‹ Architecture monastique (volume 2)Chapitre 87 sur 193 · CRYPTES · texte numérisé non relu

CRYPTES

lre disposition. — Les églises de la période carlovingienne et transitoire de Germigny-des-Prés , de Saint-Martin d'Angers et de Saint-Généroux n'ont point de cryptes; on a vu, à la page 21 lx de la première partie, que celle de l'abbatiale de

1 Apud Martenne, Hist. monast. Saint-Flor. Salin, t. V, col. 1097.

Saint-Gall est parfaitement analogue aux cryptes latines de l'Italie; c'est dans la vieille église de Saint-Front, à Périgueux, monument que, par la décoration de la façade et les voûtes transversales de ses nefs latérales, nous avons déjà classé au nombre de ceux qui sont dans la voie de transition du style latin au roman, que se voient des caveaux appartenant à la période transitoire. Cet édifice présente trois cryptes, l'une sous l'emplacement approximatif de l'ancien sanctuaire, détruit pour la construction de la grande église à coupoles, les deux autres sous les ailes qui donnaient à l'ancien temple la forme d'une croix. Ces divers caveaux sont voûtés; mais ce qui les distingue particulièrement des cryptes latines, c'est qu'ils ont plusieurs nefs réunies par dés arcades : de plus, les impostes des arcs ont des moulures à biseau qui ne sont plus latines; la brique paraît dans la construction comme aux églises de Saint-Martin d'Angers, de Vieux- Pont-en-Auge, de Saint-Généroux.

La crypte de Saint Laurent de Grenoble offre aussi des traces de transition : quatre absides y sont disposées en croix, éléments réunis des plans de l'abbatiale de Saint-Gall et de l'église de Germigny. La place donnée aux colonnes auprès des murs, les lourds tailloirs des chapiteaux, sont contraires à tous les principes latins. Des stucs décorent ses voûtes, et leurs formes sont encore établies suivant le style antique, suite de l'influence romaine qui se maintint longtemps au delà du Rhône et s'y prolongea jusqu'au xne siècle; mais de là naît un désaccord entre les diverses parties de la décoration de la crypte, ce qui indique suffisamment une période transitoire. (Voir le plan à la page suivante, n° 390.)

N° 3go. Plan de la crypte de Sainl-Laurent de Grenoble.

Si le plan de la crypte récemment découverte à Orléans n'offre pas des caractères de transition aussi marqués que le précédent, les bases et les couronnements des piliers montrent, par leurs arêtes et leurs angles abattus, l'abandon des formes latines. (Voir les planches 3 91, 392 et 393.)

N° 3g 1. Plan de la crypte d'Orléans.

N° 3g 2. Coupe de la crypte d'Orléans.

N° 39.3. Détails de la crypte d'Orléans.

Les cryptes romanes construites après l'an 1000 sont trèsvariées dans leurs formes; on peut dire qu'en général elles offrent plusieurs nefs divisées par des arcades dont les colonnes ou les piliers portent chapiteaux, qu'elles sont surmontées de voûtes en berceau dans lesquelles sont de nombreuses pénétrations motivées par les arcades latérales, qu'on en voit quelques-unes qui sont plafonnées sur leurs nefs étroites : celle de Vie, département de l'Allier, est du nombre. (Voir à la page suivante, sous les nos 3 94, 3 9 5, 396, le plan et les coupes de cette crypte, qui offre cette particularité assez rare, d'avoir son entrée au milieu du sanctuaire.)

160 instructions:

N° 3g4. Plan de la crypte de Vie.

N° 3g5. Coupe transversale de la crypte de Vie.

N° 396. Coupe longitudinale.

Ordinairement placées sous le sanctuaire, les cryptes prennent ses formes courbes à l'orient et s'arrêtent d'une manière brusque et carrée à ses limites occidentales; on y arrive, à peu près comme dans les cryptes latines tracées aux plan-

ches i32, i33, i34 de la première partie, par des escaliers placés dans le voisinage du sanctuaire. Lorsque l'art roman prit plus de développement, les cryptes s'étendirent au point de devenir de véritables églises souterraines. Celle qui se voit sous l'église de l'Abbaye-aux-Hommes à Caen est déjà trèsvaste, comme l'indique le plan ci-joint, n° 097.

N° 397. Plan de la crypte de l'Abbaye-aux-Hommes.

A Cantorbéry, elles sont considérables; dans cette abbaye elles offrent cinq nefs presque aussi étendues que celles de l'église qui les surmonte; elles ont doubles chapelles de transsepts et de rond-point; enfin on y a ajouté un immense chœur à trois nefs avec un sanctuaire arrondi, qui supporte la chapelle nommée la Couronne de Thomas Becket. Toutes ces constructions ne datent pas de la même époque, elles ont été ajoutées successivement à la crypte romane, qu'il est faede de reconnaître en examinant le plan général gravé à la page suivante, sous le n° 398.

N° 3g8. Crypte du prieuré de Cantorbéry.

[.es cryptes de l'abbaye de Saint-Germain, à Auxerre, étaient

remarquables par leurs deux étages superposés et le nombre de corps saints elles contenaient. Les caveaux de l'abbaye de Saint-Denis, qui sont dus au style roman très-avancé, contiennent de vastes galeries, des chapelles égales en nombre à celles du rond-point de l'église, et de nombreuses cryptes, dont une, fort étendue et située sous le sanctuaire, est plus ancienne que les autres; elle servit de sépulture aux rois de la famille des Bourbons. On peut en restituer approximativement les dispositions premières, comme le plan ci-joint l'indique, en cherchant, dans les substructions actuelles, les restes de l'église antérieure à Suger, et en traçant cette crypte à l'extrémité de son abside.

N° 3gg. Ancienne crypte de l'abbaye de Saint-Denis.

En Italie les cryptes romanes sont rares et disposées autrement que celles du Nord; aux églises de Saint- Ambroise de Milan et du monastère de San-Miniato, à Florence, elles oe

sont qu'à demi souterraines, s ouvrantpard.es arcades situées au delà du maître-autel ; elles élèvent à une grande hauteur le sol du chœur et du prœsbyterium : l'intérieur est divisé en nombreuses nefs séparées par de minces colonnes en marbre portant des arcs; la crypte de l'église de Saint-Pierre, à Toscanella, est disposée de la sorte, mais elle est entièrement souterraine; notre crypte mérovingienne de l'abbaye de Jouarre offre de l'analogie avec celles de l'Italie.

N° àoo. Crypte de l'église de Sainl-Pierre, à Toscanella.

Des chapiteaux sculptés, des autels et des tombeaux, plus ou moins ornés, des peintures répandues sur les parois, formaient la décoration des cryptes romanes; celles de la vieille église de Saint-Front, de l'abbaye de Saint-Savin, de Saint- Pierre de Toscanella, offrent des tableaux de légendes et d'autres sujets religieux.

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