‹ Architecture monastique (volume 2)Chapitre 49 sur 193 · C. FAÇADES · texte numérisé non relu

C. FAÇADES

lre disposition. — Les transformations qu'on vient de suivre en examinant les plans des églises orientales durent influer sur la marche qui fut suivie lorsqu'on éleva les façades; en effet, Constantin ayant construit d'abord des basiliques semblables à celles de l'Occident, elles s'offrirent sous le même aspect que celles que nous avons fait connaître en étudiant les formes de l'architecture latine, c'est ce qu'on observe à la basilique de saint Jean Studius à Constantinopîe, à celle de Saint-Démétrius et à l'Eski-Djouma de Salonique, puis à un grand nombre de petites basiliques répandues dans tout l'empire d'Orient. Mais lorsque l'empereur éleva les églises circulaires ou en polygone dont nous venons de tracer les plans , l'architecture extérieure de ces édifices dut offrir des dispositions fort différentes, par le fait même de ce changement de formes. Les nouveaux plans imposèrent nécessairement, au sommet des édifices, la construction de vastes coupoles, dont les formes n'étaient pas nouvelles sans doute; le tope de l'Asie, le tholus des Grecs, le Panthéon de Rome, la coupole Sassanide , étaient des exemples antérieurs, mais dès son origine, le dôme byzantin offrit avec ses devanciers une différence notable. La coupole devant offrir, à l'intérieur, une peinture de l'ascension du Christ, et ne pouvant, par conséquent, s'ouvrir à son sommet comme celle du Panthéon d' Agrippa , on l'éclaira par des fenêtres établies à sa base pour donner du jour au sujet peint qui en avait motivé la construction. Ces fenêtres, dont l'église de Saint-George, à Salonique, et celle des saints Marcellin et Pierre à Rome, élevées par Constantin, ont été pourvues^, ne

s'opposèrent pas, dans l'origine, à ce que ces premiers édifices byzantins eussent encore une physionomie antique.

Ainsi, l'église des saints Marcellin et Pierre, auprès de Rome [Torre Pignatarra), l'un des édifices sacrés du temps de Constantin, surmontés de coupoles apparentes dont on connaisse la disposition, présentait un dôme surbaissé comme les faisaient les Romains ; une corniche couronnant les murs verticaux y limitait le segment sphérique à sa base, et c'était audessous de cette corniche que s'ouvraient les fenêtres destinées à éclairer la voûte. La description que fait Eusèbe de l'église des Saints - Apôtres élevée à Byzance par Constantin indique clairement qu'une partie de l'édifice était surmontée de terrasses, ce qui ne pouvait avoir lieu qu'autour de la coupole, puisque le reste de l'édifice était couvert en charpente.

Les premières applications qui furent faites aux édifices chrétiens de l'Orient, d'une voûte sphérique au point central, eurent donc comme résultat, à l'extérieur, de présenter: i°un dôme surbaissé; i° des couronnements horizontaux portant terrasse autour de ce dôme ; 3° des fenêtres en œil-de-bœuf ou de forme ordinaire pratiquées dans les murs cylindriques enveloppant la salle ronde surmontée de la coupole. Les nefs et autres constructions accessoires élevées à la manière des Latins venaient s'appuyer contre cette construction cylindrique (le plan de l'église du Saint-Sépulcre tracé au vnc siècle par saint Arculfe ne peut laisser aucun doute à cet égard) ; et de cette alliance de constructions de forme latine et de la rotonde surmontée d'un dôme, dut résulter pour les façades un mélange d'art antique et de style des églises primitives.

Les premiers moines de l'Orient durent construire et décorer les façades de leurs oratoires ou chapelles à peu près comme le firent ceux des provinces occidentales de l'empire. D'an-

ciennes petites églises disposées comme celles des Latins, qui se voient dans plusieurs contrées de la Grèce , et particulièrement dans l'Attique et la Morée, peuvent donner une idée du style que devaient avoir ces premiers essais des religieux; mais lorsque, sous Constantin, le symbole de l'ascension du Christ fut un dôme dominant les églises, ils pensèrent à imiter, dans des proportions restreintes, il est vrai, ce qui se faisait alors sur les grands temples de la chrétienté orientale. L'Egypte et la Nubie nous ont conservé quelques-uns de ces dômes qu'élevèrent les moines sur les monuments antiques dont ils firent leurs églises dès l'origine. Dans ces contrées, plus qu'ailleurs, la disette des bois de construction dut leur faire adopter de bonne heure ces voûtes sphériques. Entrés dans cette voie par imitation ou par nécessité, ils s'y maintinrent, et suivirent l'impulsion qui dirigeait alors l'art oriental dans une route nouvelle.

2e disposition. — Après le règne de Constantin, le schisme de l'Eglise grecque se dessinant de jour en jour d'une manière plus nette, l'architecture chrétienne de l'Orient s'éloigna de plus en plus des formes adoptées par l'Eglise latine ; les couvertures en bois furent abandonnées pour faire place à des voûtes solides; on renonça aux pignons et aux frontons nécessités par ces charpentes; les terrasses, voisines d'abord de la coupole, s'étendirent bientôt sur la totalité des édifices qui, de ce moment, ne furent plus couronnés, au sommet de leurs façades, que par des corniches horizontales, exprimant au dehors les terrasses qui surmontaient l'ensemble; un dôme unique dominait ces constructions carrées. C'est ainsi que se présente l'église monastique de Sergius et Bacchus à Constantinople, qui fut construite au commencement du règne de Justinien ; on voit dans la même ville et à Athènes deux temples chré-

tiens qui peuvent faire juger de l'aspect que devaient présenter ces édifices cubiques: l'un est situé dans le quartier des bains de la capitale de l'empire, le second est la panagia Nicodimo, à l'orient d'Athènes, vers le mont Hy mette.

N° 173. Façade d'église au quartier des bains, à Constantinople.

La première de ces deux églises, gravée au n° 173, et dont nous ignorons le vocable, paraît d'une construction ancienne, bien que postérieure à la seconde période de l'art byzantin, ce qu'indique la forme du dôme. Toutefois on y a conservé, comme dans l'exemple suivant, les dispositions cubiques adoptées pendant les deux siècles qui s'écoulèrent entre le règne de Constantin et celui de Justinien.

La panagia Nicodimo, gravée au n° 174, est d'une époque

moins ancienne que le précédent édifice, ce qui est indiqué clairement par la forme contournée de son dôme, et les nombreuses fenêtres géminées qui sont pratiquées sur ses façades.

N° 174. Façade de la Panagia Nicodimo , à Athènes.

3e disposition. — Lorsque Justinien fit rétablir l'église de Sainte-Sophie, détruite par les factions du cirque, des dispositions nouvelles furent prises pour construire et décorer ce vaste édifice; elles imprimèrent à l'art byzantin une marche qui n'avait pas encore été suivie.

Déjà, dans ce monument, on entrevoit l'idée de multiplier les dômes, ce qu'on fit dans les monastères du mont Athos, et ce dont la ville de Constantinople présente de nombreux exemples : ce fut un des caractères de cette troisième période. On remarque aussi à l'église de Sainte-Sophie une autre pensée des architectes, celle de faire usage de l'extradossement des voûtes pour porter directement les tuiles ou les plombs de couverture, et par ce moyen éviter les charpentes.

N° 175. Église de Sainte-Sophie, à Constantinople.

Ces deux innovations conduisirent à des formes toutes nouvelles pour l'aspect général des façades : i° la coupole principale restant, comme dans l'origine, au centre de la croix, on en groupa de jdIus petites autour de sa base. Ainsi , à l'église du Pantocrator, à Constantinople, des dômes secondaires surmontent les transepts et partie antérieure de la nef; à celle de Sainte-Théodosîa de la même ville, de petites coupoles s'élèvent aux quatre angles du monument. Dans les monastères du mont Athos on a varié aussi la place qu'occupent ces constructions supérieures des églises : les dômes, fréquemment au nombre de sept ou de neuf, y sont ordinairement consacrés à des saints, sauf celui du centre de l'édifice, toujours réservé au Tout-Puissant. 2° A cette époque , les Grecs en établissant les constructions des nefs et des transepts, les surmontèrent de voûtes cylindriques extradossées et directement couvertes à l'extérieur de tuiles ou de métal ; il en résulta que le sommet des façades présenta des

formes courbes aux points où les Latins élevaient des pignons aigus.

Ce système de construction s'étendant des grandes nefs aux collatéraux, au narthex, aux chapelles secondaires, tout l'édifice prit un aspect particulier, dans lequel la ligne droite, horizontale ou biaise, fut bannie des parties hautes, et les courbes des cintres, se dégageant, indiquèrent à l'extérieur toutes les voûtes de l'édifice. Nous citons comme exemples les façades des églises du Pantocrator, de Movrj rrjç ywpas, de Theotocos ton hibou, à Constantinople ; elles présentent tous les développements de ce système d'architecture religieuse; et lorsqu'on 996 les Vénitiens construisirent leur basilique de Saint-Marc, ce fut dans cette voie qu'ils l'établirent, parce qu'alors, en Orient, ces dispositions étaient en pleine faveur.

N° 176. Façade du Pantocrator, à Constantinople.

fi

De belles églises monastiques de Venise, construites au xvic siècle, sont clans le même cas, et de nos jours cette disposition curieuse s'est renouvelée dans la grande basilique de Tine, l'antique Tenos, l'une des îles de l'Archipel.

N° 179. Façade de l'église de Tine.

âe disposition. — Un quatrième mode se présente sur les façades byzantines : il peut être considéré comme présentant une alliance des architectures chrétiennes de l'Orient et de l'Occident; c'est un retour aux premières dispositions transitoires de Constantin, et la cause en est due peut-être aux

tentatives qui se firent pour rapprocher les églises grecque et romaine. Ce système a exprimé par des frontons et des pignons l'inclinaison des toits, bien que les Byzantins n'aient pas employé la charpente dans leurs constructions anciennes, du moins depuis Justinien. Les principales églises d'Athènes, monastiques ou autres, présentent ces formes occidentales.

N° 180. Façade du Catholicon, à Athènes.

11 nous suffira de citer le Catholicon, les Incorporels, les

églises de Saint- Théodore, de Saint-Taxiarque de cette ville, celles des monastères de Daphni sur la route d'Eleusis, de Vatopedi et d'Iviron au mont Athos; toutes présentent des frontons ou des pignons aux extrémités de leur nef principale, des transepts, et quelquefois même du narthex. Cet emploi du fronton se multiplie, dans certains cas, sur une seule et même façade, au point de la couronner par une découpure anguleuse. Athènes etMistra, auprès de l'antique Sparte, en fournissent des exemples curieux. Dans la première ville, la Kapnicaréa, église isolée sur l'axe de la grande rue nouvellement percée de la porte du Pirée au mont Hymette, rappelle, par ses nombreux pignons, les faces latérales de certaines églises du moyen âge en France : de Saint-Séverin à Paris, dont chaque chapelle est surmontée d'un fronton.

N° 181. Façade latérale de la Kapnicaréa, à Athènes.

L'église de la Vierge à Mistra, appartenant à un ancien mo-

nastère, présente cette particularité sur son porche latéral et sur les trois nefs de la façade principale; le système d'extradossement se montre aussi, dans la même église, à l'extrémité des transepts et sur les voûtes qui les avoisinent.

Enfin, si l'alliance de l'architecture de l'Eglise latine et de celle de Byzance vient d'être reconnue dans les exemples qui précèdent, c'est aussi le lieu d'indiquer l'influence qu'exerça sur l'art oriental celui qui était en faveur dans nos contrées pendant le moyen âge ; l'Occident, qui avait emprunté tant de formes au génie fécond de l'Orient, lui porta les siennes par la conquête. Le célèbre monastère de YEcs-Miazm à Erivan, publié par Chardin et dessiné depuis par M. Dubois de Montperreux, présente sur la façade de son église un porche à deux étages, surmonté d'un pignon, comme celui de la cathédrale de Vérone.

N° 182. Façade de l'église d'Ecs-Miazin. *

21k INSTRUCTIONS.

L'église de Sainte - Sophie, à Trébisonde, offre sur son porche latéral l'ogive, le quatre- feuilles et des sujets sculptés de l'Ancien et du Nouveau Testament, exécutés dans le style occidental; la puissance des Villehardouin et des Gui de la Roche, en Grèce, est écrite sur les églises de Kalcis, deMistra, et du monastère de Daphni, dont les clochers et autres constructions secondaires font voir des ogives, des trilobés, des sculptures, qui dénotent avec évidence l'introduction de formes et d'usages empruntés à l'Europe.

FAÇADES LATÉRALES

Les églises circulaires ou en polygone des premiers âges byzantins n'avaient pas, en quelque sorte, de façades latérales, puisque leurs contours s'offraient dans tous les sens sous le même aspect; cependant, puisqu'elles étaient orientées, il y avait le côté du nord et le côté du midi. Lorsque la forme carrée fut adoptée, après le règne de Constantin, deux façades latérales résultèrent de cette disposition; elles sont ordinairement décorées d'arcades feintes et de niches, cintrées, en briques posées sur un ou plusieurs rangs; Yopus reticalatum, ou de riches appareils entremêlés de terre cuite, se développent sur ces façades. On en voit de beaux exemples aux grandes églises de la Vierge [Movrj Trjs ^eopas), de Théotocos, etc. à Constantinople. En général, on ouvrit, au milieu de chaque façade latérale, une porte conduisant au transept, qui venait y aboutir. Toutes les périodes de l'art présentent quelques rares exemples de porches précédant ces ouvertures secondaires. Au-dessus des portes sont ordinairement pratiquées des fenêtres éclairant les extrémités des transepts et s'harmonisant , par leurs formes extérieures, avec les pignons courbes ou aigus qui

caractérisent plusieurs phases de l'architecture néogrecque. Indépendamment de ces dispositions principales, on y remarque souvent des fenêtres éclairant les galeries supérieures destinées aux femmes.

L'exo-narthex occupant toute la largeur de l'édifice, à l'occident , il présente ses extrémités sur les façades latérales : là on reconnaît souvent mieux qu'en le voyant en face, s'il est couvert en appentis ou sur l'extradossement de sa voûte. Il est ordinairement éclairé par une fenêtre à chacune de ses extrémités.

Les façades latérales présentent quelquefois des dispositions particulières; ainsi, sur celles de l'église de Sainte-Sophie de Constantinople, on voit de hautes tours carrées et appliquées contenant les escaliers du gynéconitis; elles ont l'aspect de grands contre-forts (voir la planche 1 7 5). On remarque de nombreux degrés sur la face méridionale de la petite église des Saints-Apôtres, à Athènes, dont le plan est gravé au n° 162 : c'est l'escalier qui conduit aux terrasses établies autour du dôme. Une église de la même ville, dont le nom nous échappe, présente, à l'extrémité des transepts, de nombreuses ouvertures à hauteur d'appui, et par lesquelles les fidèles peuvent faire des prières du dehors. Enfin on rencontre assez fréquemment, aux extrémités des transepts, des absides circulaires ou en polygone, semblables à celles qui occupent le fond du sanctuaire. Nous citons comme exemples, l'église de Saint-Elie à Salonique, celles des monastères de Vatopedi , d'Iviron, au mont Athos, et de nombreux temples arméniens.

Page 1