D. NEFS
lre disposition. — Les églises circulaires construites en Orient par Constantin ou Hélène, et qui eurent une si grande influence sur les premières dispositions byzantines, n'avaient d'autres nefs qu'une rotonde surmontée d'une voûte hémisphérique : les temples de Saint-Marcellin et de Saint- George sont ainsi conçus; un cercle de colonnes isolées environnées d'une galerie s'élève dans le Saint- Sépulcre et à l'église de Sainte-Constance, édifices de la même époque. Sur ces colonnes repose la coupole centrale, soit directement, soit au sommet d'un tambour cylindrique; elles portent aussi la voûte annulaire qui surmonte la galerie.
On a vu par les plans précédemment examinés que, sous Justinien, lorsque l'art byzantin commençait à s'établir, les églises de Sergius à Conslantinople et de Saint-Vital à Ravenne, eurent aussi pour nefs un vaste espace circulaire ou en polygone, entouré d'étroites galeries, bien qu'alors déjà les formes extérieures commençassent à se modifier. Des piliers pesants, surmontés d'arcs soutenant la coupole, s'élevaient sur un riche pavé; des colonnes en marbre présentaient entre ces piliers deux ordres superposés; placées sur un plan semi- circulaire, elles formaient autour de la nef centrale une suite d exèdres surmontés de demi-coupoles , et dont l'étendue horizontale et verticale produisait des annexes considérables à l'espace occupé par la nef, soit que sa forme fût circulaire, soit qu elle eût été tracée sur un plan en polygone. (Voir le plan de l'église de Sergius et Bacchus au n° 167 et la coupe au n° 226.)
N° 226. Coupe de l'église de Sergius et Bacchus.
Les galeries latérales portaient généralement, au-dessus de leurs voûtes, la tribune des femmes, à laquelle on arrivait par des escaliers placés de manière à éviter toute communication avec les hommes. (Voir le plan au n° 166.)
2e disposition. — La seconde disposition, qui donnait au plan des formes carrées et à l'ensemble de l'édifice l'aspect d'un 1 cube surmonté du dôme, dut conduire bientôt à établir les nefs sur des plans quadrangulaires, et à renoncer au cercle ainsi qu'au polygone; alors il fallut songer à soutenir la calotte spbérique par des pendentifs reliant une partie de son grand cercle horizontal avec les angles rentrants du plan carré. Le plan de l'église de la panagia Nicodimo d'Athènes, qui est gravé au n° 169, peut avec la coupe de cet édifice que nous donnons à la page suivante, n° 227, faire connaître d une manière approximative quelles étaient les dispositions intérieures des temples chrétiens de l'Orient construits pendant la durée de cette seconde période de l'art.
N° 227. Coupe de la Panagia Nicodimo, à Athènes.
C'est dans un système emprunté simultanément à celui-ci et au précédent qu'est construite la grande nef de l'église de Sainte-Sophie: elle est allongée, son dôme central, établi sur un plan carré , repose sur quatre grands arcs et sur des pendentifs, au-dessous desquels sont deux ordres de colonnes précieuses arrachées aux plus célèbres temples de la Grèce et de l'Asie; les extrémités de cette nef sont formées de deux demicercles qui portent chacun une moitié de coupole. Des exèdres à colonnes et semblables en tous points à ceux qui se voient aux églises de Sergius et de Saint-Vital décorent les parties orientale et occidentale de la nef de ce vaste édifice. (Voir le plan au n° 168.)
Dans les premières nefs élevées par Justinien, les souvenirs récents encore de l'art antique firent établir, sur le rang inférieur de colonnes, des architraves et des entablements complets comme ceux des anciens; l'église de Sergius est dans ce cas; celle de Sainte-Sophie, au contraire, présente déjà l'emploi général du plein cintre. Nous avons signalé un fait analogue qui se produisit à la basilique latine de Saint-Laurent hors les murs (page 168, planche 109). C'était à Constantinople comme en Occident une transition entre les anciens principes de l'architecture grecque et romaine qui n'admet-
taient sur les colonnes que l'emploi des architraves, et ceux qu'établirent dès cette époque les artistes chrétiens , dont le but fut l'emploi général de l'arc.
3e disposition. — L'intérieur des églises de la période qui suivit le règne de Justinien, et dont on voit de nombreux exemples sur toute l'étendue de l'empire oriental, dans les villes comme dans les monastères, offre de grandes différences avec celui des premières époques : un éso-narthex ou portique intérieur précède généralement les nefs, qui sont fort peu étendues; aux colonnes, qu'on ne rencontre plus guère alors que sous le dôme principal, sont substitués partout ailleurs des piliers quadrangulaires ou cantonnés de pilastres destinés à porter des voûtes en berceau qui couvrent les nefs et les arcs-doubleaux qui les consolident. Le premier étage contient les tribunes du gynéconitis, ouvertes soit par de simples arcades, soit par des entre-colonnements toujours surmontés de cintres. Quelquefois aussi on a supprimé la tribune des femmes, autour de la nef principale , comme dans le dessin suivant, n° 228. Dans d'autres églises cette tribune a été réservée seulement au-dessus de l'éso-narthex ou vestibule intérieur, à la place occupée dans nos temples par le buffet d'orgues.
On reconnaît à l'intérieur de ces édifices, beaucoup plus que dans l'origine, l'intention de former autour du dôme central une croix grecque, laquelle est toujours bien nettement exprimée par quatre voûtes convergentes couvrant la nef principale, le sanctuaire en avant de l'abside et les bras de la croix. Les plus petits édifices sont ainsi disposés , à moins qu'ils n'aient les proportions d'une chapelle à une seule nef, dont quelquesunes même, malgré leurs petites dimensions, présentent encore dans leur voûte en berceau deux lunettes ou pénétrations formant des appendices de la croix.
N° 228. Coupe de l'église du Théotocos.
Les transsepts ou nefs transversales sont quelquefois terminés par des absides. L'église du monastère de l'Ecs-Miazin à Erivan, celles de Vatopedi et du Zographe, couvents du mont Athos, sont dans ce cas, ainsi que la Métamorphose, église du Météore en Thessalie, et celle de Saint-Elie à Salonique.