Narthez
H. Clocher moderne.
L*entrée de Yatriam, qui était généralement aussi celle du monastère, se décorait avec un certain luxe : un porche A, composé de deux colonnes en marbre précieux, soutenant un en- ' tablement architrave, et plus fréquemment des arcs, précédait la porte d'entrée, enrichie elle-même de marbres et de
sculptures. Nous avons donné précédemment, à la page 70 , les portes à'atria des monastères de Saint-Clément et de Sainte- Praxède à Rome. La peinture et la mosaïque ornèrent qudquefois de sujets sacrés le dessous de ces porches, comme on le voit à ceux de Saint-Vincent et de Saint-Sabas, à Rome. On décora même de la sorte des façades entières dialria; on en reconnaît des restes sur ceUe de Saint-Clément; le célèbre tableau de Fincendie du bourg Saint-Léon par Raphaël, fait voir que le parvis qui précédait la basilique de Saint -Pierre, à Rome, était décoré, sur sa façade, de mosaïques représentant le Christ dans une gloire, entouré des apôtres.
Vatrium servait originairement de cimetière; celui du monastère de Sainte-Praxède est encore aujourd'hui un lieu de sépulture : un immense caveau occupe toute son étendue, et, par une ouverture pratiquée au centre, on descend les corps des fidèles. Au parvis de Saint-Clément, on a placé aux deux angles de la façade des têtes de larves arrachées à des tombeaux antiques, pour indiquer que l'enceinte était réservée à la sépulture.
Dans Taxe de Yatrium s'élevait originairement une fontaine canlharas ^ destinée aux ablutions; supprimée dans les monastères d'occident, on la voit encore devant les églises du mont Athos^. La mosaïque de Ravenne, qui montre l'impératrice Théodora entrant dans une église, donne une idée de ce que devaient être ces fontaines ou phiales qui étaient construites en marbre^. Nous donnons ici un dessin de cette fontaine.
' «Canthari, aquarum receptacula, unde aquœ erumpunt, qui in roediis ecdesiarum atriis eztroi solebant. • Du Gange.
^ Voir la planche ao.
' • Cantharum B. Pétri . . marmoribus ornavit. » Du Gange.
N° 60. Canthanu de BaTcane.
Les bassins d'ablution furent portés ensuite sous le porche, et plus tard dans l'élise, où ils furent remplacés par les bénitiers. Sous une galerie de ïatriam était pratiquée la porte conduisant aux lieux réguliers habités par les religieux.
Le porche du parvis de Saint-Clément a conservé entre les deux chapiteaux antérieurs une barre de fer qui porte des anneaux; ils indiquent qu'un voile y était suspendu pour préserver les religieux des importunités de la rue. (Voir la planche 43.)
Les premiei's moines, s'élant proposé de répandre le christianisme où ils allaient s'établir, préparaient les catéchumènes
à recevoir ie baptême; Sulpice Sévère, dans la vie de saint Martin, nous apprend quils agissaient ainsi à Ligugé, premier monastère des Gaules; plus tard, ils eurent eux-mêmes des baptistères. La purification se faisait, chez les Juifs, dans des vases de métal : Moïse en plaça au tabernacle; au temple de Jérusalem, la mer d'airain était un vaste bassin rond. C*est pour suivre la même pensée que les premiers moines firent leurs cuves baptismales circulaires d'abord ; on les enveloppa ensuite dans les murs d'un petit édifice qui reçut la même forme : on voit de ces premières cuves figurées dans les peintures des catacombes, et quelques tombeaux sculptés des premiers siècles représentent des baptistères disposés en rond; Tun des plus curieux est sur un sarcophage que renferme Téglise de Sainte-Agnès de la place Navône à Rome. Ces petits édifices étaient isolés de l'église et s'élevaient fréquemment dans Y atrium. Saint Paulin , saint Augustin , parlent des baptistères isolés; saint Grégoire le Grand ordonna en 698 à Pierre, évêque d'Aleria, de construire une basilique et un baptistère ^ Saint Athanase, dans sa lettre aux orthodoxes, distingue le baptistère de l'église. Cette disposition avait été prise parce qu'on jugea que les catéchumènes n'étant point encore initiés avant d'avoir reçu le baptême, il était nécessaire de les amener à cette cérémonie avant de . leur donner la libre entrée de la basilique. On voit encore à Rome, auprès de Véglise monastique de Sainte-Agnès hors les murs, le baptistère circulaire que Constantin y fit construire, et qui depuis servit de sépulture à sainte Constance. La ville de Noce^^ de Pagani, dans le royaume de Naples, présente un très-vaste baptistère rond, converti en église sous le vocable de Sainte-Marie-'Majeure ; au centre est une cavité circulaire
' Baronios, i4fiii. &17, 554 et 555.
dans laquelle od descend par trois marches : c'était la disponlîon primitive pour administrer !e baptême par immersion. Grégoire de Tours dit que les baptistères étaioit constmits en rond, et qu'au milieu était un enfoncement où Iod descendait.
On pense que les religieux adoptèrent bientôt l'octc^one pour la cuve baptismale et l'édifice qui la couvrait, afin d'éviter de reproduire la forme des piscines profanes. Le baptistère situé devant l'église monastique de Torcello, dans les lagunes de Venise, est octogone.
Ces édifices étaient généralement simples à l'extérieur; l'un de ceux dont nous donnons ici des représentations gravées, est décoré de bossages; dans sa partie inférieure, une porte latine ornée de voiles accompagne cette décoration ; dans une région plus élevée s'ouvrent trois fenêtres cintrées comme celles des basiliques; l'édifice est couvert d'un dôme divisé par des côtes étroites et assez distancées pour faire admettre qae le sculpteur a eu l'intention de figurer du métal, un 2abaram surmonte celte couverture.
Le baptistère de Constantin à Rome donne une idée de ceux que pouvaient posséder les grands monastères : deux belles colonnes en porphyre, richement ornées de bases et de chapiteaux composites, forment le porche; des pilastres en marbre antique supportent, avec les colonnes, un entablement complet
Ces édifices furent décorés, à Tintérieur, avec beaucoup de luxe : la peinture et la mosaïque couvraient les parois; les marbres les plus précieux étaient employés au pavé et à la décoration du bassin central dans lequel descendaient les catéchumènes. Celui du baptistère de Constantin, à Rome, est entouré de huit grandes colonnes eu porphyre sur lesquelles repose un ordre plus petit supportant le toit de Fédifice. Une chapelle consacrée à saint Jean-Baptiste s*élevait souvent auprès du baptistère, ainsi que des salles de catéchumènes. L ameublement était en harmonie avec la décoration intérieure; on peut en juger par celui de Constantin : au centre s'élevait un bassin en argent, auprès duquel une colonne en porphyre portait une fiole d*or, du poids de cinquante livres , destinée à contenir le baume. Sur le bord du bassin, un agneau en or amenait Teau dans la cuve baptismale; à sa droite s'élevait une statue de Jésus-Christ en argent, pesant cent soixante et dix livres; au côté gauche une statue de saint Jean-Baptiste en même métal , et du poids de cent livres. Sept figures de cerf en argent) pesant quatre-vingt-trois livres chacune, fournissaient aussi de leau à la cuve centrale. Du milieu de Tédifice pendaient plusieurs colombes en or et en argent pour représenter le Saint-Esprit et les sacrements du Baptême et de TEucharistie.
La distance qui séparait originairement le baptistère de la basilique, offrant des inconvénients pour le service, on le rap-
procha au point de le faire adhérer au porche, todt en le laissant dans Taxe , devant la porte de Féglise : c est ainsi qu'il est placé à Torcello. Peu commode encore à cette place , il fut établi latéralement, dans le voisinage de la nef du nord on du midi; enfin, en le réduisant à la cuve baptismale, on le plaça soit sous le porche, on en voit un à Fabbaye de Grotta-Fer^ rata, auprès de Rome, soit dans Taxe de la grande nef, comme il est sur le plan de labbaye de Saint-Gall, ou dans une nef latérale, ce qui eut lieu au xi^ siècle. Le monastère de Saint- /énon à Vérone et beaucoup d*autres en offrent des exemples.