie, et qui par sa disposition est analogue à celle des Saints-Apôtres; elle forme
1 Sonmium Anaslasiœ, carmen ix, t. II, p. 79.
5 Procop. De eediftciis Jusliniuni, p. i3, s'exprime ainsi : uHinc indu procunentia transversi spatii latera inter se aequalia sunt; spatii vero in direclum porrecti pars illa quae vergit ad Occidentem alteram supcrat quantum salis est ut figuram crucis elïicint »
une croix latine; quatre piliers voisins du sanctuaire portent une coupole élevée l.
L'adjonction du dôme à la basilique fut une cause de progrès pour l'art des Byzantins; placée au centre de la croix, la coupole nécessita la construction de quatre piliers épais pour la porter, on relia entre eux ces piliers par des arcs doubleaux et des pendentifs pour compléter les moyens de support direct; le poids du dôme conduisit à voûter les transepts, puis la nef principale , pour offrir contre les poussées une force suffisante et une liaison intime entre toutes les parties ; et ce besoin supprima les colonnades continues de la basilique latine. L'abandon des charpentes et des plafonds employés dans les églises d'Occident fut la conséquence de ces innovations obligées.
3e disposition. — Constantin avait adopté d'abord, en Orient, la forme latine, plus tard le cercle et le polygone; enfin il avait formé un ensemble réunissant ces combinaisons, et en avait constitué , ainsi qu'on vient de le voir, un nouveau plan d'église byzantine; ses successeurs apportèrent dans les formes une modification notable : la croix latine ou à longue branche fut abandonnée pour faire place à la croix grecque, dont les quatre parties sont égales; le symbolisme dut en être la première cause : la combinaison de quatre gamma, lettre de l'alphabet grec donnant le chiffre trois, formait une croix grecque qu'on nommait cjammada , et qui rappelait la Trinité. L'ancienne église construite autour du puits de la Samaritaine à Sichem, et qui fut dessinée par saint Arculfe au vne siècle, était disposée de la sorte. (Voir les nos 1 65 et 1 66. ) Ainsi, le dôme et la croix à branches égales, caractères distinctifs du temple chrétien de l'Orient, étaient deux symboles de foi, intimement liés l'un à l'autre.
1 Bull, du comité des Arts, i848 , 5e n". M. Ch. Texier.
N° 1 65. Gammada.
N° 166. Plan de l'église construite au-dessus du puits de la Samaritaine, tracé par saint Arculfe.
Le stylo byzantin devenant l'art particulier aux Grecs schismatiques, la modification du plan parut sans doute nécessaire pour l'exprimer. L'architecture d'Orient, après les essais de Constantin et de ses successeurs, prit, sous le règne de Justinien, la physionomie qui la distingue complètement de celle des chrétiens occidentaux. Ce dernier prince ayant construit des monastères sur toute l'étendue de l'empire, depuis Cartilage1 jusqu'à la mer Noire, de l'Asie Mineure à l'Adriatique, le système nouveau y prévalut.
On remarque d'abord , en examinant le plan des église?
1 Procop. Bell. Vand. II, 26.
construites au commencement de ce règne, que la partie centrale, surmontée de la coupole, est très-développée comparativement au reste de l'édifice : la cause en est dans le souvenir récent encore des temples circulaires ou en polygone de Constantin et d'Hélène, qui eurent pour première origine celui de l'Ascension, à Jérusalem. L'église de Saint-Vital, àRavenne1, et celle qu'on nomme la petite Sainte-Sophie, à Constantinople, jointe originairement à une maison religieuse, sont dans ce cas : la première s'élève sur un polygone rappelant le temple de la Vierge, à Antioche 2; les bas-côtés ne sont que d'étroites galeries. Le plan de la petite Sainte-Sophie, consacrée à Sergius et à Bacchus, et dont la construction précéda celle du grand temple de Constantinople chrétienne, offre déjà des dispositions transitoires qui permettent de suivre les progrès de l'art byzantin. Comme à l'église de Saint-Vital de Ravenne, la partie centrale est très-developpée, le polygone se retrouve dans la partie externe des piliers du dôme, des exèdres se courbent aux dépens des galeries latérales; mais déjà les murs qui enveloppent l'édifice forment un plan carré plus convenable qu'un polygone : amélioration importante pour la stabilité des constructions et pour leur aspect extérieur. Le narthex devient une salle longue occupant toute la largeur du temple, ets'ouvrant seulement par quelques arcades. (Voir le plan à la page suivante n° 167.) Quant à la croix grecque elle est exprimée dans le plan par les quatre ouvertures principales placées aux points cardinaux, c'est-à-dire : i° à l'entrée de la nef circulaire, 20 au fond, vers l'abside, *3° et 4° vers les galeries latérales.
1 Voir plus loin le plan au chapitre relatif à l'influence byzantine en Occident.
2 Euseb. loc. cit.
N° 167. Église de Sergius et Bacchus, à Constantinople.
Ce plan servit de base aux auteurs de celui de la grande église de Sainte-Sophie, qui n'en est qu'un développement; en effet , ce dernier présente d'abord à l'extérieur une masse carrée sur laquelle, à l'orient, l'abside forme une saillie semicirculaire; aux quatre angles sont tracées des salles irrégulières dans lesquelles pénètrent des exèdres : jusqu'ici l'analogie est complète. La nef de Sainte-Sophie est oblongue; elle porte une coupole centrale et deux demi- coupoles : là existe une différence qui est produite par la grande extension donnée dans le plan à deux salles carrées décorées de colonnes, et qui établissent à l'intérieur de l'édifice la forme d'une croix grecque. Sur le nouveau plan comme sur le premier, les narthex sont des salles longues occupant toute la largeur de l'édifice, disposition qui devint générale, comme on peut le voir sur le plan de l'église de Sainte-Sophie, placé à la page suivante, et sur les petits plans d'églises monastiques ou cléricales gravées aux nos 169, 170 et 171.
ÎN° 168. Plan de l'église de Sainte-Sophie.
Il est probable que les églises monastiques construites dans les premières années du règne de Justinien offraient de l'analogie avec celles que nous venons d'examiner : malheureusement elles ont été, comme celles des périodes antérieures, renouvelées pour la plupart à diverses époques, et les types primitifs disparurent pour faire place aux modifications qu'apporta chaque âge.
4e disposition. — Le règne de Justinien , si brillant pour l'architecture chrétienne, avait produit cependant, en raison de la nouveauté du style byzantin, des plans encore imparfaits; après lui les empereurs fondèrent de nombreuses églises monastiques ou cléricales : ces édifices furent distribués avec une connaissance plus approfondie des besoins du culte; de meilleures proportions s'établirent entre les diverses parties; les irrégularités qu'on remarque dans les précédentes églises disparurent pour faire place à une symétrie bien entendue, basée sur la bonne construction; puis on supprima les exèdres décorés de colonnes qui contribuaient à rompre la régularité
intérieure. Les sacristies, placées dans l'axe des nefs latérales ou près du sanctuaire, se terminèrent, à l'orient, par de petites absides saillantes ou prises dans l'épaisseur des murs, et conservant par leurs proportions une physionomie particulière à l'Orient.
N° 169. Catholicon, à Athènes. N° 170. Panagia Nicodimo, à Athènes.
p.vv.°I
Ce fut dans cette voie d'amélioration que furent dirigées les constructions religieuses des Grecs pendant toute la période qui sépare le règne de Justinien de la prise de Constantinople par les Turcs, au milieu du xve siècle; les églises de la plupart des monastères s'élevèrent ainsi disposées, et généralement par la main des religieux. Nous n'avons pu donner ici qu'un aperçu rapide de la grande variété que présentent les plans des églises monastiques de l'Orient, qui, bien que conçues dans un même système, offrent toujours entre elles des différences notables qui indiquent la fécondité de conception des Orientaux; et lors même que les conquêtes qui suivirent les croisades placèrent une partie de l'empire grec sous la dépendance de princes de l'Occident, ce système de distribution se reproduisit dans des églises de monastères évidemment élevées sous leur puissance; il suffit de visiter celles de la Vierge à Mistra auprès de Sparte, et de Daphni, sur la route d'Eleusis. Dans ce dernier monastère, qui appartint aux bénédictins, l'église, con-
trairement à l'usage adopté dans tous ceux de l'Orient, n'est point isolée , et le cloître qui s'appuie contre une de ses faces latérales, comme on le faisait en Occident, dénote que la maison religieuse a été reconstruite, sinon fondée, par les Vénitiens ou les princes français d'Athènes ; l'église, dont le porche a la forme latine, est néanmoins distribuée suivant le système oriental.
N° 171. Monastère de Daphni.
L'église du monastère de la Vierge, à Mistra, située auprès de l'enceinte de la maison religieuse, s'appuie contre une colline; le grand porche du nord, décoré de colonnes, et construit dans le système occidental, servait d'entrée aux hommes; les femmes arrivaient au gyneconitis, ou tribune du premier étage, par les escaliers pratiqués sur la colline.
N° 172. Église monastique de la Vierge, à Mistra.
Dans les derniers siècles, les chrétiens grecs ont renoncé généralement à disposer leurs églises comme le faisaient les Byzantins, et sont revenus de préférence au plan de la basilique latine ; est-ce parce qu'ils ont reconnu la supériorité des formes allongées pour réunir un grand nombre de fidèles, ou en raison des rapprochements qui furent tentés entre les églises grecque et romaine? Est-ce aussi pour éviter l'imitation des mosquées, qui, depuis les conquêtes des Turcs, n'ont cessé d'être construites comme des églises byzantines? Cette dernière hypothèse est admissible, car, pour tout ce qui concerne la décoration peinte ou sculptée de leurs temples, les Grecs sont encore aujourd'hui dans la voie tracée durant les premiers siècles du moyen âge en Orient : l'architecture serait restée
dans la même direction, si quelque raison puissante n'y avait fait renoncer.