FENÊTRES
Les façades romanes présentent quelquefois une rose ou fenêtre circulaire, c'est Yocnlus des Latins; ceux-ci semblent v avoir attaché une idée symbolique en l'accompagnant d'un cercle dans lequel était, d'ordinaire, une figure en buste ou assise représentant le Christ, exécuté en mosaïque. Le style roman y attacha aussi une idée de symbole : les églises de Saint-Gabriel, de Toscanella, etc. présentent les attributs des évangélistes sculptés auprès de Yocuhis; ils forment sans doute ici le complément de la pensée qui s'y rattachait, et dont on peut voir la confirmation dans les sceaux de Norwich'2 et du prieuré de Boxgrave, qui montrent le Christ dans Yocnlus de l'église. (Voir les nos 357 et 358.)
1 Dom Félibien, Hist. de l'abbaye de Saint-Denis , p. 174. 5 Monasl. anglic. t. IV.
N° 35/. Rose de l'église de Sainte-Marie de Toscanella.
N° 358. Sceau du prieuré de Boxgrave.
Les fenêtres romanes sont généralement cintrées par le haut comme celles des deux styles précédents. Quelques exceptions
à cette règle se présentent, mais elles sont fort rares; la première période de cette nouvelle architecture les montre de petites dimensions, peu multipliées dans un même édifice, et placées à une grande hauteur dans les nefs secondaires ainsi que dans la nef du milieu; elles sont généralement évasées à l'intérieur plutôt qu'au dehors. Les Instructions du comité des arts, publiées précédemment, sur l'architecture du xie siècle jusqu'au xvic, ont fait connaître les principales dispositions des fenêtres romanes, page 67.
La décoration des fenêtres des premiers édifices romans qui s'élevèrent durant la période carlovingienne eut sans doute une même origine que celle des portes. L'appareil mêlé de briques s'étendant, comme on le voit aux rares églises de cette époque, jusqu'aux fenêtres, on les encadra de moulures en stucs, gypsei, pour masquer cette maçonnerie, ainsi que l'avaient fait les Romains; et les formes grossies qu'on y remarque résultèrent des procédés qu'on employa pour l'exécution , tant par les causes déjà données précédemment à l'occasion des baies d'entrée, que par une propension à porter sur l'ensemble des édifices une fermeté mâle et vigoureuse, en harmonie avec les idées sociales de l'époque: la décoration des fenêtres de l'église de Germigny-des-Prés, exécutée en stuc, indique parfaitement cette tendance de l'art. Dans des temps plus heureux, la pierre remplaçant le bois et les maçonneries en blocages, puis la décoration en stuc devenant plus rare, parce que des sculpteurs habiles purent la remplacer par le travail durable du ciseau, les formes des moulures et des ornements restèrent dans la voie qui leur avait été tracée par le maniement plus facile des calibres et de l'ébauchoir. (Voir à la page suivante, au n° 35çj, la gravure des stucs ou gypsei de l'église de Germigny-des- Prés, extraite de la Revue d'architecture.)
N° 35g. Gypsei de l'église de Germigny.
Déjà l'art romain dégénéré avait été conduit à un alourdissement des formes par l'oubli des proportions fines. Nous avons donné une idée de cette propension en examinant les Flores gypsei de l'oratoire de Cividale-del-Frioul. L'art roman, marchant dans cette voie déjà préparée , ne se fit plus, comme les précédents styles chrétiens, l'imitateur des formes antiques; il créa tout à nouveau pour harmoniser les détails nécessaires à la décoration architecturale avec l'aspect d'ensemble qui naissait alors sous la main des moines architectes. Cette harmonieuse nouveauté et l'aspect vraiment religieux qui y domine
firent de l'architecture romane la première qui ait été empreinte de l'inspiration chrétienne.