DÔME
Après avoir donné un aperçu rapide des dispositions d'ensemble des églises byzantines, nous entrerons, comme nous l'avons fait pour le style latin, dans les détails qu'il est utile de suivre afin de connaître cet art si peu examiné encore : le
dôme nous a paru mériter une étude particulière, puisqu'il est une des parties le plus caractéristiques des édifices chrétiens de 1 Orient.
Les premiers dômes, imités servilement de ceux de l'antiquité païenne, ne présentaient, au-dessus des constructions qu'ils dominaient, qu'une calotte sphérique, comme Agrippa fit établir celle du Panthéon à Rome: la coupole, humble encore, était pour ainsi dire tout à l'intérieur, ne montrant au dehors que ce qui suffisait pour indiquer sa présence; déjà, des fenêtres placées auprès de sa base éclairaient la voûte, c'est ainsi qu'elles étaient disposées à l'église des saints Marcellin et Pierre sur la via Labicane auprès de Rome, et construite par Constantin à l'instar des édifices circulaires de l'Orient.
N° jq6. Eglise des Saints Marcellin et Pierre.
Sous les successeurs de ce prince, et lorsque le christianisme libre commençait à posséder des temples plus dignes de lui , le dôme , symbole du triomphe du Christ , s'éleva plus hardi au-dessus des églises byzantines; on le voit déjà, dans tout le développement d'un hémisphère, dominer celle de Sergius et Bacchus, construite à Constantinople durant les
premières années du règne de Justinien (voir la planche 226). Cette innovation faisant craindre aux constructeurs une trop forte poussée de la voûte au dehors, des piliers butants furent établis autour de la coupole, pour suppléer les murs qui, dans les âges précédents, enveloppaient et soutenaient sa base.
La grande église de Sainte-Sophie fait voir un nouveau progrès dans la disposition du dôme principal : l'élevant en hémisphère, comme celui de l'église de Sergius, au-dessus de toutes les constructions de l'édifice, les architectes établirent, sur le grand cercle horizontal, un nombre considérable de fenêtres qui soutiennent la calotte sphérique sur leurs trumeaux, et déjà cette ceinture de baies, qu'il fallut couronner d'une corniche, présente au dehors l'aspect d'un tambour cylindrique, très-minime, il est vrai, par sa hauteur relative, mais qui dut conduire plus tard à ceux que l'on construisit dans toute la chrétienté orientale, et qui, grandissant dans des proportions considérables, portèrent les dômes à une hauteur telle qu'ils dominaient toutes les autres constructions des villes; ils remplissaient mieux que dans l'origine l'intention première, d'exprimer le triomphe religieux1. Ces cylindres isolés, soutenant dans l'espace de pesantes coupoles, étaient le résultat d'un nouveau progrès dans l'art de bâtir; nous avons recueilli sur les monuments eux-mêmes un nombre suffisant d'exemples de ces constructions curieuses, pour faire connaître les diverses combinaisons employées par les architectes grecs, au moyen âge; la série en est reproduite sur les pages suivantes, et, bien que nous ne puissions la présenter comme complète, elle mettra le lecteur au fait de la généralité des formes.
1 Voir le dôme de la planche 175.
N° 199. Dôme de l'église de Sainl-Theodore