‹ Architecture monastique (volume 3)Chapitre 26 sur 54 · D. FAÇADES · texte numérisé non relu

D. FAÇADES

1" Disposition. — Les plans dont on vient de suivre les modifications diverses ayant été à peu près généralement adoptés dans la chrétienté, les façades qui s'élevaient sur leur partie antérieure durent être établies dans une voie assez uniforme; Rome a conservé plus d-une façade d'église des premiers âges monastiques : nous suivrons, dans leur examen, une marche analogue à celle qui concerne les plans.

La façade de la basilique de l'église primitive de Saint-Laurent hors des murs , est entièrement dénaturée par le bouchement des fenêtres et de la porte, opéré lorsqu'on en fit le chevet de l'église actuelle; mais la façade de la basilique du monastère de Sainte-Agnès n'a rien perdu de ses dispositions premières, bien que l'édifice ait subi des restaurations : ses murs présentent encore aujourd'hui, sous leurs enduits, le système de maçonnerie composée de moellons et de briques, pratiqué sous les premiers empereurs chrétiens. Nous avons indiqué sur le dessin de la façade de cette église , n*" 69, les points où la maçonnerie est mise à découvert par la chute des enduits; on peut, en la comparant à celles du cirque de Maxence, de l'église de Saint-Laurent, de la basilique de Constantin à Trêves, monuments tous contemporains, se convaincre de l'analogie.

Cette façade, graVée à la page 1 1 5, doit se rapprocher aussi de celles que les Romains construisaient sans luxe, soit à Rome, soit dans les municipes du second ordre, qui avaient chacune leur basilique. Ciampini a publié, d'après un manuscrit du Vatican, celle qu'on nommait Sicinienne, à Rome, et qui était de construction païenne; elle avait quelques rapports avec celle-ci , quant à l'architecture ^

Ciampini, Vel. Mon. ex codice Vatic. Bîbliolh. n* dAot.

N' 69. Façade de la basilique de Sainte-Agnès.

Les dispositions de la façade de cette basilique sont fort simples : un Ironton indique l'inclinaison du toit supérieur, qui est aéré par un ocaîas ouvert au milieu du tympan. La nef s'éclatre par trois grandes fenêtres cintrées en briques ; plus bas, le corps principal de la façade s'avance pour renfermer les deux étages de galeries placées en avant de la nef; des fenêtres cintrées, aussi en briques, éclairent ces deux étages; une porte, encadrée d'un chambranle en marbre , donne accès dans le temple. Cette façade n'a point de porche ; il est remplacé par la galerie intérieure ou éso-narihex, disposition qui appartient à la première époque , et dont on retrouve d'autres exemples à la partie ancienne de l'église de Saint-Laurent hors les murs, contemporaine de celle de Sainte -Agnès, ainsi qu'à la basi-

Uque Constantinienne de Salonique , nommée Eski-Djouma par

les Turcs.

2' Disposition. — Un second système de disposition se présente sur les façades des églises monastiques de Saint-Clément, de Sainte -Cécile, de Saint-Jean-et-Paulj de Saint- Laurent, etc. à Rome. Le premier étage est supprimé, parce qu'on renonça bientôt à la tribune des femmes pour les placer dans le collatéral du nord. Un porche eitérieur, porté par de nombreuses colonnes, s'appuie sur le mur de face de l'église et remplace la galerie intérieure ou éso-narihex. Le fronton supérieur persiste ou est remplacé par une pente fuyante du toit faisant croupe, ainsi qu'on le voit à la façade de Saint- Laurenl dans le dessin ci-joint.

N* 70. Façade de la basilique de Sainl-Laurent.

JMlttillM

La façade latine, modifiée suivant ce second système, fut la plus généralement adoptée dans la chrétienté pendant les pre-

miers siècles monastiques; quelques changements purent y être faits, mais ils n'altérèrent pas le principe : ainsi la façade de la basilique de Saint-Sabas à Rome présente une galerie située au-dessus du porche, dans le but d'établir un promenoir pour les moines et un coenetculum ; mais les éléments généraux ne sont point dénaturés.

N* 71. Façade de la basilique de Saint-Sabas, précédée de la porte du monastère.

S' Disposition. — La troisième disposition des lacades latines ne fut appliquée qu'aux églises de très-grande dimension, et divisées à l'intérieur en cinq nefs, comme le furent les basiliques de Saint-Pierre au Vatican, de Saint-Jean-de- Latran, de Saint-Paul hors les murs, à Rome. L'immense élévation de la nef principale conduisit à pratiquer au-dessous du fronton deux rangs superposés de grandes fenêtres pour édairer l'intérieur. La double laideur donnée aux collatéraux fit couvrir ceux qui avoisinaient le plus le vaisseau prindpal , à une assez grande hauteur pour que l'inclinaison de leurs toits parût, même au-dessus du porche qui décorait la partie basse de la façade. [Voir la plancbe n** 72.)

^* 73. Façade de la bsMlique de Siiiit-Pau).

Daus ces trois systèmes , 00 remplaça quelque-lois les ieoétres par une ou plusieurs ouvertures circulaires, ce qui laissait un champ plus étendu à la mosaïque décorative : l'égltse Saint-Georges à Rome et la basilique Libérienne sont dans ce cas. La même pensée d'étendre la surface destinée à la peinture fît élever, dans quelques églises, la partie supérieure de la laçade de manière à masquer entièrement la double inclinaison du toit de la grande nef par un front quadraugulaire : l'ancienne abbatiale de l'Ara-Cœli à Rome en est un exemple.

UÉCOnATION .

La décoration des façades se borna d'abord à un enduit couvrant la maçonnerie, composée de moellons et de briques, comme on le voit aux basiliques de Sainte-Agnès et de Saint- Laurent hors les murs; cet enduit, cependant, ne fut pas toujours uni : des bossages ou assises réglées y furent quelquefois tracées à l'instar de ceux que les Romains exécutaient fréquemment pour imiter, par un procédé peu coûteux, une riche cons-

traction en pierres de taille. L'église de Saint-Adrien au Forum Romanum, annexée au couvent des Pères de la Merci, présente de très-anciennes traces de ces enduits enrichis par des bossages.

Bientôt la mosaïque et la peinture succédèrent aux enduits et couvrirent les façades latines; on en fit les premiers essais dans le fronton en y représentant le Christ, dont les types étaient conservés par Eusèbe, par les pères, et sur quelques peintures des catacombes. De ce point élevé des façades latines, la mosaïque descendit sur la face antérieure de la nef, et vint encadrer les fenêtres dans de riches bordures accompagnées de tableaux représentant les apôtres ou des sujets de Thistoire sacrée. On lit dans la Vie de Sergius par Anastase, bibliothécaire des papes au milieu du ix* siècle, qu'en 687 le souverain pontife fit renouveler les représentations des apôtres exécutées au-dessus des portes de la basilique de Saint-Paul, et qui à cette époque étaient déjà détruites par le temps: « Mutavit imaginem apostolorum vetustissimam quae erat super fores basilicœ. »

On reproduisait aussi quelquefois sur les façades das faits isolés s'appliquant à l'origine de l'édifice, ou rappelant quelque grand événement qui s'y était passé : c'est ainsi que, sur celle de Sainte-Marie-Majeure, à Rome, on voit quatre tableaux immenses représentmt les visions du pape Libère et de Patrice, ainsi que le miracle de la neige, qui dans sa chute traça le plan de la basilique.

Ceis premières représentations du Christ et des apôtres iiirent exécutées sur un fond d'or composé de petits cubes en émail , dans l'épaisseur desquels un paillon d'or, recouvert d*une légère couche de verre, conservait tout son éclat. Flavien Josèphe, dans sa description du temple de Jérusalem, dit que «Le portail, tout doré, était enrichi de feuillages de vignes desquelles pendaient des raisins de la grandeur d'un homme. »

On peut trouver là lorigine des décorations dorées appliquées aux façades des basiliques latines, qui, dès les premiers siècles chrétiens, se couvrirent de ces riches représentations dont l'antiquité romaine ne fournissait aucun exemple; et le procédé de dorure fut peut-être aussi une imitation de celui qo*employèrent les Hébreux , qui étaient, ainsi que les Phéniciens, très-habiles dans Tart de la vitrification : Sidon artijex vitriK

La présence des vignes et des raisins employés comme ornements au milieu de la dorure est encore une raison de croire que les décorations extérieures des basiliques purent être exécutées sous Tinspiration de celles du temple de Jérusalem. On sait combien les premiers chrétiens firent usage des pampres dans leurs monuments sacrés; les peintures des catacombes, les sculptures des tombeaux et celles des antiques piliers chrétiens placés à Venise auprès de Téglise de Saint-Marc, débris précieux de la basilique de Tyr, les mosaïques du tombeau de sainte Constance, édifice du règne de Constantin, sont couverts de feuilles de vignes et de raisins.

PORCHE. lERl'LA. PROXAOS . N\RTH£X.

Des portiques analc^ues à ceux que les païens plaçaient eu avant de leurs édifices sacrés lurent appliqués aux façades des basiliques et formèrent un de leurs principaux éléments. On voit quelle était la disposition de leurs plans aux précédents dessins placés sous les n'* 39, 67 et 68; le premier, celui de la basilique de Saint-Clément , se relie par ses extrémités aux galeries latérales de \ atrium: le second et le troisième, qui appartiennent aux basiliques de Saint-Sabas et de Saint-Paul, sont clos à leurs extrémités et forment seuls la décoration de la cour sacrée.

Nous avons indiqué, en examinant les plans primitifs des basiliques de Saint-Laurent et de Sainte-Agnès, que dans certains cas le porche fut remplacé par un éso-narthex construit à Vintérieur. Le bibliothécaire Anastase attribue un grand nombre de fondations de portiques à des papes des vi*" et vn* siècles, ce qui doit faire penser qu avant cette époque ils n'étaient pas aussi généralement en usage que dans la suite.

La belle église monastique de Sainte-Sabine à Rome, construite, au v"" siècle, aux dépens d'un temple antique consacré à Juûon, fut originairement dépourvue de porche; celui quon y voit aujourd'hui, bien que fort ancien, offre trop peu d'harmonie avec la riche décoration intérieure de la basilique et les belles colonnes corinthiennes en marbre blanc qui forment les trois nefs intérieures, pour qu'on ne juge pas aussitôt que ce porche est une addition faite à une époque postérieure à la fondation de Téglise ; cependant cette basilique fut disposée de manière à ne pas offrir, comme celles de Saint-Laurent et de Sainte- Agnès, un éso-narthex à Tintérieur.

Le porche des églises construites dans le style latin était une galerie à colonnes, placée en travers devant les portes des nefs, et se reliant, par les extrémités, aux portiques dont Y atrium était fréquemment entouré; ce porche avait assez de profondeur pour permettre à un grand nombre de fidèles de s'y arrêter, puis pour contenir i° la place des catéchumènes, statio catechumenoram ; 2" celle des énergumènes, des démoniaques, statio demoniacorum ; enfin, auprès de la porte principale de l'église , la place des pénitents écoutants, 5totio aascultantium.

La décoration extérieure des porches latins se composait d'une série de colonnes ordinairement en marbre ou en granit, ornées de bases et de chapiteaux imités, comme elles, des édifices païens. De grandes architraves en marbre re-

INSTRUGTIONS. — II. l6

122 INSTRUCTlOiNS.

liaient ces colonnes à leur partie supérieure,, et formaient le premier membre d'un entablement complet, reproduisant sur des proportions plus ou moins heureuses ceux de Farchitecture antique.

I^es plus anciens et les plus beaux porches latins qui se voient à Rome sont ceux des monastères de Sainte-Cécile au Transtevère, de Saint-Georges au Vélabre, et de Saint-Laurent hors les murs. Dans le premier, Tarchitrave est décorée de rinceaux en mosaïque se dessinant sur un fond d*or, de croix grecques accompagnées de Falpha et de Toméga; des portraits de saints et de papes sont mêlés aux fleurs et aux feuillages.

La sculpture et la mosaïque ornèrent aussi les frises des porches latins ; lors de la reconstruction moderne de celui du monastère de Sainte-Puden tienne, l'architecte a replacé les anciennes et intéressantes sculptures qui le décoraient autrefois; et sous la corniche du beau portique de l*église de Saint-Laurent hors les murs, élevé par les ordres du pape Honorius III , se voit une frise remarquable composée d'opns alexandrinum ^ en porphyre rouge et verl , et de mosaïques en émail parmi lesquelles est un sujet représentant le pape placé entre saint Laurent et un personnage k genoux.

Cette mosaïque, sur laquelle des inscriptions indiquent les noms des deux principales figures, est placée au milieu du porche, au-dessus de Tentre-colonnement central , ainsi qQ*un autre tableau qui représente trois personnages , sans inscription. Dans notre dessin gravé à la planche 7 3, nous avons déplacé le sujet principal, lagneau qui l'avoisine, ainsi que le chapiteau de la colonne , pour rapprocher sur cet ensemble tous ces objets importants; on peut les replacer exactement au moyen de la planche 70.

ARCHlTECTURli MONASTIQUE. 123

K* 73. DéuU du porche de la basilique de Saint-Laurent

I) arriva fréquenament que le moiDe architecte, dépourvu sans doute de riches matériaux pour établir l'eutablement , après avoir placé des architraves en marbre sur les chapiteaux des colonnes, fit construire la frise en maçonnerie ordinaire, et plaça au-dessus de chaque entre-colonnement un arc en briques, trcs-surhaissé , pour décharger l'architrave des cens-

tructions supérieu res , et par ce moyen éviter sa rupture, n* 7 4 - Le porche du monastère Cistercien de Saint -Vinceot-Sainl- Anastase aux trois fontaines est dans ce cas : la décoration de la frise se borne ici à une série d'arcs en briques et à des compartiments formés avec la même matière; on y a joint des cercles en terre émaillée, placés au-dessus des colonnes. La gravité de ce porche était en harmonie avec les statuts particuliers des Cisterciens, qui repoussaient toute décoration superflue. L'inscription rapportée à ta page 76 est gravée sur l'architrave de ce. portique.

>i° 7a- Vue latérale da porche de la basilique de Saint-Vincont- Saint- Anastaae.

Les corniches de couronnement étaient établies avec des moulures en marbre et des modillons très- simples en même matière; on y mêlait souvent des briques placées de manière à présenter au dehors leurs angles pour former des lignes découpées, rappelant grossièrement les denticules des entablements antiques. Les porches des églises de Saint-Georges et de Saint- Vincent sont couronnés de la sorte : le dernier présente, dans les intervalles qui séparent les modillons , quatre briques posées de manière à former des triangles.

Le beau porche de Téglise de Saint-Lanrent est richement couronné : Tentablement se surmonte d'une large cimaise dans laquelle de nombreuses têtes de lion, perforées et espacées également, jetaient dehors les eaux du toit, fonction qu'elles ne remplissent plus aujourd'hui. Entre ces gouttières, des ornements fort riches par leur composition , et d'une sculpture parfaitement analogue à celle des chapiteaux et de l'architrave, viennent compléter celle façade entièrement en marbre et de belle proportion; elle prouve que l'art monastique était, au xiii'' siècle, dans un état florissant à Rome.

Les colonnes placées sur la façade des porches latins ne portaient pas toujours des architraves disposées suivant le système de la construction antique; les architectes religieux, cherchant des combinaisons nouvelles, remplacèrent souvent, dès les premiers siècles, les architraves par des arcs en plein cintre, posant directement sur les chapiteaux de ces colonnes. Ce fut d'abord à Tintérieur des nefs qu'ils firent cette innovation, comme on le verra plus loin. D'anciens porches étaient construits de la sorte, ainsi qu'on le voit sur la façade restituée de i'^ise monastique de Saint-Paul hors des murs de Rome, planche 72. Celui de la basilique de Saint-Pierre de la même ville offrait des dispositions semblables, ainsi que les galeries

dont son atrium était décoré. Les façades de ces temples ayant un grand développement et une hauteur proportionnée» ce système de construction permettait de donner aux portiques une élévation plus considérable, et de les mettre en rapport avec Tensenible du monument.

Les pénitents se tenaient sous le porche des églises pendant les cérémonies, ainsi que nous Tavons dit précédemment; des voiles étaient suspendus dans les entre-colonnements pour les mettre à Tabri du soleil ou de la pluie. On voit encore sous les architraves du porche de la basilique de Saint-Georges au Vélabre les anneaux auxquels étaient suspendus les voiles.

N* 76. Détail du porche de la basilique de Saint -Georges.

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Lorsque les colonnes portaient des arcs, comme aux deux églises de Saint-Pierre et de Saint-Paul, des barres de fer placées sur les chapiteaux, à la naissance des cintres, portaient les anneaux des yoiies : ils sont ainsi au porche de Téglise de Sainte-Marie in Cosmedin à Rome, et à la porte du monastère de Saint-Clément, dont le dessin est gravé à la page 70, au

La belle mosaïque de Ravenne , dans laquelle est représentée rimpératrice Théodora entrant dans Téglise de Saint- Vital, fait voir un de ces voiles suspendu entre' les .colonnes du portique.

L'intérieur des porches latins était ordinairement couvert par une charpente apparente disposée en appentis. Celui de Téglise monastique de Sainte-Sabine est voûté : c^est une exception. La peinture et la mosaïque décorèrent, dès les premiers siècles, les portiques placés devant les portes des basiliques. En 8îX7, le pape Grégoire IV, après avoir fait reconstruire le porche de Saint-Georges au Vélabre, le fil peindre : « Hinc inde variisornavitpicturis*. » Lorsque le pape Innocent II restaura le monastère de Saint- Vincent- Saint -Anastase aux trois fontaines , pour l'offrir à saint Bernard, il y fit exécuter des peintures dont un fragment existe encore sur le pilier septentrional du porche. Honorius IH enrichit de même celui de Saint-Laurent hors les murs; il fit exécuter sur les parois intérieures un nombre considérable de tableaux; pemts au XIII* siècle, ils représentent, avec la naïvelé du temps, la vie de saint Laurent et les principaux faits historiques qui se passèrent dans la basilique; les deux plus importants de ces derniers sujets font voir Honorius III devant la façade de Téglise, et la communion de Pierre de Courtenay, qui fut sacré dans ce temple empereur de Constantinople.

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