‹ Architecture monastique (volume 2)Chapitre 82 sur 193 · CLÔTURE DES FENÊTRES · texte numérisé non relu

CLÔTURE DES FENÊTRES

Les Latins et les Byzantins fermaient les fenêtres de leurs églises avec des treillis de pierre ou de marbre. (Voir les pages 1 3 3 et 3oi de la première partie.) Grégoire de Tours nous apprend qu'en France le bois remplaçait ces matières. Le verre blanc ou coloré y était fixé de manière à former de véritables vitraux de couleur, dès les premiers siècles chrétiens, comme on le voit par les récits de Prudence; de Fortunat, de Procope, déjà cités. Dans les Gaules, la fabrication du verre était trèsrépandue dès le temps de Pline (Pline, c. xxxvi, § 66); l'art de la vitrerie de couleur y était développé, et déjà au ixe siècle la peinture sur verre était assez avancée pour donner des verrières aux églises. M. Emeric-David a cité 1 l'historien de l'abbaye de Saint-Bénigne de Dijon, qui signalait en io52 , époque à laquelle il écrivait, un très-ancien vitrail de l'église de ce monastère, représentant le martyre de sainte Paschasie. Il avait été retiré, ajoute l'historien, de l'ancienne église restaurée par Charles le Chauve.

Vers la même époque l'Angleterre2, la Suède et le Danemarck, empruntaient à la France des artistes verriers pour clore leurs édifices sacrés. Aucun fragment de ces verrières de la première période romane n'a survécu; mais la seconde nous en a laissé quelques exemples qui nous indiquent suffisamment et la marche qui avait dû être suivie précédemment par cet art, et les beaux développements qui l'attendaient pour décorer les

1 Histoire de la peinture, éd. in-18, 18^2, p. 79, Emeric-David.

2 Beda, 1. I, c. v.

édifices de l'architecture qui fut la conséquence de celle que nous étudions ici.

L'abbé du Mont-Cassin , Didier, serait un des premiers qui auraient employé le fer pour former les châssis de verrières, et le plomb pour en fixer les portions entre elles. Ce fut le moyen qu'on adopta généralement durant la période romane comme depuis; les innombrables édifices élevés alors n'eurent sans doute pas de vitraux peints. M. l'abbé Texier et l'auteur des Annales archéologiques en ont fait connaître qui sont incolores; il est possible même que les petits édifices religieux, construits loin des centres d'industrie, n'aient jamais eu que des treillis en bois ou en fer dépourvus de vitres; les petites dimensions de leurs fenêtres à une grande distance du sol permettent de le supposer. Quant aux grandes églises monastiques ou cléricales du xne siècle, elles étaient déjà garnies à leurs ouvertures de vitraux remarquables par la composition, le beau style des sujets et par une bonne exécution. Les beaux fragments placés à l'abside de l'abbaye de Saint- Denis par l'abbé Suger, qui y est représenté; la verrière de Vendôme, et quelques autres débris, suffisent pour donner une juste idée de l'état de cette industrie relevée par les grandes ressources dont l'art dispose.

FAÇADES LATÉRALES

Durant toute la période romane, les façades latérales furent généralement simples et dépourvues dans l'origine de pilastres saillants , tant que les nefs furent couvertes en charpente, comme l'avaient été les basiliques latines; les moines constructeurs sentirent le besoin de consolider les murailles à l'extérieur par des contre-forts, dès qu'ils remplacèrent le bois par des voûtes; quelquefois ils maintinrent la poussée de

celles de la grande nef, en couvrant les collatéraux par des demi-berceaux dont ils approchaient les sommets de la voûte principale.

Les corniches de couronnement, établies avec des moulures en pierre d'un profil peu compliqué, se divisèrent en assises de dimensions égales, que soutenaient des corbeaux ou modillons quelquefois exécutés en marbre, et tous variés dans leur décoration , lorsqu'ils ne l'étaient aussi dans leurs profils bizarres. Des têtes d'hommes et d'animaux, des tresses empruntées à la passementerie, des entrelacs singuliers, des chimères de toutes formes, furent les motifs de sculpture usités dans cette partie de la décoration des faces latérales. On en voit au septentrion de l'église de Saint-Germain-des-Prés à Paris.

Les transepts offraient des murs à pignons, soutenus à leurs angles par des contre-forts; un et quelquefois deux rangs de fenêtres cintrées donnaient du jour à l'édifice par l'extrémité des ailes de la croix. Dans certaines contrées, cette partie des églises se décorait avec des incrustements de briques ou de pierres de diverses couleurs, de laves, etc. L'Auvergne et le Rhin en offrent de remarquables exemples. Les transepts étaient quelquefois disposés sur un plan semi -circulaire offrant une abside; les anciens édifices construits par les moines à Germigny- des -Prés et à l'ermitage de Fontenelle présentent cette disposition. (Voir les plans, aux pages 9 et 27.)

Les tours ou clochers secondaires établis sur les façades latérales y ajoutaient à la variété des lignes formées par les bas-côtés, parla nef principale, les transepts et le chœur; la tour, placée au centre de la croix, dominait toutes ces constructions. Les divers détails de ces nombreux accessoires des églises ont été expliqués dans le second cahier des Instructions du comité des arts (pag. 97 et suiv.).

Les contrées méridionales de la France, ainsi que l'Espagne, présentent quelques rares églises romanes sur les faces latérales desquelles se développent de longues galeries ouvertes : nous donnons ici le plan et l'élévation de celle qui se voit à Serrabona, dans les Pyrénées-Orientales. Quelle était la destination de ces galeries? Celle que nous publions n° 3 60 ne pouvait être un vaste porche latéral, comme on en voit un à l'abbatiale de Montréale, en Sicile, puisqu'elle s'élève sur des rochers inaccessibles, est close à hauteur d'appui, et qu'on n'y entre que par l'un des transepts de l'église. Ne pourrait-on pas expliquer la présence de ces galeries par le besoin d'enterrer les personnes de distinction en dehors de l'édifice, dans un lieu couvert, mais plus aéré que les nefs, où elles étaient ordinairement placées, ce qui, dans les pays chauds, était d'une grande importance pour l'hygiène? Il y a vingt ans, la petite église romane de Saint-Maur-les-Fossés, auprès de Paris, offrait une pareille galerie latérale ouverte sur le cimetière, et contenant des sépultures.

N° 36o. Plan de l'église de Serrabona.

N° 36 1. Façade latérale de l'église de Serrabona.

Toi te. — Les toits qui se développaient dans toute leur étendue sur les façades latérales des églises romanes s'établirent sur une grande pente, dans les contrées septentrionales, où l'on sentit bientôt le besoin de les élever pour faciliter l'écoulement des eaux; dans le midi de l'Europe on maintint les dispositions antérieures établies par les Romains.

La couverture se fit avec du plomb dans le Nord; les contrées abondamment pourvues de pierre en firent usage sous forme de dalles; plus généralement la terre cuite, moins lourde que ces matières, fut préférée , comme dans l'antiquité. Le grand nombre de tuiles fabriquées à la romaine, qu'on rencontre dans les fouilles qui s'opèrent auprès des églises anciennes, doit faire penser que ce système de couverture fut longtemps en usage dans nos contrées.

L'influence byzantine qui s'exerça dans l'Europe jusque vers le xmc siècle, et que nous avons fait connaître dans la première partie, pages 376 et suivantes, s'allia aux formes romanes : c'est ce qu'on observe à la grande abbatiale de

Saint-Front de Périgueux, ainsi qu'à toutes celles qui, dans les subdivisions de l'Aquitaine, formèrent autour de ce centre une école particulière, si bien étudiée et décrite par M. F. de Verneilli, dans son ouvrage sur l'Architecture byzantine en France. Les templiers, considérés précédemment comme les derniers introducteurs de l'art oriental en Occident, au moins pour ce qui concerne la disposition des plans, adjoignirent à ces formes étrangères tous les détails romans en usage dans nos contrées, au xne siècle. Il nous suffira de produire ici la façade latérale du Temple qui se voit encore à Laon, et de dire son analogie avec celles de Metz, de Montmorillon, de Ségovie, édifices dont nous avons donné les plans à la page 390 de la première partie.

N° 362. Façade latérale du Temple, à Laon.

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