CLÔTURES DES FENETRES
Les chrétiens de l'Orient firent usage, comme les Occidentaux , de treillis pour clore les fenêtres de leurs églises. Eusèbe , décrivant celle de Tyr, dit que les bas côtés de la nef étaient éclairés par des fenêtres fermées d'un treillis de bois , d'un ouvrage délicat et chargé de nombreux ornements. Saint Jérôme, dans son commentaire du chapitre xli d'Ezéchiel, s'exprime ainsi : Les fenêtres étaient en forme de réseaux comme des chancels: « Fenestrse quoque erant factae in modum retis ad instar cancellorum. » Il ajoute qu'ils n'étaient pas faits avec la pierre spéculaire ou le verre, mais avec du bois poli et orné de marqueterie: « Ut non speculari lapide nec vitro, sed lignis interrasilibus et vermiculatis includerentur. » Ailleurs il parle de fenêtres fermées avec du verre en lames très-minces : « Fenestrae, quae vitro in tenues laminas fuso, obductae erant'. »
Les fenêtres byzantines furent closes, comme celles des basiliques latines, par des tables de pierre ou de marbre percées de nombreuses ouvertures. Ces trous, destinés à laisser passer le jour, sont souvent de forme circulaire; c'est ainsi qu'on les voit au Catholicon d'Athènes , tant sur la façade occidentale, aux fenêtres qui éclairent la nef et le dôme, que sur les parties latérales et à l'orient de l'édifice, à celles qui donnent la lumière au narthex et aux trois absides. (Voir la façade et l'abside, planches 180 et 189.) Ce moyen de clore les baies de fenêtres était très -commun dans les premiers siècles de l'art néogrec: on en trouve des traces sur tous les anciens édifices de la Grèce, sur la plupart de ceux de l'Arménie et des autres contrées de l'Asie où le style byzantin fut
1 Du Cange, Gloss. au mol Vitreœ.
en faveur. M. Dubois de Montperreux en a publié de nombreux exemples recueillis par lui dans le Caucase.
N° aïo. Clôture de fenêtre à la façade du Catholicon.
Les grandes lenêtres percées au sommet de l'église de Sainte- Sophie sont closes de la même manière; elles ont été décrites par Paul le Silenciaire ; celles de l'éxo-narthex de ce temple sont fermées par des tables de marbre, ouvertes de tranchées surmontées d'un arc de cercle.
N° 211. Clôture au narlhex. de l'église de Sainle-Sopliie.
Sur le petit temple chrétien situé entre le Portique d'Auguste et le Carré d'Adrien à Athènes , et consacré à saint Taxiarque, les tablettes de marbre qui ferment les fenêtres du dôme sont percées en forme d'étoiles; à l'intérieur, ces jours étroits
produisent le plus bel effet : on en voit de semblables aux dômes des églises du couvent de Saint-Luc.
N° 212. Clôture à l'église de Saint-Taxiarque.
Ces ouvertures en forme d'étoiles, inventées par les Byzantins, ont été depuis fréquemment imitées par les Arabes et les Turcs dans les clôtures en marbre ou en pierre qui se voient à leurs édifices publics, ainsi qu'à celles qu'ils exécutent en bois pour fermer les baies des fenêtres de leurs maisons. Ils en pratiquent de semblables dans les voûtes sphériques dont ils couvrent leurs bains publics.
Les fenêtres d'une petite chapelle de Corfou, sur la mer Adriatique, présentent des tablettes de pierre percées suivant un système qui réunit en même temps les trous circulaires que nous venons de signaler, et les tranchées qu'on voit aux baies du narthex de Sainte-Sophie de Constantinople : dans l'axe de la fenêtre ou plutôt de la tablette de pierre qui la lerme, sont percés les trous circulaires auprès desquels s'ouvrent les deux tranchées en forme de barbacanes; deux petits chapiteaux peu saillants servent d'impostes aux cintres dont elles sont surmontées. (Voir la pl. 21 3.)
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IV 21 3. Clôture à une chapelle de Corfou.
Enfin l'église de Sainte-Théodosia , à Constantinople, offre des exemples de clôtures de fenêtres découpées en imbrication comme en exécutaient les anciens, et qui doivent présenter plus d'analogie que les précédentes avec celles que cite saint Jérôme : « Facue in modum retis ad instar cancellorum l. »
N° "îili. Clôtures à l'église de Sainle-Théodosia.
Les Turcs, qui conservent toutes les traditions anciennes, usent du même moyen que les Byzantins pour clore les fenê-
1 Saint Jérôme, Commentaires du ch. xli d'Ezdchieî.
très de leurs mosquées : dans des tables de marbre ou de pierre percées en imbrications, ils placent de petits morceaux de verre, comme on l'a fait durant les premiers siècles chrétiens; ils emploient encore un moyen plus facile en découpant d'abord les verres suivant les formes du dessin que doit présenter la clôture entière , et, faisant couler un mastic fluide sur les contours de ces morceaux rapprochés les uns des autres, ils les relient tous entre eux par cette pierre factice qui , en se durcissant , forme de véritables treillis comme ceux qu'on taille dans des dalles de pierre. Ce procédé a été donné aux Turcs par les Grecs , qui le nommaient yu\J/£|u,7rXa<7'nja/ iéyyr\ , selon Philoponus. On a vu précédemment qu'un moyen analogue fut employé à Rome par les premiers chrétiens, puisque le treillis numéro 77, page i36, style latin, que nous avons recueilli à l'église de Saint-Laurent hors les murs, est exécuté en pierre factice. Didier, abbé du mont Cassin au xie siècle, fit clore par ce procédé toutes les fenêtres des bas côtés de l'église de ce célèbre monastère1.
PORTES
Les baies de portes qui donnent entrée aux églises monastiques de l'Orient se composent ordinairement d'un chambranle en pierre ou en marbre, décoré de moulures, et disposé comme ceux des Latins. Les pronls sont très-refouillés et offrent ainsi de l'analogie avec ceux de l'antiquité grecque : quelquefois une corniche surmonte le linteau ; on en voit des exemples aux portes de l'église de Movrj 7rjç ^wpas (Voir les pl. 1 1 5, 2 ] 6.)
1 « Fenestrœ quae in lateribus utriusque porticus sunl, gypseas quiclem sed ajque pul diras effecit. « (Leonis ostiensis Opéra, recueillis par D. Dubreuil , lib. III, c. xxvn, pag. 6o5 ; et c. xxxi , pag. 6 1 3. )
instructions. — ii. 3g
N" 2i5 et 216. Profils des chambranles des portes de Movrç t^s ywpas.
Il est plus ordinaire de trouver immédiatement au-dessus du chambranle un arc en briques ou même en marbre , servant à décharger le linteau des constructions supérieures. Cet arc, s'il est en briques, est généralement encadré d'un rang de ces mêmes matériaux, montrant au dehors leurs angles de manière à former des denticules. Si le linteau est en pierre ou en marbre, des moulures, des ornements sculptés le décorent dans un système analogue à ceux qu'on voit sur le chambranle de la porte, de sorte que le tout forme un ensemble harmonieux; c'est ainsi que sont disposées les portes du Catholicon d'Athènes. Dans ce monument, les tympans semi-circulaires situés au-dessus des linteaux ont reçu de riches ornements sculptés que , dans d'autres édifices , remplace la peinture. Il est très-rare que ce tympan soit ouvert: on en voit à l'église de Saint-Théodore d'Athènes.
Lorsque les principes de l'architecture antique furent moins observés que dans les premiers siècles chrétiens , on construisit des portes d'églises sans chambranles : c'étaient de simples arcades en maçonnerie de moellons et de briques1. Il n'est pas rare de rencontrer au-dessus des baies, quelle qu'en soit d'ail-
1 Voir la plupart des façades publiées du n° 173 au n° 190.
leurs la disposition, un auvent saillant porté par des consoles et servant d'abri à une peinture religieuse. Les portes des églises du Grand-Monastère de la Vierge, de Saint-Philippe et de Saint-Jean, à Athènes, sont ainsi couronnées. (V. pl. 195.) On voit dans cette ville plusieurs arcs de portes en fer à cheval.
N° 217. Porte de l'église de Saint-Philippe, à Athènes.
Les portes placées sous les voûtes du narthex et donnant entrée directement dans le temple sont quelquefois aussi surmontées de peintures : il y en a des restes sous le porche latéral de l'église de la Vierge à Mistra. Lorsque Tavernier visita Constantinople , on voyait encore au-dessus des portes de ce temple, à l'intérieur du narthex, de riches mosaïques formant des tableaux au-dessus des chambranles, comme nous en avons donné un exemple tiré du monastère de Grotta-Ferrata (pl. 76). Les portes sont ordinairement au nombre de trois dans les églises monastiques de l'Orient : l'une sur la façade principale et donnant entrée au narthex, les autres sur chacune des faces latérales. Les grands édifices possèdent de nombreuses portes pour faciliter la circulation, mais, dans les maisons religieuses, elles seraient superflues.
Les clôtures ou vantaux mobiles, placés dans les chambranles, étaient ordinairement en bois, en bronze quelquefois
en matières plus précieuses. Les formes adoptées pour leur décoration offraient d'abord une grande analogie avec celles de l'antiquité : l'église de Sainte-Sophie conserve encore les portes de bronze que fit exécuter Justinien ; elles sont ornées de croix grecques , et de riches ornements disposés en méandres accompagnés de feuilles de vignes dans le goût grec, légèrement modifié par l'école de Byzance, encadrent les diverses parties de l'une de ces portes, décorée en outre d'une inscription dont les lettres sont en argent. L'auteur grec anonyme qui décrit le baptistère situé dans l'enceinte sacrée de l'église de Sainte- Sophie dit qu'on y voyait des portes en bronze incrustées d'or et d'ivoire.
Le monastère de Mégaspyléon en Morée montre de belles portes en métal dans le style byzantin; M. Didron a signalé dans les Annales archéologiques celle du réfectoire du couvent de Sémenou sur l'Athos : elle est en bois incrusté d'ivoire formant des rinceaux assez fins et d'un bon effet.
La porte de l'église du monastère de Sainte-Catherine, au mont Sinaï, est plus riche encore : exécutée en bois, les traverses et les montants sont couverts d'ornements précieux, les panneaux qu'ils encadrent contiennent de petits tableaux émaillés fort anciens et d'un travail remarquable. D'Agincourt a publié les belles portes damasquinées en argent qui furent exécutées à Constantinople et servirent de clôture à la basilique de Saint-Paul hors les murs de Rome, jusqu'à l'époque de l'incendie qui détruisit ce bel édifice1.
Les Byzantins n'ont pas toujours employé les portes à panneaux pleins pour fermer les ouvertures; on voit à la crypte de l'église de la Nativité à Bethléem, une grille en bronze à
1 D'Agincourt, Histoire de l'art, Sculpture, de la pl. 1 3 à la pl. 20.
deux vantaux, ornée de croix grecques indiquant son origine; le style simple de ce monument en dénote l'ancienneté1.
Les baies qui donnaient entrée aux églises orientales étaient closes pendant lejourpar des rideaux semblables à ceux qu'on voyait aux portes des basiliques latines : les auteurs et les monuments sont d'accord à cet égard ; parmi ces derniers , la belle mosaïque exécutée à Ravenne, et qui représente l'impératrice Théodora, fait voir une porte de l'église de Saint-Vital fermée par une riche tenture que soulève un officier de la couronne pour laisser libre l'entrée du temple à la souveraine qui va présider à la dédicace. Ce voile, orné de fleurons et de bordures dorées, indique bien quel était le luxe de broderies qu'on apportait à la décoration de ces tentures.
EXO-NARTHEX.
Le porche ou exo-narthex des églises monastiques de l'Orient est très-différent de celui des basiliques d'Occident; la précédente étude des plans de ces édifices a fait voir qu'au lieu de présenter un portique ouvert sur toute son étendue , il offre plus généralement une salle longue, placée en travers sur la façade , et ouverte seulement d'une ou de trois portes et de rares fenêtres. (Voiries plans du n° 167 au n° 170.)
Il y a cependant quelques exceptions à ce principe : l'église du Théotocos à Constantinople possède un exo-narthex dont le plan diffère de ceux qui étaient adoptés en général, en ce qu'il se développe au delà des limites de la façade et retourne sur les parties latérales du temple. (Voir la pl. 2 18.)
1 L'Architecture du v' an xvt' siècle, par J. Gailhabaud, t\' livraison.
N° 218. Plan du Théotocos.
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Ce narthex est ouvert à l'occident de six arcades ou fenêtres portées par des colonnes, et closes, à hauteur d'appui, par des tablettes de marbre sculpté. (Voir la façade au n° 178.)
Vers la fin de la période byzantine, les porches se rapprochèrent des dispositions adoptées en Occident : le Zographe et l'Iviron, monastères du mont Athos, l'église de la Vierge à Mistra, le monastère de Daphni auprès d'Athènes, l'église de Samari, dans le Péloponèse, en offrent des exemples dans lesquels on doit voir une influence latine. (Voir les plans aux nos 171 et 172.)
Les constructions supérieures des narthex sont très-variées; les plus anciens devaient être couverts en appentis, c'était le moyen le plus simple et qu'on avait employé d'abord. On en voit un à la façade gravée sur la planche 173.
Les premières périodes de l'art durent produire aussi des couvertures de narthex établies avec double égout; ce système se multiplia plus tard lorsque, vers la décadence de l'archi-
ARCHITECTURE iMONASTIQUE. 311
tecture byzantine, les constructions à pignons aigus remplacèrent celles qui étaient couronnées par des courbes.
N° 219. Extrémité du Narthex. à double égout d'une église d'Athènes.
Vers les ixe et xe siècles, on éleva souvent des narthex présentant sur leurs façades principales et latérales des arcs extradossés portant directement les plombs de couverture, et indiquant au dehors la construction interne des voûtes en berceau ou en arêtes. C'est ainsi que se présentent ceux du monastère de la Vierge (Movrj trjs yœp<xs) et du Théotocos à Constantinople. (Voir les pl. 176, 177, 178 et 220.)
A ces extrémités des narthex, comme sur les façades principales, les cintres de couronnement offrent plusieurs degrés d'isolement de leurs courbes : au Théotocos le sommet seulement est dégagé; à l'église de Movv Ttjs X,<wpas l'arc entier est libre.
N° 220. Extrémité du Narthex du Tliéotocos, voûte extradossée.
Au Catholicon d'Athènes le narthex est enveloppé dans la construction générale du temple au point de ne se distinguer que latéralement par l'inclinaison du toit. Des narthex anciens et de quelque importance sont couronnés de coupoles élevées : on en voit une à chaque extrémité de celui du monastère de la Vierge, trois surmontent le narthex du Théotocos, deux édifices remarquables de la capitale de l'empire grec. (Voiries façades de ces deux édifices, nos 177 et 178.)
Les hautes coupoles sont quelquefois remplacées, dans les narthex, par de simples calottes sphériques qu'on ne peut apercevoir du dehors, parce qu'elles ne s'élèvent pas audessus des murs de façade.
L'intérieur de ces vestibules est toujours surmonté de voûtes, le bois ne paraissant jamais dans les constructions byzantines; leur disposition varie entre les formes en berceau, en pendentif ou en arêtes. Les arcs-doubleaux qui divisent ces voûtes sont quelquefois sujDportés par des colonnes; il y en a un exemple remarquable au narthex du Théotocos à Constantinople.
N° 221. Intérieur du narlhex du Théotocos.
Le même vestibule présente de curieuses fenêtres situées entre lui et l'éso-narthex : ce sont de longues arcades fermées au bas par des tables de marbre couvertes d'ornements; au-dessus s'élève un chambranle, qui était destiné à porter dans ses feuillures des chancels ou treillis en marbre;
le sommet de l'arcade est libre. La peinture et la mosaïque se partagèrent la décoration des voûtes et des murs intérieurs du narthex.