C. PLA.NS DES BASILIQCBS
I^ disposition. — Les moines ayant à remplacer par des édifices plus étendus et plus durables, leurs oratoires établis provisoirement , cherchèrent les dispositions les plus convenables au but quils se proposaient; ce fut encore dans les nK>Quments antiques qu ils trouvèrent des exemples à suivre. Ayante en construisant leurs premières basiliques, le même but que les chrétiens qui vivaient au dehors de la société monastique « ils imitèrent comme eux les synagogues des juifs, où les affres avaient lait les premières allocutions au peii[^ \ ou les basiliques romaines, qui étaient disposées d*une mani^ne non moins favorable aux grandes ivunions.
Les raivs documents qui nous restent des basiliques romaines démontrent que fimitation qum firent les moines était complète. Nous n^pn^luisons ici un frasncnent du |dui antique iW lH>me. expose au Cipàtole. et qui montre des portioiM^ importantes des basiliques Emilienne et l Ipienne.
N* 63. Fragment du plan antique de Rome.
Nous y joignons le plan de la basilique de Pompeia, encore conservé en entier.
N* 64. Basilique de Pompeia.
Pococke, d'Agîncourt, Denon, la commission d'Egypte, ont publié les plans des plus anciens monastères de cette contrée; les églises y sont composées de trois nefs séparées par des colonnes : celle du monastère de Sainte-Catherine au mont Sinaï est de même. A Bethléem , et dans les plus anciens édifices sacrés de la Syrie et de l'Asie Mineure, au monastère de Saint- Jean Studius de Constantinople, les églises ont la forme de la basilique. La disposition courte et en croix grecque du plan byzantin ne s'établit que plus tard dans Fempire grec.
En occident, les églises des moines, telles que nous venons de les indiquer, furent conservées jusqu'au moment où de nouvelles distributions, dont on voit les premiers essais dans le nord vers les temps carlovingiens, en modifièrent les lignes simples et primitives. Le plan latin se conserva longtemps encore dans les contrées méridionales de l'Europe, et Rome se tint en dehors de toutes les innovations dues au moyen âge, conservant, comme un type invariable de l'architecture monastique , les formes prescrites d'abord par les constitutions apostoliques , et adoptées originairement dans toute la chrétienté.
On voit à Rome deux basiliques de monastères des premiers siècles, qui n'ont pas été, comme toutes les autres, modifiées par les reconstructions: ce sont celles de Saint-Laurent et de Sainte-Agnès. Élevées l'une et l'autre en dehors des murs de la ville, à l'entrée des catacombes, elles offrent les dispositions primitives. La basilique de Saint -Laurent est située à droite de la voie Tiburtine, au lieu nommé Campus Veranus. La route antique, détournée au moyen âge, traversait le lieu où est aujourd'hui le jardin du monastère, puis, longeant la colline qui contient les sépultures, elle permettait d'approcher de la façade originairement dirigée à TEst,
et devenue le chevet de l'église actuelle, par une mutation opérée pour agrandir Tédifice et l'orienter selon l'usage établi : le plan ci-joint explique ce changement.
N* 6r>. Plan de la basilique de Saint-Laurent.
Nef et porclic
• ft
ajoutas au moyen Âge.
isilique primitive
de Saint-Laurent.
Après avoir franchi la porte ancienne, on arrivait dans un portique intérieur ou éso-narthex qui précédait la nef principale et reproduisait en tous points la disposition des basiliques civiles des Romains, comme on peut le voir sur les fragments du plan de Rome, planche 63, p. io5, et sur celui de la basilique de Pompeia, planche 64, p. io5. On renonça, en occident, à ce portique intérieur dès les premiers siècles; il s'est maintenu en orient.
L'afttel fut placé, à la basilique de Saint-Laurent, dans une abside ou tribune voûtée {A^is, voûte) , semblable à celle que
les Romains nommaient tribunal, basilicœ caput ^ Le sanctuaire était élevé de trois marches dont on voit les traces sur les socles des deux premières colonnes, lorsquon descend dans les fouilles opérées il y a peu d'années pour dégager cetie partie de l'ancien édifice. Ces socles sont décorés de croix grecques, de l'alpha et de l'oméga. Au point de jonction de la nef ajoutée au moyen âge, avec les murs de la première basilique, l'examen fait reconnaître des différences d'épaisseur, indiquant que, pour le service de l'autel, on établit originairement des sacristies placées auprès de l'ancienne abside supprimée; elles s'élevaient peu , car au sommet du monument on reconnaît les traces de baies de fenêtres au fond de l'église. Le mur septentrional de l'édifice s'appuie contre la colline, qui contient des catacombes étendues; une porte pratiquée dans ce mur conduit aux souterrains, de sorte que le monument étant appliqué devant leur entrée , il n'était pas possible de visiter les sépultures des chrétiens sans passer par le temple consacré au martyr.
L'église de Saint-Laurent offrait originairement un premier étage, comme les synagogues et les basiliques des Romains. Le plancher dont oa voit encore aujourd'hui les traces fut supprimé lorsque la première église devint le chœur de l'édifice augmenté au moyen âge; cet étage formait le gyneconitis ou tribune des femmes, qui arrivaient à leurs places parla colline contre laquelle est appuyé l'édifice, disposition dont nous donnerons bientôt un autre exemple, contemporain de celuici, et qui, n'admettant aucune communication entre les deux sexes, était parfaitement convenable à des moines. Les Grecs n'ont cessé, depuis l'origine jusqu'à nos jours, de ménager aux femmes une tribune au premier étage, dans les temples
• Pline, lÎY. VI, lelt. 33; Vitruv. liy. V, cbap. i.
assez vastes pour le permettre , et les escaliers sont disposés de manière à éviter toute communication. L'église monastique de la Vierge» à Mistral présente même une analogie complète avec celle de Saint-Laurent hors les murs, pour ce qui regarde l'arrivée des femmes par la colline contre laquelle s'appuie l'édifice.
Quelques monastères excluaient complètement les femmes de leurs églises : celle de l'abbaye de Saint-Michel de Coxan, dans le Roussillon , n avait d'entrée que par le cloître , pour quelle leur fût entièrement interdite^. Certains ordres religieux, comme on le verra plus loin, n'élevaient, pour la mémo cause, qu'une nef latérale dans leurs églises.
A Rome la seconde basilique de forme primitive est celle du monastère de Sainte-Agnès, construite sur la Via Nomen-tana, hors les murs; elle présente avec celle de Saint -Laurent une grande analogie : située au bord d'une route importante, auprès dé catacombes étendues , sur un sol bas qui permettait aux femmes d'arriver deplain-pied, par la voie supérieure, au gyneconitis, elle offre toutes les conditions des basiliques d'origine; son plan, peu étendu en longueur, fait reconnaître au premier aspect, comme celui du précédent édifice, qu'une galerie supérieure multiplie les places réservées aux fidèles. Au rez-de-chaussée, un éso-narthex ou galerie intérieure rejjie les deux nefs latérales derrière le mur de la façade; la porte du temple s'ouvre sûr une cour sacrée ou atrium^.
* 'Ckotx téglms byzantines, par Couchaud, pi. a o et suivaDtes. ' * Dom Martenne, Voy, litt. t. \, pi. 2, p. 59.
' Nous n*avoiis pu éviter, en examinant les basiliques des anciens monastères, de reproduire quelques-unes des notions données par nous, très-succinctement, dans le premier cahier des instructions du comité.
N"* 66. I^an de la basilique de Sainte-Agnès.
L'église de SâiQte-Âgnèi> iie subit pas de mutilations comme celle de Saint-Laurent; son abside fut refaite en 6^5 , sous le pontificat d'Honorius P^
2' disposition. — Les basiliques primitives qui viennent d*être examinées présentaient quelques dispositions auxquelles on dut renoncer lorsque les cérémonies religieuses prirent plus de développement. Le premier changement important fut la suppression du porche intérieur situé derrière la porte d'entrée; il établissait une circulation antérieure à la nef principale, qui nuisait à son effet général et à celui des cérémonies. Une seconde suppression non moins importante s'opéra sur la î^alerie du premier étage, établie pour placer les femmes. Cette suppression conduisit à étendre considérablement les nefs, afin de trouver au rez-de-chaussée une surface égale à celle que présentaient originairement les deux étages; les assistants furent placés alors dans les nefs latérales, les femmes au nord.
et les hommes au midi. Plusieurs monuments anciens, particulièrement les mosaïques de Ra venue, font voir cette division des sexes. Nous Ta vous indiquée au plan de Saint-Clément, planche 69.
Les premiers constructeurs religieux firent une autre modification aux plans imités d'abord des basiliques romaines : à l'extrémité des galeries latérales ou bas-côtés, on étabUt des absides secondaires reproduisant, dans de plus petites proportions, la grande tribune ou abside principale; elles formaient de grandes armoires ou sacristies secondaires qui furent closes par des portes, et plus généralement par de simples rideaux; on déposa dans Tune les vases sacrés : ce fut Torigine des trésors; l'autre contint les diplômes, les livres destinés aux cérémonies, et là se formèrent les bibliothèques, les archives des monastères. (Voir à la planche 67 le plan de l'église monastique de Saint-Sabas, à Rome.) Les églises des monastères de Sainte-Sabine, de Sainte-Cécile, de Saint-Jean-et-Paul, de Saint-Pierre-aux-Liens , à Rome , de Torcello , dans les lagunes de Venise, présentent ces sacristies semi-circulaires. Les temples chrétiens de la Grèce ont conservé ces dispositions curieuses; on en voit dans les églises monastiques du mont Athos : elles sont closes par des portes en métal ^ On les disposa ainsi au monastère de l'Ecksmiazin^ et dans toute l'Asie chrétienne, lors même que l'architecture byzantine eut remplacé , dans une partie de l'Orient, par des plans d'une forme toute diflférente, ceux qui avaient été adoptés d'abord dans la généralité du monde catholique.
^ AtuuUet archéologiques. Voyage aa mont Athos, V volume, a' et 6* liyraison. * Voyage en Pêne, par Chardin; Voyage au Caucase, par Dubois de Montperreux.
N* 67. Plan de la basilique de Saint-Sabas, à Rome.
3"^ disposition. — Les grands monastères, comme celui de Saint-Paul hors les murs de Rome, eurent plus tard des églises qui, bien que conçues dans le même système que celles qui viennent d'être indiquées, présentaient des proportions immenses, se divisaient en cinq nefs auxquelles cinq grandes portes donnaient entrée; un mur parallèle à la façade, élevé en avant du sanctuaire, arrêtait les collatéraux pour former une nef transversale dans laquelle on doit voir Torigine des transsepts, qui, dès lors, furent fréquemment adoptés et donnèrent au plan des églises la configuration d'une croix plus ou moins caractérisée, en raison de la saillie que prirent leurs extrémités sur les murs latéraux de l'édifice. (Voir à la page 1 1 3 le plan de la basilique de Saint-Paul.)
N* 68. Plan de la basilique de Saint-Paul.
La basilique de TÀra-Coeli, à Rome, Tune des plus anciennes abbatiales de cette ville, présente des transsepts trèsprononcés. Dans les plans des églises ainsi conçues, les communications s^établissaient entre les collatéraux et la nef transversale aux bras de la croix, par des arcades percées dans le mur parallèle à la façade; ces basiliques seules présentent une ouverture immense, pratiquée au fond de la nef principale et démasquant le sanctuaire et Tabside : on la nommait ïarc triomphal; elle était souvent ornée de colonnes comme ou en voit à Saint-Paul hors les murs.