‹ Architecture monastique (volume 2)Chapitre 55 sur 193 · CLOCHERS · texte numérisé non relu

CLOCHERS

Les cloches ne lurent adoptées que fort tard en Orient; elles y étaient remplacées par des timbres en bois ou en métal que nous avons fait connaître en examinant l'architecture latine, et, parmi ceux dont les dessins sont reproduits au chapitre qui les concerne, plusieurs servent encore aujourd'hui dans le quartier des Grecs à Constantinople; on en voit de semblables dans les monastères du mont Athos. En raison de l'emploi prolongé de ces timbres, les clochers anciens manquent en Orient, et ceux-là même qui datent d'une époque peu reculée sont rares. Les premiers clochers byzantins furent probablement cylindriques comme les nôtres; l'exarchat de Ravenne est la partie de l'Italie qui présente encore le plus d'anciens clochers ainsi construits ; de là ils purent passer en Orient. Un chapiteau de l'église de Saint-Sauveur de Nevers exécuté au xie siècle, et qui représente une église byzantine, y lait voir un clocher cylindrique à son sommet, puis prismatique, enfin carré à sa base; la décoration supérieure lui donne l'aspect d'un minaret1. Auprès de l'église de Sainte-Sophie de Trébisonde s'élève un clocher isolé, de forme quadrangulaire; il est décoré de peintures byzantines à l'intérieur, dans une chapelle dont le sanctuaire fait saillie; celui du monastère de Daphni auprès d'Athènes est semblable , quant à la maçonnerie, au reste de l'église, sur un transsept de laquelle il s'élève; les baies de fenêtres sont en plein cintre, et une petite coupole le surmonte, bien que son plan soit carré. L'an-

1 Annales archéologiques , t. Il, p. i i^.

cienne église du Sauveur, à Mesembria sur la mer Noire, offre de même un clocher, mais on peut, comme à Daphni, en reporter l'origine à l'époque de la domination occidentale; il est surmonté d'arcatures dans le style roman.

N° 222. Clocher de l'église du Sauveur, à Mesembria.

Les monastères du mont Athos possèdent des clochers de construction postérieure à la plupart de leurs autres édifices; aucun d'eux n'est joint aux églises : ce ne sont donc que des campaniles isolés, comme on en voit fréquemment en Italie; leur forme est généralement quadrangulaire, excepté celui d'Iviron, qui s'élève sur un plan en polygone. Ces campaniles sont décorés, comme les nôtres, par plusieurs rangs de fenêtres; les cloches ont été placées dans les étages supérieurs.

Lorsqu'à la suite des croisades, les Français furent maîtres de la Grèce , leur influence agit sur les constructions re-

ligieuses comme sur les autres. Le porche de la petite église de Samari, qui dépend du monastère de Vourkano, en Morée, porte un clocher à quatre pignons, semblable à ceux que l'art roman produisit généralement dans nos contrées , avec cette différence qu'un petit dôme surmonte le toit. On voit à l'ancienne église monastique de la Vierge , à Mistra , un beau clocher dans le style ogival , auquel se mêlent quelques petits arcs en plein cintre et des trilobés. Cette tour est évidemment construite sous une direction occidentale; elle offre beaucoup d'analogie avec les clochers de la cathédrale de Palerme , et cette influence normande n'a rien qui doive étonner sous la domination française en Grèce : les relations des croisés avec la Sicile et la France étaient alors très-fréquentes. Ce clocher de. Mistra est surmonté d'une voûte ovoïde et de quatre clochetons1.

On voit à Athènes, sur la partie antérieure du Catholicon, un petit clocher ogival couvert d'un enduit qui ne permet pas d'étudier sa construction ; il pourrait dater aussi de la domination française. Les clochers de l'Orient offrent, comme les nôtres, de la variété dans leurs formes : nous venons d'en indiquer plusieurs dont les plans sont carrés ou en polygone; celui de l'église de la Vierge à Tine , quadrangulaire à sa base, se décore ensuite d'une colonnade sur chacune de ses faces , puis son plan prend la forme d'une croix grecque. Son aspect est pittoresque et la dégradation des divers étages qui le composent lui donne une forme pyramidale qui est d'un bon effet. (Voir la planche 179.) Les Grecs eurent aussi des clochers-arcades : les petites églises de Saint-Taxiarque et de Saint-Théodore à Athènes en possèdent qui rappellent ceux des contrées méridionales de la France et de l'Italie. (Voir les planches 219 et 2 2 3.)

1 Choix d'églises byzantines de la Grèce, par Couchaud, pl. 10 et 21.

N* 223. Clocher-arcade à l'église de Sainl-Taxiarque , à Athènes.

N° 22/J. Clocher-arcade de Siphanlo.

L'église de Siphanlo et plusieurs autres présentent des clochers-arcades terminés par une courbe comme les constructions extradossées que nous avons fait connaître. (Voir la planche 224.)

Nous reproduisons, d'après MM. Coste etFlandin, le clocher de l'église grecque de Djoulfa à Ispahan; il s'élève au milieu de Yarea , et se compose de deux étages carrés formés de larges arcades aiguës et surbaissées; la cloche est suspendue dans un campanile de style arabe porté par huit colonnes1.

1 Voyage en Perse, par MM. Coste et Flandin , pl. ^2. (Voir à la page suivante.)

Depuis que l'Orient a quitté l'architecture byzantine, ce qui se préparait vers la fin des croisades et lors de la conquête de la Grèce par les Turcs, on a cessé, par ignorance ou pour éviter la similitude avec les mosquées, de construire des dômes sur les églises, et c'est à cette même époque qu'on doit attribuer un grand nombre de petites basiliques de forme latine qui se voient en Orient; elles étaient d'une construction moins dispendieuse et plus facile. De nos jours, les Grecs entrent plus que jamais dans cette voie d'imitation des temples anciens de l'Occident; le dôme, qui exprimait le triomphe du Christ et de l'Eglise, commence à être remplacé par un clocher quadrangulaire élevé, comme lui, au centre de la croix, ainsi qu'on en fit chez nous au moyen âge, pour exprimer la même pensée, et peut-être aussi pour éviter de reproduire la coupole des schismatiques grecs. On remarque un exemple curieux de ces tours centrales à l'église moderne de la Vierge, dans l'île de Tine, l'antique Tenos. Ce genre de construction est plus facile à exécuter qu'un dôme; il peut être porté sur quatre piliers dépourvus de pendentifs, et sa construction est moins coûteuse; il atteint mieux encore le but, celui d'exprimer au loin le triomphe du Christ, puisqu'il peut s'élever à une hauteur presque illimitée. On remarque toutefois au clocher de l'église de la Vierge à Tine, que les architectes grecs ne renoncent pas complètement à faire figurer le dôme au sommet de leurs édifices, car la partie centrale et la plus élevée de cette tour porte un couronnement en coupole, ainsi que les tourelles ou clochetons placés autour, aux quatre points cardinaux, et disposés de manière à former par leur plan une croix grecque. (Voir la pl. 179.)

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