‹ Architecture monastique (volume 2)Chapitre 83 sur 193 · ABSIDE · texte numérisé non relu

ABSIDE

Les premières Instructions du comité des aiis ont fait connaître quelle était la disposition des absides des églises romanes. Nous n'y ajouterons que quelques mots. Les abbatiales qui, dans les contrées du Midi, conservaient la forme du plan

latin, offraient, comme les basiliques de ce style, trois absides appuyées contre le mur oriental du temple.

N° 363. Plan de l'abbatiale d'Elne.

Quelquefois celle du milieu seulement prenait de la saillie à l'extérieur, les petites étant pratiquées dans l'épaisseur de ce mur, en forme de niches. (Voir le plan de l'église de Saint- Pierre à Toscanella, n° 327.)

La décoration externe de ces absides se borna d'abord à une corniche avec modillons; plus tard leurs parois cylindriques s'ornèrent soit de pierres de couleur ou de terres cuites incrustées, soit de pilastres, de contre-forts, de colonnes

engagées. Lorsque les modifications indiquées précédemment furent faites, dans le Nord, au plan des églises, les chapelles groupées autour du sanctuaire y formèrent une agglomération d'absides secondaires, et le sommet du chœur, plus élevé que ces chapelles, perdit sa forme première et son nom : on l'appela chevet, capitium1. Il n'était plus en effet composé, comme dans l'origine, dune demi-tour ronde s'appuyant contre le mur oriental du temple; c'était la continuation arrondie des hautes murailles latérales du chœur. Là commencèrent à se montrer les arcs-boutants formés par une série d'arcades décoratives s'étendant jusqu'au mur du chevet et laissant un passage auprès de lui, dans l'épaisseur des pieds-droits, comme on en voit un exemple remarquable à l'église romane de Sainte- Sophie de Padoue; ils furent ensuite isolés pour remplir leur fonction indépendamment les uns des autres.

Derrière l'abside orientale du temple, le plan de Saint-Gall présente un espace considérable de forme semi-circulaire, dans lequel on lit : Hic sine domatibus paraclisi plana parantur. C'était un second parvis dans les mêmes proportions que celui de l'Occident, mais sans galerie couverte, et destiné à éloigner toute circulation des environs du sanctuaire; les religieux pouvaient cependant y entrer, car plusieurs portes sont ménagées dans le mur extérieur. Il est probable aussi que de l'abside s'y répandaient les eaux qui coulaient des piscines, et que la crypte tirait du jour de cette cour sacrée , dont on retrouve des analogues dans les anciennes dispositions de l'église de Sainte- Geneviève, à Paris, et dans l'état présent de l'église monastique d'Elne et de l'abbatiale de Saint-Denis. ( Voir le plan de l'abbatiale d'Elne ( Pyrénées- Orientales) , n° 363, et celui de l'église de Sainte-Geneviève, n° 364.)

1 Du Cange. Capitium, Chevet, Chevais.

N° 364. Plan de l'ancienne abbatiale de Sainte-Geneviève, à Paris.

A ces abbayes, comme dans beaucoup d'autres, des cimetières de personnages importants étaient établis derrière l'abside; les anciens plans de Sainte-Geneviève le démontrent, et des fouilles opérées, il y a peu d'années, à Saint -Denis, y ont fourni des tombeaux contenant des objets précieux. Cette disposition fit placer quelquefois, dans une ouverture pratiquée à cet effet au mur de l'abside, une lampe qui éclairait en même temps la crypte et le cimetière. On peut y voir l'origine des fanaux qui , dans le cours du moyen âge , furent élevés, sur des colonnes isolées, dans les lieux de sépulture.

INSTRUCTIONS. — III. l3

Les absides romanes pouvaient être en polygone ou rectangulaires; les plans d'oratoires gravés aux nos 3o3, 3o4, 3o5, 3io et 3 1 1 en montrent de carrées; à la plupart des églises Cisterciennes, elles l'étaient aussi en raison de la disposition du sanctuaire. (Voir les nos 334 et 335, auxquels nous joignons une vue de l'abbatiale de Saint-Bénigne de Dijon, parce que son abside était très-caractérisée par une décoration exceptionnelle.) Les premières Instructions du comité traitent des absides en polygone, pages 8 et 91.

IV 365. Vue de l'abside de Saint-Bénigne de Dijon.

Une galerie de circulation s'établissait quelquefois au sommet de l'abside, à l'extérieur; c'est encore une invention romane; elle permettait de passer d'un transept à l'autre, et rendait plus de services encore lorsque deux clochers s'élevaient auprès du sanctuaire. Nous avons recueilli celle qui se voit à l'église de Sainte-Sophie de Padoue; elle contient le

principe des arcs-butants. On décora quelquefois celte galerie de colonnes portant des arcs ou des architraves : il y a des exemples de ces deux systèmes à Corne et à Trêves.

Ps° 366. Abside de l'église de Sainte-Sophie, à Padoue.

ir* disposition. — Les premiers essais de l'architecture romane, dans l'Europe moyenne et septentrionale, sappuyant, ainsi . qu'on l'a vu en examinant les plans et les façades, sur les dispositions antérieures, les nefs offrirent, comme celles des Latins, deux rangées de colonnes divisant le temple en trois nefs parallèles et allongées : le plan de l'abbatiale de Saint-Gall le démontre. Mais déjà, dès cette époque de transition et d'étude, les colonnes étaient remplacées fréquemment par des piliers

carrés, ainsi qu'on en voit à la vieille église de Saint -Front de Périgueux; on avait sans doute observé que le pilier est le véritable support statique de l'arcade; on lui adjoignit bientôt des colonnes engagées sur ses faces, pour le faire moins pesant à l'œil et pour le décorer. Ces colonnes ou ces piliers s'élevaient sur des pavés formés de compartiments en marbre ou en pierre, quelquefois aussi de mosaïques, comme les exécutaient les Latins. On lit dans la description de l'église de Germigny-des-Prés, par l'auteur anonyme du Catalogue des abbés de Fleury, publié par Baluze *, ce que fit à cet égard Théodulphe : « Pavimentum quoque marmoreo depinxit emblemate. » Au-dessus des arcs qui reliaient les colonnes ou les piliers des nefs, s'élevaient, comme dans les basiliques, les hautes murailles du temple; d'étroites fenêtres, mentionnées précédemment à la page 89, y étaient pratiquées à une grande élévation; il en était de même pour les murs des nefs latérales. Dans certaines contrées, le Poitou par exemple, il n'y avait de fenêtres que dans les collatéraux des églises. Le sommet des nefs, généralement couvert par des charpentes apparentes, à l'instar de celles qu'on a vues dans les basiliques primitives, commençait alors à se surmonter de voûtes en plein cintre, construites en blocages, comme les fabriquaient les Romains. Nous avons cité précédemment celles de l'oratoire deCividaiedel-Frioul; l'auteur du Catalogue des abbés de Fleury dit que l'église de Germigny était entièrement voûtée : « Totam namque arcuato opère eamdem extruens basilicam. » Ces deux exemples mentionnés dans des textes indiquent la nouveauté de cette application de la voûte aux constructions religieuses. Le peu d'expérience qu'on avait encore à cette époque

1 Baluze, Mise. t. I, Catalogue des abbés de Fleury. Mabillon, Act. ord. S. B. sect. x, p. 598.

pour la construction des voûtes explique la disposition singulière qui fut adoptée dans des édifices dont il nous reste quelques exemples : à la vieille abbatiale de Saint-Front de Périgueux, chaque travée des bas-côtés est voûtée en berceau dans le sens transversal, c'est-à-dire perpendiculairement aux murs latéraux; la grande nef était couverte en bois. L'église de Saint-Philibert, à Tournus, qui paraît d'une date moins ancienne, bien qu'antérieure à l'an 1000, olfre le même système dans sa 'nef principale; les bas-côtés sont voûtés en arêtes. Ces deux édifices indiqueraient la marche que suivit la voûte : dans le premier elle aurait été employée où il était plus facile de la construire, sur des bas-côtés étroits; dans le second, plus de hardiesse l'aurait fait établir au sommet de la grande nef. (Voir le n° 367, à la page suivante.)

Il est probable que les constructions importantes que fit faire Charlemagne à Aix-la-Chapelle eurent de l'influence sur cette modification, qui allait s'opérer dans les édifices sacrés; son église impériale présente des voûtes dans toutes les parties diverses de son ensemble, et dut contribuer à les introduire dans le Nord. L'église à peu près contemporaine de Germigny-des-Prés, que le moine Létalde dit être imitée de cette chapelle du palais de l'Empereur, avait en effet des rapports avec elle, non pas seulement par la disposition nouvelle qui changea la forme du plan dans la partie centrale de la croix, et fut l'origine de la grande révolution qui s'opéra dans la distribution intérieure de nos temples, comme on l'a précédemment reconnu, mais aussi par l'emploi général des voûtes qu'on observe dans toute la partie de l'édifice qui existe encore et formait le sanctuaire, le pourtour du chœur, et l'ensemble des constructions orientales du temple.

N° 367. Nef de l'église de Saint-Philibert à ïournus.

2e disposition. — Quand s'ouvrit la grande période de renouvellement général qui caractérise le xie siècle, les désastres passés et le mouvement social conduisirent à réédifier de toutes parts les monastères détruits, à fonder de nombreuses églises paroissiales, centres de nouvelles circonscriptions religieuses et politiques; ce fut alors que, s'appuyant sur les essais des deux siècles précédents, l'esprit novateur qui caractérisait l'Europe moyenne, et particulièrement la France, à cette époque, se donna un libre essor; les moines répandus sur tout le territoire, dépositaires de l'art et de la science, créèrent toutes les dispositions nouvelles qu'on remarque dans l'architecture des nefs romanes : piliers carrés que la statique fit préférer aux colonnes isolées, pour mieux supporter les arcs sur lesquels venaient reposer les hautes murailles chargées de voûtes : arcs-doubleaux et croisées d'ogives rendant ces voûtes plus durables et moins pesantes, en distribuant la poussée sur des points d'appui; ouverture du triforium ou galerie supérieure, pour accroître la surface de l'église, comme l'avaient fait les premiers chrétiens dans leurs basiliques.

Dans toutes ces innovations, sans doute, les religieux constructeurs, qui imprimaient le mouvement à l'Europe furent plus d'une fois aidés par l'intelligence active de laïques, entrés dans la voie de liberté qui s'ouvrait à fart et à l'industrie ; car on ne peut admettre que les moines seuls aient construit toutes les églises qui s' élevèrent . en France à cette époque. Nous avons . déjà cité plusieurs noms de laïques conservés jusqu'à nous. Les associations maçonniques, dont on a vu les premiers éléments à l'époque mérovingienne, dans les constructeurs méridionaux et d'origine gothique, durent se reconstituer alors, et fournil' aux religieux architectes des moyens d'exécution pour élever les temples en dehors des maisons religieuses; elles se développèrent plus tard de manière à se passer de la direction des moines.

Quant à la construction des grandes voûtes en berceau qui couvrirent les nefs au xic siècle, on en suit la marche par la loi progressive que traçait l'expérience : elles semblent avoir été d'abord établies immédiatement au-dessus des arcs qui reliaient les colonnes des nefs, disposition qui donnait peu de hauteur aux édifices, et n'admettait pas de fenêtres dans le vaisseau principal, ce qui s'explique par le peu de hardiesse qu'avaient encore les constructeurs; pour obvier à ces inconvénients ils allongèrent les proportions des colonnes ou des piliers de support des nefs, comme on en voit un exemple à l'abbaye de Saint-Savin , n° 368, et dans la plupart des édifices romans des contrées méridionales; dans le Nord, au contraire, où se développait plus nettement l'architecture nouvelle, où les constructeurs étaient plus entreprenants, on superposait aux colonnes ou aux piliers un étage de colonnettes et d'arcs secondaires, comme aux abbatiales de Jumiéges, du Mont-Saint-Michel, etc. ce qui motiva le triforium.

3' disposition. — Au xne siècle, l'élan donné par le xie amena des modifications dans l'architecture des nefs; les proportions s'épurèrent et s'étendirent : à côté des colonnes et sur leurs chapiteaux, s'élevèrent de longs fûts ou plusieurs ordres groupés en faisceaux et atteignant les retombées des voûtes supérieures; au-dessus des arcs latéraux s'établirent de nombreuses fenêtres, vraies ou figurées, simples ou multiples, à un ou plusieurs étages, amenant une richesse de lignes et de sculptures encore inconnue dans les siècles précédents. C'est aussi à cette période de l'art qu'on doit les dispositions prises dans la partie antérieure des nefs, pour délimiter les places des fidèles, ou porter les orgues sur d'immenses tribunes dont la partie basse formait l'éso-narthex des temples; afin d'harmoniser le pavé avec ce luxe des lignes, on grava d'innombrables figures ou de riches enroulements de feuillages dans des dalles de pierre; on les rehaussa même de mastics colorés, pour les mettre en rapport avec les vitraux de couleurs et les murailles enrichies de peintures. Ce sont ces pavements que saint Bernard reproche aux Clunistes en ces termes : « Et ne poussonsnous pas notre vénération pour les images des saints jusqu'à

en couvrir le pavé que nous foulons aux pieds Si vous ne

ménagez pas mieux ces images sacrées, ménagez du moins vos belles couleurs : pourquoi ornez-vous ce qui va bientôt être souillé? pourquoi chargez-vous de peintures ce qui sera nécessairement foulé aux pieds?» Le même siècle vit naître les brillantes mosaïques en terre vernissée qui couvrirent le sol des chapelles et du chœur.

Les nuances diverses que présentent les plans et les façades des églises romanes , selon les lieux où elles furent construites, et qui établirent des écoles diverses et locales, se produisirent dans l'architecture des nefs; ainsi, dès le siècle de Cliarlemagne,

si l'on en juge par le plan de Saint-Gall , les provinces rhénanes présentaient, à l'occident de leurs abbatiales, une contre-abside semblable en tout à celle qui en décorait le sanctuaire; le petit chœur et son enceinte la précédaient : dans les siècles suivants, cette disposition fut maintenue sur une circonscription plus étendue que dans l'origine. On reconnaît à la nef de la grande abbatiale de Cluny, à Autun , et dans plus d'une église de la Bourgogne, l'influence qu'exercèrent sur l'architecture romane les belles constructions antiques conservées dans cette dernière ville. En Poitou, à l'intérieur comme au dehors, une grande richesse de sculptures, et l'absence de croisées à la grande nef, formèrent un caractère local. A Périgueux s'éleva un édifice célèbre par son style oriental, l'abbatiale de Saint-Front, et le Périgord, leQuercy, l'Angoumois, la Saintonge virent se former une école d'architecture romane, à laquelle s'adapta la coupole byzantine au-dessus des nefs. L'Auvergne, la Provence, et enhn nos provinces de l'Ouest offrent aussi leurs caractères particuliers, et nés généralement d'un type qui, servant de modèle, donna naissance à une foule de combinaisons nouvelles, lorsqu'aux xic et xnc siècles l'esprit novateur, qui s'étendit comme l'étincelle, féconda les arts, ouvrit toutes les intelligences et prépara la grande période de l'architecture chrétienne; le Nord avait donné l'exemple.

Décoration.— Les premières décorations intérieures des nefs romanes devaient offrir beaucoup d'analogie avec celles des basiliques; dans les édifices simples, quelques peintures murales, des croix et des inscriptions devaient suffire; mais on voit dans la description de l'église de Germigny-des-Prés, construite par l'abbé Théodulphe, qu'on employait encore la mosaïque pour décorer l'intérieur des édifices importants,, lorsque l'architecture romane commençait à se former; l'au-

teur s'exprime ainsi : « In hac igitur (villa) idem Theodulphus « ecclesiam tam mirifici operis construxit, ut nuHum in tota « Neustria inveniri posset sedificii opus quod ei, antequam igne « cremaretur, valeret aequari; totam namque arcuato opère « eamdem extruens basilicam, ita floribus gypseis atque mu- « sivo ejus venustavit interiora. .. » Il est clairement démontré par ce texte que tout l'intérieur de l'édifice était décoré de mosaïques, les nefs aussi bien que le chœur et le sanctuaire, où il en reste encore, comme on le verra plus loin. Après la déclaration faite plus haut, qu'avant l'incendie qui détruisit les nefs, ce temple était le plus beau de la Neustrie, il fallait nécessairement que ses nefs contribuassent à cette beauté par leur brillante ornementation, qui s'unissait à l'ensemble.

Les mosaïques ne furent pas longtemps employées dans la période de transition qui préparait le style roman : Charlemagne en avait fait exécuter à Aix-la-Chapelle le plus bel exemple qu'il y eût dans le Nord , et nos contrées virent peu d'imitations faites sur ce modèle; les seuls fragments qui sont à Germigny-des-Prés ont survécu.

Lorsqu'au xic siècle les églises romanes s'élevèrent de toutes parts, la peinture religieuse couvrit les parois et les voûtes des nefs; les feuillages et les arabesques, l'imitation des marbres, enrichirent les membres d'architecture et les colonnes; le plus bel exemple et le plus complet qui ait été conservé se voit dans l'abbatiale de Saint-Savin en Poitou, publiée par le comité des arts et monuments en 1 845 , sous la direction de M. P. Mérimée.

A la décoration riche mais sévère du xie siècle succéda au xnc le luxe des dorures se mêlant aux couleurs appliquées par les peintres, et aux nombreuses productions des sculpteurs. Saint Bernard reproche ce luxe aux Clunistes : « Voici qui est

plus grave, leur dit-il, et qui le paraît moins pourtant parce qu'un usage plus fréquent l'a consacré : je ne parle pas de l'immense hauteur de nos églises, de leur longueur immodérée, de leur inutile largeur, de leur somptueuse recherche, de leurs peintures curieuses, qui attirent sur elles les regards

de ceux qui prient » et plus loin : « L'église est brillante

dans ses murailles elle revêt . d'or ses pierres A quoi

bon l'or dans les choses saintes?. ...»

Les deux belles églises romanes construites à Toscanella (Etats-Romains), à l'imitation des nôtres, présentent encore dans leurs nefs latérales, et sur les colonnes qui les séparent du vaisseau principal, de nombreuses peintures exécutées à l'époque des consécrations de ces temples, et qui datent, l'une de 1093, l'autre de 1206.

Nous avons indiqué précédemment, dans la première partie, à la page 178, que des voiles étaient suspendus entre les colonnes des basiliques primitives pour les orner et séparer les sexes; l'église romane de Sainte-Marie de Toscanella1 démontrerait que cet usage se transmit dans certaines contrées, au moins jusqu'à la fin du xne siècle; on voit, en effet, au-dessus des chapiteaux intérieurs de ce temple, dans l'intrados des arcs, au troisième caisson orné qui le décore, une entaille ménagée de chaque côté, et lors de la construction de l'édifice, pour y placer une tringle destinée à porter un rideau. Cette disposition se reproduit dans lous les entre colonnements.

Quelques peintures de manuscrits , exécutées depuis le xi° siècle et représentant des cérémonies qui eurent lieu dans les églises romanes, montrent des voiles suspendus dans l'in-

1 Voir dans le recueil intitulé, Monuments anciens el modernes, publié par J. Gailliabaud, la monographie de l'église de Sainte-Marie de Toscanella, par A. Lenoir.

térieur des nefs, ce qui confirme l'usage transmis jusqu'à cette époque par la primitive Eglise : l'ancienne abbaye de Saint-Martin du Canigou, dans les Pyrénées-Orientales, possédait une de ces peintures placée en tête d'une fondation de lampe dans l'église abbatiale, par une confrérie de prêtres et de laïques en 119,5. Les fondateurs y sont représentés assistant à la messe au maître-autel, devant lequel est suspendue la lampe; l'abbatiale de Saint- Martin offrant trois nefs, ]es voiles sont évidemment figurés entre deux d'entre elles.

MEUBLES DES NEFS

Bénitiers. — La fontaine d'ablution ou cantharus disparaissant de l'atrium roman, on établit à l'entrée des nefs un meuble qui en tint lieu , c'est le bénitier. On ignore comment il fut disposé d'abord; toutefois, dans plus d'un édifice roman trèsancien, on voit des bénitiers formés de chapiteaux antiques ou de l'époque latine, placés sur un fût de colonne, et creusés à leur sommet pour contenir l'eau sainte. L'antique église abbatiale de Saint-Quinin de Vaison en montre un ainsi fabriqué, et celle d'Elne, dans les Pyrénées-Orientales, en possède un creusé dans un court cylindre orné d'acanthes. Mais ce ne sont pas là des compositions romanes : le plus remarquable que nous ayons recueilli dans le style de l'art que nous examinons ici se voit à la basilique de Torcello; il se compose d'un fût de colonne porté par une base; trois prêtres y sont assis et groupés autour du pied d'un vase hémisphérique, orné de têtes d'animaux et de figures chimériques, comme en produisirent les xic et xnc siècles. Des rinceaux gravés dans le marbre ornent la base et le bord supérieur de ce bénitier. (Voir le dessin à la page suivante, n° 36g.)

N° 369. Bénitier de la basilique de TorceHo.

On voit un bénitier simple, porté de même sur une colonne tronquée, surmontée d'un chapiteau roman, à Fenallidès, dans les Pyrénées-Orientales. L'église romane d'Angy, dans l'ancien Beauvoisis, contient un petit bénitier roman scellé dans le mur, et composé de la cuve ornée d'une tête chimérique1. Les ruines de Saint-Martial dans la cité fournirent, en i84y, les fragments d'un beau bénitier roman orné de figures; il est déposé au Musée de Cluny. (Voir le n° 370.)

1 Archéologie des monuments religieux de l'ancien Beauvoisis, par le Dr E. Woillez, Angy, pl. II.

N° 370. Bénitier de l'église de Saint-Martial.

Fonts baptismaux. — Dans le Nord particulièrement, l'usage de baptiser par immersion ayant été abandonné vers l'époque à laquelle le style roman commençait à se produire, on ne fit plus, ainsi que nous l'avons indiqué en examinant les plans, de ces baptistères isolés dont l'Italie conserve quelques exemples et que mentionnent Grégoire de Tours et d'autres auteurs. (Voir aux pages 101 et suivantes de la première partie.) On remplaça ce baptistère par une cuve peu étendue, ronde, carrée ou en polygone, qui fut placée, soit dans la nef principale, comme on en voit une figurée au plan de l'abbatiale de Saint-Gall, auprès de l'autel de saint Jean-Baptiste, soit dans les nefs latérales. Les nombreux ouvrages français, anglais ou allemands, qui traitent de l'art au moyen âge, ont fait connaître de ces cuves baptismales qui offrent les dispositions les plus variées; on en voit un grand nombre qui ont la forme d'un chapiteau roman, décoré de volutes et de feuillages; d'autres, prenant celle d'une corbeille, sont couvertes de godrons, de sculptures d'ornements ou de figures, tantôt libres, tantôt dans des arcades: l'église de Vieux-Saint-Jean, à Per-

pignan, en a une sous forme de cuvier en bois lié avec des cordes. Les plus compliquées se combinent avec des colonnettes qui les supportent, soit à leurs angles, si elles sont carrées ou en polygone, soit autour de leur tige principale, qui est le plus souvent cylindrique. Ces meubles sont ordinairement creusés à fond de cuve; un trou pratiqué au fond permettait l'écoulement de l'eau baptismale.

Lorsque les chapelles latérales, fort rares dans l'architecture romane, furent admises dans ce style commençant à se modifier, on plaça la cuve baptismale dans celle qui était la plus voisine de la façade de l'église, pour conserver, autant que possible, le souvenir des dispositions originairement adoptées, avec l'intention de n'admettre le néophyte dans le temple qu'après sa purification par le baptême.

L'Italie paraît avoir conservé plus longtemps que le Nord l'usage du baptême par immersion, et pour cette cause on y éleva encore, depuis le ixc siècle, de riches baptistères isolés, reproduisant, à peu de chose près, les dispositions de ceux de la primitive Eglise; la décoration architecturale en différait seule. Il se trouve de ces baptistères à Asti, à Padoue (voir le n°37 1). Au milieu s'élevait la cuve baptismale , grand bassin ordinairement octogone, dans lequel on arrivait par plusieurs marches; les faces principales s'ornaient de riches sculptures. Des vignettes de manuscrits et des mosaïques de l'Italie représentent des baptêmes dans lesquels on reconnaît l'abandon de la grande cuve pour l'emploi de vases analogues à ceux qui sont en usage de nos jours; le néophyte, ordinairement en bas âge, y est plongé à mi-corps, comme on l'était dans la cuve primitive. Quelques bas-reliefs exécutés en France , sur les faces principales d'anciens tombeaux chrétiens , représentent le même sujet, traité d'une manière identique.

N° $71, Baptistère roman, à Padoue.

La décoration de la cuve baptismale établie dans ces édifices ne se bornait pas toujours à des sculptures exécutées sur ses faces, comme on en voit de remarquables à Toscanella, à Vérone : elle était quelquefois surmontée de colonnes portant des arcades. Une belle cuve, entourée de colonnes, se voit à Cividale du Frioul; elle date de la première période romane, c'est-à-dire du vme ou du ixc siècle; un remaniement ayant été fait à sa partie inférieure, on y a placé des fragments étrangers à la construction primitive. (N° 372.)

N° 372. Cuve à Cividale du Frioul

On remarque, en Italie, que le transport de la cuve baptismale par immersion se lit dans les nefs vers les xi° et xnc siècles. Le plan de l'abbaye de Saint- Gall, publié dans la première partie, a fait connaître que dans le Nord cette disposition fut adoptée à une époque bien antérieure. Nous en avons recueilli dans les collatéraux des églises romanes de Saint- Pierre de Corneto, de Sainte - Marie de Toscanella et de l'abbatiale de Saint -Zénon, à Vérone. Dans cette dernière église, la cuve d'immersion, d'un style roman bien caractérisé, a été disposée depuis pour l'infusion. (N° 3 73.)

N° 370. Cuve baptismale de 1 abbaye de Saint-Zénon.

La cuve baptismale qui décore le centre du baptistère isolé de la cathédrale de Pise offre simultanément la grande cuve primitive et quatre cuvettes pour l'infusion.

Chaire, ambon. —Dès la période carlovingienne , l'analogius, meuble spécial, destiné en Occident à la lecture des évangiles (voir page 189, Irc partie) , disparaît pour se réunir à l'ambon ; le plan de l'abbaye de Saint-Gall fait voir dans l'avant-chœur cette union des deux meubles, comme elle avait lieu chez les Byzantins (page 33g, Impartie). Ces observations sont appuyées par les rares exemples qui nous restent de chaires romanes; elles sont seules dans les églises qui en présentent , et offrent à leur partie antérieure un aigle portant le pupitre de lecture et parfois un saint Jean figuré au-dessous; quelque autre attribut des évangélistes peut s'y trouver aussi. Les

chaires romanes des églises de Saint- Ambroise de Milan, de San-Miniato, à Florence, de Sainte-Marie de Toscanella, de San-Sabino, à Ganosa, nous suffisent comme exemples.

iV 37^- Chaire de l'église de Saînle-Marie de Toscanella.

Durant la période romane, toutes les chaires ne lurent sans doute pas en pierre ou en marbre, comme celles que nous venons de citer; il y en eut certainement en bois, mais elles n'existent plus depuis longtemps. Les deux: abbatiales de Saint- Gall et de San-Miniato, qui font voir leurs chaires dans des enceintes réservées, mais à proximité de la nef principale, sont deux exceptions à la règle générale qui les faisait établir ordinairement sur une partie latérale de l'espace livré au public, afin qu'il pût mieux entendre la parole évangélique ; ces

deux exemples indiquent une transition entre l'usage primitif qui faisait placer la chaire dans l'enceinte du chœur (voir page 189, Ire partie) et le besoin qui se fit sentir plus tard de la placer au milieu des fidèles.

Autel du Christ en croix. — Un autel s'élevait à l'extrémité orientale des nefs romanes : il se voit déjà dans le plan de l'abbatiale de Saint-Gall, et y est ainsi désigné : Altare sancti Scdvatoris adcracem. Nous avons observé, dans la première partie, au sujet de la trabes, qu'elle était surmontée d'un Christ en croix, indiquant, par ce passage de la vie à la mort, la séparation entre le monde matériel et le monde céleste, comme le chance!, situé au-dessous, traçait la démarcation entre la nef livrée aux fidèles et le chœur réservé au clergé et aux saints mystères. Cet autel était donc établi pour qu'on adressât des prières au Christ mourant; nous avons indiqué plus haut, page 77, au chapitre qui concerne les porches romans, que le jour des Rameaux, lorsque la procession n'allait point au cimetière, pour y stationner devant le Christ en croix qui y était placé, cette station avait lieu dans la nef, devant le jubé du chœur, à un autel préparé pour la cérémonie. La sainte table, figurée au plan de l'abbatiale de Saint-Gall et surmontée d'une croix, offrait toutes les conditions nécesr saires pour cette solennité; elle s'élevait dans la nef, devant le Christ en croix, près des chancels du chœur. Les églises romanes de Saint-Ambroise de Milan et de San-Miniato à Florence offrent encore aujourd'hui des autels placés à l'extrémité de la nef principale, en avant du chœur et de la crypte, qui, dans ces deux édifices, est disposée sous le sanctuaire, mais presque au niveau de la nef.

Table pascale. — En examinant précédemment les clochers, on a vu par quels moyens les religieux indiquaient les

heures des travaux et de la prière; les siècles étaient représentés par ce qu'on appelait les tables pascales, grandes pierres placées dans les nefs, et sur lesquelles étaient tracées, année par année, les indictions, les épactes, la fête de Pâques; un trou pratiqué au-dessus du chiffre servait à ficher tous les ans une cheville indiquant la date de cette fête. Nous donnons ici, d'après un vieux dessin, celle qui se voyait à l'église de Saint- Etienne de Péri gueux, et dont il reste un fragment.

N° Table pascale.

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Les tables pascales étaient d'un usage fort ancien, et il y a lieu de croire qu'on en trouvait dans la plupart des églises monastiques. Saint Lanfranc, prieur de l'abbaye du Bec, en parle dans les statuts qu'il fit pour les monastères de l'ordre de saint Benoît; il en est question dans les Coutumes de Cluny et les Us de Cîteaux, mais elles étaient tracées sur du vélin et placées au cierge pascal. « Annota tur quidem in cereo pas- « chali annus ab Incarnatione Domini : inscribuntur quoque

« cereo paschali indictio vel aera, atque epacta1. » De Moléon mentionne la table pascale écrite sur un beau vélin et que l'on attachait à hauteur d'homme autour d'une grosse colonne de cire d'environ vingt-cinq pieds de long, dans la cathédrale de Rouen; elle y restait depuis Pâques jusqu'à la Pentecôte; on y marquait l'année, l'épacte, les fêtes mobiles, la date de la fondation de l'église, le nom du premier évêque, l'année du pontificat du pape, celle de l'institution de l'archevêque et du règne du roi, etc. Cette pièce était refaite tous les ans aux frais du chancelier de la cathédrale2.

Les moines ne se bornèrent pas à indiquer les heures par des cadrans solaires ou des horloges, et à diviser les grandes périodes par l'indication des fêtes principales : un autre besoin se présentait, celui de tracer les mois et les jours de l'année. Sans doute ils avaient chacun, sur leurs livres d'heures, de petits calendriers manuscrits qui pouvaient les guider personnellement, mais à ces moyens individuels ne se rattachait pas la pensée monumentale et commune qu'ils imprimaient à toutes leurs œuvres. Les divisions de l'année étaient indiquées par de vastes calendriers qu'on peignait sur les murailles; le monastère cistercien de Saint-Vincent et Saint-Anaslase, auprès de Rome, fait voir, dans une salle voisine de l'église, les restes d'un de ces calendriers; il occupait toutes les parois de la pièce; nous en avons recueilli un fragment suffisant pour donner une idée de sa disposition, qui, dans des arcs trilobés et peints, présente des saints déroulant les tableaux sur lesquels on peignait les chiffres des jours. (N° 376, page suivante.)

1 Huperl, Offices, liv. VI. Guillaume Durand, liv. IV, c. i.xxv Jean Beletli, Divin* offices, chap. cvni.

1 De Moléon , Voyages liturgiques en France. Paris, 1728.

N° 376. Fragment de calendrier au monastère de Sainl-Vincenl.

Enceinte des infirmes. — On lit dans les Us et coutumes de Saint-Germain-des-Prés, rédigés par l'abbé Guillaume III, qu'à l'extrémité orientale de la nef on réservait des places pour les infirmes du monastère; à certaines fêtes, la Toussaint par exemple, ils étaient obligés d'assister à l'office, ante crucem, devant la croix qui surmontait la clôture du chœur1. On a vu dans la première partie, page 1 83 , qu'à Clairvaux on leur avait préparé une enceinte réservée, à l'orient de "la nef, devant le chœur des religieux, et à la même place qu'à Saint- Germain-des-Prés; n'est-ce pas là aussi la disposition qui est tracée au plan de l'abbatiale de Saint-Gall autour de l'ambon?

1 Usus et consuet. Sancti Germani aPratis, page 168; pièc. justif. Dom Bouillart.

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