‹ Architecture monastique (volume 3)Chapitre 28 sur 54 · Porte de la basilique de Grotla-Ferrata · texte numérisé non relu

Porte de la basilique de Grotla-Ferrata

l.'iie petite église située derrière la basilique de Saint-Pierre au Vatican, et consacrée à saint Etienne dei Mori, l'ut érigée sons le pontificat de Léon le Grand, an v* siècle; restaurée par Alexandre ]{] en 1 1 59, un chambranle enrichi de rinceaux y lut placé à cette époque, et l'on y conserva la disposition et l'aspect d'une porte romaine. A l'église de (^anino, l'entrée est décorée de même; les ornements, contemporains de ceux-ci, sont d'un meilleur goût et d'une exécution bien supérieure.

Enfin, au xiii*" siècle, la porte principale de Téglise de Saint-, Laurent hors les murs fui construite, ainsi que la façade actuelle, sous le pontificat d'Honorius III, dans un système analogue à celui qu'on vient d'examiner, et dans les principes antiques; une chronologie aussi suivie ne doit laisser aucun doute sur les formes dont l'école laline fit usage sans interruption lorsqu'elle eut à produire des détails nécessaires à cette partie importante de la décoration des basiliques.

Quant aux clôtures, qui roulaient sur leurs gonds dans ces chambranles de marbre, leur histoire est la^ même : formées d'abord des dépouilles de monuments païens, on en effectua le transport pour les placer aux basiliques : ces portes étaient en bronze ou en bois. Au viii*" siède, Adrien I'' en fit mettre une en bronze à l'entrée de l'église de Saint-Côme et Saint- Damien, au Forum : on l'y voit encore aujourd'hui. Les papes couvrirent des portes de bronze de lames d'argent. Anastase nous apprend qu'en 6îx6 Honorius P" fit envelopper avec de l'argent dont le poids était de neuf cent soixante et quinze livres les grandes portes royales nommées medianœ (du milieu), qui donnaient entrée à l'église de Saint-Pierre. « Investivit regias « januas niajores in ingressu ecclesiae quœ appellantur medianœ « éx argento quae pensant libras noningentas septuaginta quin- • que'. » Sous Grégoire IV, au ix* siècle, la basilique de Sainte- Marie-Majeure avait des portes en argent « valvas argenteas^. »

Jusqu*à l'époque de l'incendie de Saint-Paul hors les murs, on vit à cette église monastique des portes en bronze distribuées par compartiments, comme l'avaient été celles de l'antiquité; elles étaient ornées d'un grand nombre de bas-reliefs damasquinés en argent : Pantaléon Castelli, consul romain,

* Anast. p. 65, Honorius /•^

* Idem, p. aiii , Grégoire IV.

les avait fait exécuter à ses frais en raimée 1070 : d*Agincourt en a publié les dessins. Le baptistère de Constantin possède deux portes de bronze qui, parleurs formes générales , pourraient passer pour antiques si Ton n'y voyait un grand nombre de croix. A l'église de Saint-Jean-de-Latran , les portes qui conduisent à la sacristie sont datées, et semblent être des productions de l'art romain; on y voit cependant des inscriptions du xi*' siècle, indiquant l'époque de leur fabrication sous Célestin III, et les noms de maître Ubert et Pierre son frère, de Plaisance, qui en furent les auteurs.

Une porte en bois, exécutée au xiii* siècle, est placée à l'église de Sainte-Sabine; elle se compose, sur la face qui regarde le porche, de précieux bas -reliefs renfermés chacun dans quatre baguettes de fleurs et de fruits. On y reconnaît le goût et la distribution des portes romaines. Sur la face qui est tournée vers l'intérieur de l'église, les panneaux, plus grands et encadrés d'oves, sont enrichis, dans leur milieu , de petits caissons de toutes les formes, qui rappellent les arcs doubleaux du monument triomphal antique élevé à Orange, colonie militaire dans les Gaules.

Ces preuves successives suffiront pour démontrer que les portes et leurs détails de décoration suivirent sans interruption une voie toute latine, et qu'au xiii*" siècle, l'école dont nous étudions ici les monuments n'avait pas quitté, à Rome, la roule tracée par l'antiquité. Dans le nord de l'Italie, au contraire, ainsi que dans le reste de l'Europe, le goût appelé gothique s'était répandu avec profusion, et avait exclu tout autre caractère antérieur dans les productions des arts dépendants du dessin.

De longs voiles étaient suspendus aux portes des ^basiliques, afin que, pendant le jour, le temple ne restât pas entièrement

ouvert; ils sont figurés sur les mosaïques et les peintures anciennes qui reproduisent des basiliques. Rome et Ravenne possèdent plusieurs de ces représentations exécutées dans les premiers siècles du christianisme, et le bibliothécaire Anastase mentionne les voiler que le pape Grégoire IV fit placer à l'église monastique de Saint-Georges au Vélabre : « Fecit vêla ante januas. » Avant cet auteur, saint Paulin de Noie en avait parlé dans ses écrits.

PENETRES ET CLOTURES.

Les baies de fenêtres des premières églises monastiques étaient, comme on le voit sur les précédentes façades, des ouvertures allongées terminées par un cintre; quelquefois on les surmontait d'une autre fenêtre ronde ou oculas. Les transsepts de la basilique de Saint-Paul, à Rome (planche 72), en ont conservé jusqu'à nos jours. Les fenêtres étaient ordinairement en grand nombre, comme dans les basihques païennes, et percées dans les parties les plus élevées de l'édifice, afin que le jour, venant d'en haut, causât moins de fatigue aux yeux.

On voit cent vingt fenêtres à l'église de Saint-Paul; il y en avait quatre-vingts à celle de Saint-Pierre au Vatican, et leurs dimensions étaient considérables. Grégoire de Tours dit que l'église de Saint-Martin, bâtie par Perpetuus, avait cinquantedeux fenêtres, et Fortunat donnant l'épithète patulœ aux fenêtres d'églises indique assez qu'elles étaient, dans les Gaules, d'une aussi grande étendue relative que celles des basiliques de Rome.

Clôtures. — La stabilité monumentale que les anciens appliquèrent toujours aux édifices s'étendit jusqu'aux détails nécessaires à leur achèvement, et indispensables à l'habitation, lis adoptèrent, pour clore les ouvertures destinées à donner

du jour, de grandes tablettes de marbre ou de pierre, évidées et percées de trous plus ou moins rapprochés entre eux , selon le degré de lumière qu'ils voulurent introduire dans les intérieurs.

L'Egypte présente les plus anciens exemples de ces clôtures durables, et si différentes en cela de nos frêles châssis en bois. Au petit temple du Sud, à Thèbes (Karnak*), des tablettes de pierre, placées aux ouvertures pratiquées dans la muraille de la Colla, sont ouvertes sur toute leur hauteur, de tranchées verticales qui laissent un passage étroit au jour extérieur.

Les Grecs imitèrent ces fermetures monumentales en leur donnant des formes variées et plus en harmonie avec les proportions légères de leurs riches édifices. Ils les nommaient SvpoL Si(x(p(xvVj ou SeSlKTVOfievT^ , clôture à jour, en réseau. Plus multipliées encore chez les Romains, les ruines des villes antiques de ITtalie en off^rent des exemples : à Rome, on rencontre fréquemment de ces marbres évidés de manière à représenter de riches combinaisons de menuiserie : on les nommait transennœ. Ces clôtures sont désignées aujourd'hui par le nom de croisillons, parce que la plupart des évidements sont disposés de telle manière que les pleins figurent des bois croisés dans leur assemblage; des clous ou patères taillés dans le marbre semblent les fixer aux points de rencontre. On trouve de beaux fragments de ces clôtures dans les ruines du cirque Maxime et aux thermes de Caracalla^.

Les artistes romains ne se bornèrent point à faire usage des lignes droites dans les dessins qu'ils créèrent pour évider ces marbres; des trous en demi-cercle, et quelquefois même des cercles entiers se combinèrent entre eux pour former un riche

' Ouvrage de la Commission d*Ëgyptc, t. 111. Antiquités, pi. 63. ' Restauration des thermes de Caracalla , par A. Blouet, V. Didot.

treillis, ofirant une clôture solide : Rome, Préneste, en présentent de très-variés. A l'amphithéâtre de Pola, en Istrie, on en voit encore aux fenêtres.

Les premiers moines, héritiers naturels de ce que Tanliquité offrait de plus convenable aux besoins, firent d*abord usage de clôtures enlevées aux monuments païens : c'est ce dont on peut se convaincre à Téglise monastique des Quatre- Saints couronnés, où une ouverture qui éclaire la crypte est fermée par un marbre antique percé dei;rous semi-circulaires disposés en imbrications. Un second exemple se présente à rentrée du martyrium de Téglise des saints Nérée et Achilléé, sur la voie Appia, auprès des thermes de Caracalla; mais les religieux constructeurs des basiliques durent bientôt créer euxmêmes des combinaisons de clôtures pour les nombreuses fondations chrétiennes.

Nous étudierons les difiFérentes modifications qui s'opérèrent dans ces clôtures jusqu'à ce qu'elles fussent arrivées au point de mettre sur la voie des riches meneaux en pierre découpée, qui, dans les xiii% xiv* et xv' siècles, contribuèrent à la décoration de l'architecture du nord.

L*église monastique de Saint-Laurent hors les murs de Rome présente des exemples primitifs de ces tablettes percées de manière à ne laisser pénétrer qu'une lumière douce et modérée. Les seules fenêtres qui éclairent l'édifice sont situées au-dessus du second rang de colonnes formant la galerie du second étage. Placées dans l'axe de chacune des arcades, ces fenêtres sont cintrées par le haut; elles n'ont qu'un mètre et demi de largeur. Sur la face septentrionale de l'édifice, qui est appuyée contre la colline , une des fenêtres murée dans Tinteneur fut close originairement par quatre tables de pierre factice peu épaisses et assez bien jointes entre elles; quoique la

fenêtre soit bouchée, elles sont encore à leur place. Des trous, dont la forme est en losange, y sont disposés en quinconce : leurs dimensions n excèdent pas sept centimètres; les pleins qui les séparent et qui figurent des barres ^e bois croisées à quarantoicinq degrés, n'ont reçu aucune décoration à Textérieur, ce qui est contraire à l'usage adopté chez les Romains.

N* 77. Clôture de fenélre à la basilique de Saint Laurent.

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On ne peut savoir si la face interne est ornée, puisque la maçonnerie qui bouche aujourd'hui cette fenêtre a été posée à l'intérieur et appuyée contre la clôture percée en losanges, (^n doit croire cependant que, placées auprès des riches sculptures qui décorent de toutes parts cette basilique, les pierres <le clôture ne restèrent point nues et sans un motif quelconque de sculpture ou de gravure.

L'église souterraine de Saint-Martin-des- Monts, à Rome, que les historiens indiquent comme le lieu où s'assembla le premier concile, sous le pape Svlvestre, fournit un exemple de clôture de fenêtres analogue à celle qui, à Saint-Laurent, paraît être de la première époque; entre elles, cependant, il y a cette différence qu'ici les trous en losanges sont plus grands relativement aux parties solides réservées dans la pierre, ce

qui figure un treillis moins serré, et permettant à la lumière d'entrer en plus grande abondance. La fenêtre est carrée, une seule tablette de pierre la fermait; elle est brisée aujourd'hui, et plusieurs morceaux sont perdus.

N* 78. Clôture de fenêtre à là basilique de Sainl-Martio-des-Monts.

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I^a face septentrionale de la basilique de Saint-Laurent présente un autre exemple de clôture qui parait postérieur à celui qui est décrit d'abord : une tablette de marbre est percée de cercles inscrits dans des carrés; les angles qui restent entre les quatre côtés du carré et leurs points de tangence avec le cercle sont évidés en triantes. Ces combinaisons diverses, qu'un dessin fera mieux comprendre, offrent pour l'introduction de la lumière beaucoup plus de vide que les clôtures précédentes.

N* 79. Olâture de fenêtre à la builique de Saint- Laurent.

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A Saint-Martin-des-Monts on voit une autre combinaison de cercles disposés sans aucunes lignes droites; ils s'entrelacent et figurent une suite de chaînes non tendues, placées

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parallèlement les unes aux autres. Cette clôture fermait une

fenêtre carrée : elle est brisée, il n'en reste qu'une partie.

N° 80. ClMure de Tenëlre à la buiVqne de Sâiot-Martiimlet-Moiils.

Dans la même église souterraine, un troisième fragment non moins curieux et encore en place figure des cordons enlacés, et forme une sorte de tresse lâche; des losanges évidées entre toutes les courbes que suivent les lignes laissent le passage aux rayons lumineux '.

N* 81 . Ct6lure de T^nètre à la basilique de Sainl-Marlin-des-Monts.

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On a déposé contre un des piliers de l'église de Saint-Mar~ tin-des-Monts une pierre carrée de dimensions plus petites que celles qui précèdent; elle offre un dessin de clôture dont on ne trouve l'analogue nulle part ailleurs. Au centre, un trou circulaire est entouré d'un cercle solide assez large pourqu'un entre-lacs, ou corde tordue, y soit gravé en intaille. Sur le cercle s'appuient quatre demi-cercles évidés, autour desquels

' Gampini dte troii fenêtres de t'égli*« de Saint-Clément à Borne qui étaient doses de la même manière : • Lapide» très lânestrœ relu ad instar perforais que Iransenne dicebantur. ■ [V»t. mon. I. p. ig.)

s'en groupent d'autres qui s'éloignent de plus en plus du centre, et I ensemble prend l'aspect d'une imbrication concentrique d'autant plus riche, que la gravure qui décore le premier cercle se reproduit sur toutes les parties solides. Aux angles de la pierre on a évidé quatre cercles.

N' 89. ClMure de fenêtre à la basilique de Saint- Martin -des -Monts.

L'élise de Sainle-Marie-de-Canedo, construite à Pola en Islrie,en 546, a conservé plusieurs clôtures non moins curieuses que celles qu'on vient d'examiner: elles sont en marbre; l'une d'elles est formée d'une riche combinaison de cercles enlacés d'tine manière toute différente de celles de Saint- Martin-des-Monts. Beaucoup plus nombreux, les cercles ne laissent entre eux que de faibles intervalles pour l'introduction du jour.

N' 83. OAtare de fenAtre k la baùliqiie de Samte-Htiie de Canedo à Poia.

140 instructions;

Uiie seconde plaque de marbre présente trois compartiments distincts : sur les parties latérales sont deux bandes étroites évidées en croisillons dans lesquels se distribuent des cercles de deux dimensions difFérentes, Au milieu du marbre sont des carrés évidés, égaux entre eux, et qui ressemblent à nos châssis de fenêtre.

N' Sa. Qôture de fenôlre à Pola (Istrie).

Lorsqu'à Saint-Laurent on fit ajouter à Toccident de la basilique primitive une nef étendue qui changea toutes les dispositions originaires, les nombreuses fenêtres destinées à éclairer cette nouvelle construction furent closes par des marbres percés seulement de trous circulaires. Chaque fenêtre comporte dans toute sa hauteur quatre morceaux bien joints; celui du haut, qui est cintré comme la fenêtre, a été foré de trois trous. Sur chacune des pièces de marbre qui complètent la clôture sont six trous sur des lignes horizontales.

Cette combinaison, qui est plus simple que toutes les précédentes, et dont l'exécution était plus facile, doit dater, à l'église de Saint-Laurent, du ix"" ou du x"" siècle, époque vers laquelle la basilique primitive fut dénaturée et ne forma plus que le sanctuaire d'un édifice beaucoup grand, par l'addition d'une nef à son chevet. (Voir la planche 65.)

N* 35. Clôture de fenêtre à la basUnjue de S>int-Laurenl.

On trouve aussi dans les fenêtres de la même église de Saint- Laurent une autre disposition de clôture qu'on doit reconnaître pour moins ancienne. Les trous y sont plus grands et placés en quinconce; puis, à l'extérieur, chacuu d'eux est porteur de trois attaches ou petits scellements en plomb qui servirent à maintenir des ronds de verre.

N* 86. Clàture de fen£tre k la basilique de Saint Laurenl.

Sur la route de Rome à Ostie, à peu de distance au delà de Saint-Paul hors les murs, Tantique église monastique de Saint-

Vincent-Saint-Anastase aux trois fontaines est percée d'un grand nombre de fenêtres ; toutes sont closes de tablettes de pierre perforées; devant chacun des trous est fixé un rond de verre. Cette vitrerie singulière doit dater du xi* siècle, lorsque le pape Innocent II fit restaurer Téglise pour roflfrir à saint Bernard. On peut voir dans ces vitrages Torigine des verrières si communes au moyen âge dans Tltalie du Nord et en Allemagne, et qui, formées de cercles de verre soutenus avec du fer et du plomb, ne présentèrent plus à l'introduction des rayons lumineux les obstacles que devaient leur opposer des tables de marbre percées de quelques ouvertures.

Sur la voie Appia , hors de Tenceinte de Rome, à peu de distance du tombeau de Cecilia Metella, on voit un exemple de clôture en pierre dans laquelle deux ouvertures allongées et cintrées par le haut reproduisent sur de petites dimensions la fenêtre même dans laquelle est scellée la tablette ; deux trous circulaires sont au-dessus de ces tranchées verticales. Nous en avons recueilli une presque semblable à Corfou. Ce mode de percement a dû conduire à un autre qu'on voit à la Marmorata, sur les bords du Tibre, vis-à-vis la nouvelle douane :

N* 87. Clôture de fenêtre à ia Marmorata.

Une grande pierre placée dans une fenêtre a reçu deux tranchées verticales et parallèles qui s'élèvent jusqu à la moitié de Tespace; elles sont cintrées; au-dessus en est une troisième qui, placée dans Taxe, et par conséquent au-dessus de la barre qui sépare les tranchées du bas, évide la partie supérieure de la clôture, et emprunte ses formes inférieures des deux courbes qui surmontent les ouvertures placées au-dessous d'elle. Ce principe, développé plus tard, a produit les meneaux variés des églises du Nord. Nous avons reconnu à Corfou, derrière l'abside d'une chapelle du xvi* siècle , que ce mode de clôture par des tables de pierre ou de marbre percées s'est maintenu dans les pays chauds jusqu'à la renaissance.

N* 88. Clôlure de fenêtre à une chapelle de Corfou.

iniTTTrrTTTTTTiiîinîiiiin

Extérieurement à ces tables percées, qui, par leur solidité, formaient déjà une clôture capable de résister à plus d'un effort, des volets en pierre soutenus par des pivots taillés dans le môme morceau, et roulant sur des gonds en marbre scellés dans le mur, s'appliquaient au besoin devant les fenêtres, et supprimaient entièrement la lumière à l'intérieur. La face méridionale de la basilique de Torcello a conservé plusieurs de ces doubles clôtures, qui, dans le cas d'un incendie des constructions voisines de l'église, pouvaient préserver d'une manière efficace les verrières des fenêtres et les charpentes

apparentes du comble. On doit être d'autant plus disposé à croire que ce fut là le motif de cette disposition curieuse, que ces volets se trouvent sur la seule face de la basilique vers laquelle sont établis les bâtiments du monastère.

N'Sq. VoletàTorceUo.

Les grandes fenêtres destinées à éclairer les nefs dans leur partie supérieure ne furent pas les seules ouvertures closes avec des tablettes de marbre ou de pierre percées de trous; on voit à l'église monastique de Saint-Sabas, à Rome, une clôture placée devant une petite fenêtre basse et de forme cari-ée. La tranchée pratiquée dans le marbre est longue et cintrée en haut et en bas; elle ressemble aux meurtrières du moyen âge : une moulure forme autour d'elle un cadre renfoncé.

ti' 90. Ci6lure de fenËtre à la basilique de Saint-Sabas.

Un second exemple de même dimension présente une croix latine évidée dans le marbre.

N* 9 1 . Clôture de fenêtre sur la voie Appia.

L*église de Saint -Pierre, à Toscanella, construite vers le XI* siècle, et la cathédrale de Vérone, à peu près contemporaine, ont au-dessus de leurs absides, et taillées à travers les épaisses assises de la muraille, des croix lumineuses qui produisent d'autant plus d'effet qu elles sont ouvertes dans des parties obscures à l'intérieur.

Dans le Nord, où le marbre était rare et les constructions en bois très-fréquentes, on fit les treillis de fenêtres avec cette dernière matière pour clore les basiliques latines; Grégoire de Tours nous l'apprend lorsqu'il raconte qu'un voleur, n ayant pu entrer dans une église, se contenta d'en détacher les châssis de bois garnis de vitres ^

Les anciens avaient fixé à leurs clôtures de fenêtres, d'abord des pierres spéculaires, des albâtres, des marbres, sciés en tablettes fort minces, puis enfin du verre, comme on en a trouvé plus d'une preuve à Pompeia. Les premiers chrétiens ont usé de ces diverses matières pour clore complètement les basiliques.

Ainsi, à l'église de Saint-Pierre de Corneto, au fond de labside, au-dessus du siège de l'évêque, se voit un cadre en forme de losange entourant une fenêtre; un morceau d'albâtre ferme cette ouverture, et par sa transparence produit un effet de lumière douce.

^ Grég. de Tours, Gloria martyr, lib. I , cap. lu.

IKSTAUCTIONS. — II.

La belle abside de Téglise monastique de San^-Miniato, à Florence, est décorée d'arcades. Le grand espace encadré par chacune d'elles et par les riches colonnes qui les supportent est rempli par des tables de brèche violette orientale , assez minces pour que la lumière extérieure se laisse légèrement apercevoir au travers. Ce faible jour donne beaucoup de mystère à labside et aux décorations en mosaïque ou en marbre qui environnent la sainte table.

Quant à l'emploi du verre dans les premières églises latines pour clore les fenêtres, on en trouve la preuve dans les écrits de saint Jean Chrysostome S de saint Jérôme ^, de Lactance^ , de Grégoire de Tours ^, de Fortunat^, qui parient fréquemment de fenêtres fermées avec des lames de verre. Ces verrières qui , sans doute, furent originairement blanches, prirent bientôt des nuances variées , puisque Prudence^, dès le iv* siècle, cite les vitraux de la basilique de Saint-Paul hors les murs de Rome : « Dans les fenêtres cintrées , dit-il , se déploient « des vitraux de diverses couleurs : ainsi brillent les prairies or- « nées des fleurs du printemps. » Une inscription placée à l'église monastique de Sainte-Agnès hors les murs apprend que cette basilique était décorée de vitraux qui produisaient le plus magnifique cfiet ^.

La disposition de ces vitraux ne pouvait être encore celle qui fut adoptée dans le moyen âge; elle devait se borner à des feuilles de verre teint de diverses couleurs dans la masse,

' Oper. t. vu, p. 354.

'^ Du Cangc, Gloss. au mot Vitrœ.

' Lact. dâ Opijicio Dei, c. viii.

* Grégoire de Tour», liv. I, c. lix.

' Fortunal. Carm. 1. II, J ii.

*• Prudence , Notes du père ChamiUard.

^ (iiompini, Vei. monum. t. II, p. io5.

et enchâssées dans les treillis de marbre, de pierre naturelle ou factice, de bois, dont nous avons donné précédemment les dessins. On ne formait sans doute alors que des mosaïques transparentes dans lesquelles la peinture ne se mêlait pas au verre teint : du moins les historiens nen font aucune mention. Ces mosaïques, toutefois, pouvaient offrir déjà de nombreuses combinaisons par la découpure du verre; nous avons recueilli dans les catacombes de Saint-Laurent hors les murs de Rome, un morceau d'une vitre bleue très-irisée par le temps; sa forme générale , lorsqu'elle était complète , offrait un octogone de huit ou neuf centimètres ; un trou circulaire occupait le centre et devait être rempli par un cercle d'une autre couleur, à en juger par la précision avec laquelle Fouverture était faite. Le polygone bleu, parfaitement dressé sur ses côtés, avait sans doute occupé l'un des vides d'un treillis de clôture.

Façades latérales . — Les façades latérales des premières églises monastiques offraient peu d'intérêt : là se développait, dans toute son étendue, le système de fenêtres destiné à éclairer la nef principale et les collatéraux; quant à la décoration, on la négligeait entièrement. Si le plan était disposé en forme de croix, comme ceux de Saint-Paul hors les murs, de YAra-Cœli à Rome, et comme celui de l'église que saint Namatius fit construire à Clermontau v* siècle \ les façades latérales présentaient des transsepts surmontés de pignons et percés de fenêtres, que remplaçait quelquefois un ocalus. La façade latérale de l'abbatiale Cistercienne de Saint- Vincent- Saint- Anastase à Rome présente plus encore que toutes les autres une gravité de lignes, une simplicité d'architecture en harmonie avec la sévérité de l'ordre de Cîteaux.

. * Grégoire de Toars, liv. II, p. 181. tL*édifice entier est disposé en forme de croix. »

Façades postérieures. — La partie des églises opposée à Tentrée présentait une ou plusieurs absides en demi-tour rondes, surmontées de toits coniques.

S' gi. Abside de basilique à (ranssepta.

Originairement sans ouvertures, ces absides furent percées de plusieurs fenêtres, toujours en nombre impair. Les mors portant à l'intérieur une voûte pesante, la construction en était plus soignée que celle du reste de l'édifice, mais on y retrouvait le même système de maçonnerie que sur les autres façades. La décoration y était ordinairement négligée; cependant les absides des anciennes églises de Saint -Martin- des- Monts et des Ouatre-Saints-Couronnésà Rome, sont surmontées de belles corniches en marbre blanc , contenant de riches caissons sculptés que supportent des modillons couverts de feuillages. (Voir la planche ga.)

L'abside de la basilique des saints Jean et Paul, à Rome, pi-ésente, au sommet de la courbe, une galerie à jour, formée d'arcades portées par des colonnes: cette disposition est dans le goût de l'architecture du Nord.

ARCHITFXTURE MONASTIQUE. U9

N* 95. Corniche de l'abside de la basilique de Ssinl-Mariin-des-Monts

Une large croix en marbre était quelquefois incrustée dans la partie basse de l'abside, en souvenir de la cérémonie religieuse pendant laquelle on avait fondé le sanctuaire de l'église. 11 y en a un exemple à Santa-Fosca de Torcello.

Un bas-relief inédit, qui se voit à Saint-Jean-de-Latran, à Rome, et que nous y avons dessiné, montre comment était disposée originairement l'abside de cette é^ise, ainsi que la décoration extérieure des murailles sur lesquelles s'élevaient des colonnes engagées. Ce bas-relief a tous les caractères de la sculpture des premiers siècles chrétiens, et a été trouvé, en 1751, dans les démolitions de l'église de Saint-Marcellin, construite sous Constantin , comme celle de Saint-Jean-de- Latran. 11 fait voir que ce dernier monument était disposé en forme de tan ou T majuscule, véritable conGguration de la croix primitive. En faisant incruster ce bas-relief dans le mur, vers la porte de la sacristie de l'église, on y a fait graver cette inscription :

OPVS EXIBENS LATEhANF.KSE» ItASlLlCtH JVXTA PORTAM ASINADIAM.

IX DCUOLITIONE ECCLESIJE S. UARCEI.LIM ANKO UDCCLI RRPEIITVM.

ANASTAS. IH V1TA S. SII.VCSTRI P.

VENI AD PORTAV QVX TOCATVR ASINAItIA JVXTA LiTEHANAS.

N° 93. Bas-relief représentai)! l'abside de la basilique de Saint-Jean -de -La tran.

La couverture des basiliques primitives dut suivre, comme toutes les autres parties, les conséquences de l'imitatioD des édifices antiques; les églises les moins importantes furent sans doute couvertes avec les tuiles plates adoptées dans les constructions romaines. Le petit temple situé près de la fontaine Egérie, et converti en église sous le vocable de Saint- Urbain, a fait connaîlie plus d'un fragment de tuile timbré des premiers temps du christianisme; des fouilles opérées à Saint-Pierre auValican ont produit des tuiles datées des règnes de Constantin et de Théodose'; mais quelquefois les moines,

' D'Agincourt, Saint Pierre au Vatican.

peu satisfaits de la simplicité de cette couverture en terre, pensèrent à lui en substituer une autre.

Une antique inscription chrétienne, placée dans Fabside de Sainte-Anastasie, à Rome, et publiée par Mabiiion^ est ainsi conçue; elle est du temps de Narsès :

ANTI8TES DAMASUS PIGTORfi ORNARAT HONORE

TEGTA, QUIBDS NUNG DANT PULCHRA HETALLA DEGUS.

Un fait curieux se présente dans la première ligne de cette inscription : le pape Damase, en 366, fit décorer le toit d'une église avec des ornements peints, probablement comme les temples grecs et romains en offraient alors des exemples^; à moins d'admettre que c était avec des tuiles vernissées, ainsi qu'on en fit au moyen âge.

La seconde partie de l'inscription n'est pas moins importante que la première; elle démontre qu'aux premiers siècles de notre ère des é^ses étaient couvertes en métal , comme l'avaient été les temples païens , et ce fut souvent aux dépens de ces derniers. Ce que nous apprend cette inscription est encore confirmé par Anastase, qui, dans la Vie d'Honorius I", dit qu'en 626 ce pape couvrit la basilique du père des apôtres avec des tables d'airain qu'il enleva au temple de Vénus et Rome : Cooperuit ecclesiam omnem ex tabnlis œreis quas levavit de templo quod appellatur Romœ ^.

Cet usage de couvrir les temples avec du métal fut assez fréquent chez les premiers chrétiens; ils y joignirent même la dorure, non-seulement en Italie et en France, ainsi qu'on le verra plus loin, mais encore à Constantinople, comme nous

* J. Mabillon , Veteraanalecta, p. SSg, Paris, 1723.

' Hittorf , Sicile antiqae.

' Anastase, p. 65, Vita Honorii.

rapprend EusèbeS puis en Asie, d'où saint Jérôme s'exprimait ainsi : o Quanto cultu auroque templa fulgerent, sona- «bant psalmi, et aura ta tecta templorum reboans in sublime « quatiebat alléluia ^. »

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