INTÉRIEUR DES ORATOIRES
Disposition. — Un septum, élevé à hauteur d'appui et orné de pilastres, sépare le chœur de l'oratoire de Cividale-del-Frioul et la nef; quatre colonnes et deux piliers supportent les voûtes construites au-dessus de l'autel, elles établissent trois divisions d'inégale largeur: celle du milieu, qui contient l'autel, est plus grande que les deux autres. La nef, couverte d'une voûte d'arête, paraît avoir en originairement trois portes: i° deux sur les faces latérales, et qui devaient communiquer avec les dépendances du monastère; elles sont bouchées l'une et l'autre; 2° une qui est à l'occident et sert aujourd'hui d'entrée. Au-dessus des portes étaient pratiquées cinq fenêtres, dont deux sur chaque face latérale. Le sol est pavé en marbre et en opus Alexandrinam; aux deux tiers de la nef s'élève un pupitre en marbre porté par une colonne de granit. Trois fenêtres étroites et pratiquées à une grande hauteur donnent du jour au sanctuaire, qui se termine carrément à l'orient.
L'oratoire de Cividale-del-Frioul, dont nous traçons ici les principales dispositions intérieures, est orné de nombreux détails d'architecture, l'un d'eux est antique; les chapiteaux en marbre qui surmonten t les colonnes paraissent avoir été exécutés pour la place qu'ils occupent; on y retrouve, comme dans ceux que nous avons fait 'connaître à la première partie, pages 229 et suivantes, l'imitation maladroite du chapiteau corinthien; tout le reste de la décoration architecturale de l'édicule est formé d'un stuc très -dur d'une teinte légèrement grise; c'est particulièrement sur la face occidentale intérieure que sont répandus, avec une certaine profusion, ces détails précieux par leur finesse, parleur beau caractère, et auxquels se mêlent des nattes, des tresses, comme on en voit dans tous
les ornements peints sur les vignettes des manuscrits carlovingiens (fig. 3 1 4) - L'ancienne chronique dont nous avons parlé, en décrivant le plan, mentionne une partie de ces décorations précieuses, ainsi que les six statues qui les complètent « Et porta habens desuper vitem imagines vi
« sculptas supradictorum sanctorum : scilicet sanctarum Anas- «tasie, Agape, Chionie et Irenes, et sanctorum Chrysogoni et « Zoelis. »
N° 3iU. Vue intérieure de l'oratoire de Cividale-del-Frioul.
La vigne indiquée ici au-dessus de la porte existe encore;
elle se répand en dessin courant, et dans le style antique, sur le plus large champ d'une archivolte, décorée en outre de fleurs, de perles et d'un ornement découpé qui surmonte le cercle extérieur. Le fond sur lequel est exécu tée la vigne a été originairement couvert de lames de verre bleu d'azur; on en voit encore des fragments (fig. 3i 5).
N° 3i 5. Archivolte de la porte.
Cette archivolte était portée par deux pilastres en marbre qui n'existent plus; les deux chapiteaux sont restés seuls à leurs places. Ils sont séparés, au-dessus du linteau de la porte, par un riche ornement retracé à la figure 3 1 6.
N° 3i6. Ornement entre les chapiteaux.
Une large frise, qui faisait originairement le tour de l'édifice, se voit seulement aujourd'hui dans la partie située audessus de la porte; elle est limitée, en haut et en has, par un bandeau saillant dessiné à la figure 317; on y remarque des fleurs dont le bouton central (fig. 3 18) est un petit globe de
N° 317. Bandeau saillant.
IV 3 18. Bouton en verre bleu.
verre bleu fixé dans le stuc par le col qui a servi à le souffler: c'est dans la hauteur de cette frise que sont placées les six statues en stuc mentionnées par la chronique, ainsi qu'une fenêtre bouchée aujourd'hui, et qui seule, entre les ouvertures pratiquées dans l'oratoire, conserve les colonnes placées sous le cintre. Les bases et les chapiteaux de ces colonnes sont d'ordre corinthien, modifié par l'oubli des proportions établies dans l'antiquité grecque et romaine; l'archivolte, reproduite à la planche 3 1 9, est ornée de perles en verre, d'une tresse dans le goût carlovingien, et de feuilles, dont le style rappelle celui des ornements peints sur les manuscrits de cette époque. Ces modifications introduites dans les formes et les proportions antiques, ces ornements nouveaux mêlés à l'art antérieur, indiqueraient dans le nord de l'Italie, à la fin de la domination lombarde, l'effet d'une influence septentrionale, dont on ne
voit aucune trace, à la même époque, dans les parties méridionales de cette contrée, ce qui aurait contribué à y faire considérer comme lombarde l'architecture du Nord.
N*.3ig. Archivolte de la fenêtre.
L'oratoire de Cividale-del-Frioul, dont l'âge est établi par la chronique et par le style des ornements qui le décorent, offre un des rares exemples qui nous restent des Flores gypsei, dont parlent les auteurs contemporains; il nous indique, en outre, que, durant la période carlovingienne, on revenait à l'architecture polychrome, et qu'on employait, pour lui donner de la durée, le verre teint, comme on l'a fait plus tard : la Sainte-Chapelle de Paris en offre une application remarquable. L'oratoire de Cividale nous a transmis les seules statues en stuc de cette époque.
La décoration des oratoires construits après la période carlovingienne fut établie par la sculpture dans les frises et les couronnements, ainsi qu'on en voit à celui de Saint-Saturnin de Fontenelle; des peintures en harmonie avec les travaux du ciseau complétèrent l'ensemble intérieur.
Les plus petites chapelles, les oratoires isolés, offrirent quelquefois des moyens de défense, lorsqu'ils furent construits à l'époque romane, durant laquelle les monastères
avaient été fortifiés d'une manière complète; il y en a un exemple à Marcevol, dans les Pyrénées-Orientales.
N° 320. Plan et Vue de la chapelle de Marcevol.